Le manque de fonds pourrait bloquer la réhabilitation des zones industrielles

Près des deux tiers de la superficie des zones industrielles de la capitale économique sont sous-équipés ou non équipés. Cinq zones sont incluses dans le programme de réhabilitation prévu pour cette année Pour financer ce projet, la wilaya de Casablanca compte sur la contribution du ministère de l’industrie et des opérateurs.

Le Grand Casablanca abrite plus de 2 700 établissements industriels, soit à peu près 40% du tissu industriel marocain. Cependant, l’essor de la région passe par la capacité des autorités locales à maintenir son attractivité. «C’est dans cet esprit que le plan stratégique de développement du Grand Casablanca 2015-2020 a mis l’accent sur l’importance de la mise à niveau des zones industrielles de premières génération», explique-t-on du côté du Centre régional d’investissement (CRI). A ce titre, une instance de concertation public/privé a vu le jour sous la forme du Comité régional pour l’amélioration de l’environnement des affaires dans le Grand Casablanca (CREA-Casa) et a lancé une étude de développement et d’amélioration de l’attractivité des zones industrielles.
L’étude s’est focalisée sur quatre axes principaux : la définition du cadre administratif et organisationnel des zones industrielles, le rôle et les compétences des acteurs d’aménagement de ces zones, les problèmes dont souffrent les zones de première génération ainsi que les difficultés qui entravent la mise en œuvre d’une seconde génération de zones industrielles, et enfin un inventaire du foncier industriel.
Les premiers résultats de cette étude révèlent que l’essor qu’ont connu ces zones a eu pour effet de voir s’organiser à la fois deux types de plateformes ; celles de droit programmées dans un cadre règlementaire, et celles «de fait» qui sont nées d’un développement spontané. Ces zones sont concentrées dans cinq préfectures et communes qui regroupent à elles seules 63% des surfaces. La plus importante concentration de surfaces s’étend sur la frange côtière entre le port de Casablanca et Mohammédia. Il s’agit principalement des arrondissements et communes d’Aïn Sebaâ, Sidi Bernoussi, Sidi Moumen, Aïn Harrouda et Mohammédia. Toutefois, l’étude souligne que «40,3% de la surface est constitué de locaux reconvertis». En d’autres termes, «près de la moitié des industries installées dans ces zones avait initialement des autorisations de construction de hangars agricoles transformés en unités industrielles», souligne le DG du CRI.  

Les équipements et services de proximité seront améliorés

Cette anarchie fait que ces zones sont confrontées à divers problèmes : friche, spéculation, réaffectation des surfaces. Résultat, «62% des surfaces des zones industrielles à Casablanca sont non valorisés». Pour le directeur du CRI, «cet état constitue un réel handicap à la fois pour la commercialisation des zones existantes et pour la mise en ordre de la géographie des zones dans la région, caractérisée ces dernières années par le développement informel sur des territoires plus éloignés de l’agglomération centrale».
Pour surmonter cet handicap, cinq zones industrielles de première génération bénéficieront de ce programme de réhabilitation. Ce sont les ZI de Ben Msik-Sidi Othmane, du sud-ouest de Mohammédia, d’Aïn Sebaâ, de Sidi Bernoussi-Zenata et de Sidi Hajjaj-Hassar. Ce programme comprend cinq mesures phare.
Il s’agit d’abord de la réhabilitation de l’accessibilité des zones industrielles (circulation, voirie, signalétique). Vient ensuite la mise à niveau des équipements et le renforcement des services de base (assainissement, eau, éclairage, réseaux de communication) et de proximité (poste, agence CNSS, annexe administrative de la préfecture, poste de la Sûreté nationale, caserne de la protection civile, agence bancaire, espace de restauration, centre de médecine du travail, salle de conférences interentreprises…). Troisième point, le renforcement des services de sécurité des biens et des personnes (vols, incendie, hygiène) et de la propreté (nettoyage et collecte des déchets industriels et ménagers, pollution visuelle, sonore et environnementale). La résolution du problème du foncier et du prix des lots industriels constitue le quatrième point de ce programme.
«Car en l’absence d’organisme de gestion dans la plupart des zones industrielles, les prix sont souvent fixés de manière aléatoire», explique Fatim Zahra Khayrat, directrice de l’association Izdihar de la zone industrielle Sidi Bernoussi. Cette zone, qui regroupe à elle seule cinq plateformes industrielles (577 entreprises), souffre d’un réel problème de spéculation. En effet, «le nombre de terrains non valorisés reste très important et les prix du m2 vont de 4 000 à 6 000 DH», déclare-t-elle. Selon elle, privilégier le foncier locatif aménagé serait la solution la plus adéquate. Sur ce même registre, les opérateurs industriels dénoncent également la forte présence des bidonvilles.  
Le cinquième et dernier axe porte sur l’amélioration de la représentativité, de la gestion et de la gouvernance des associations de zones industrielles, véritables interlocuteurs entre les entreprises industrielles et les pouvoirs publics. «Nous réfléchissons à la possibilité de création d’une fédération des associations des zones industrielles du Grand Casablanca», explique Youssef Benslim, directeur de l’Association des opérateurs économiques de Ben M’Sik-Sidi Othmane (ASSOBSO). Il ajoute que «cette structure permettra de renforcer les ressources des associations des ZI à travers la mise en place d’un programme régional d’appui aux associations ou d’un fonds régional pour la réhabilitation des ZI existantes»

Casablanca veut minimiser ses charges

A l’heure actuelle, la wilaya de Casablanca est toujours en phase de négociations avec les représentants des zones afin de définir leurs besoins dans le but de concevoir des sous-programmes dédiés. L’objectif est de minimiser les dépenses car la ville n’a pas prévu un budget précis. Elle compte sur l’appui du ministère de l’industrie et du commerce dans le cadre de la stratégie industrielle 2014-2020, mais surtout sur la contribution des opérateurs industriels qui montrent des signes de réticence. «Nous payons les impôts et taxes donc c’est à la ville de financer ce projet», clame Abdelkader Maali, directeur de l’Association de la zone industrielle de Mohammédia (AZIM). Selon lui, les associations ont encore du mal à collecter les cotisations mensuelles, alors comment peuvent-elles convaincre les industriels à financer un projet de réhabilitation qui devrait coûter quelques millions de DH.