Le logement social a le vent en poupe

Le segment du social génère 60% de la demande nationale de logements. Un amendement a été introduit pour attirer plus d’opérateurs privés pour les unités à  140 000 DH. En 2020, le déficit ne devrait plus être que de 400 000 unités.

Si le logement social continue de profiter de la dynamique enclenchée depuis 2010 et permet de booster une activité immobilière plutôt atone sur les créneaux des moyen et haut standings, tout n’est pas idéal. Certes, les opérateurs tiennent à tirer profit des divers avantages et mesures incitatives prévues par la Loi de finances 2010 et s’étalant sur une décennie (2010-2020), mais le partenariat public-privé est encore appelé à se développer. C’est particulièrement frappant pour les logements à 140 000 DH. A fin 2011, à peine 45 128 unités étaient réalisées dont 20 824 en collaboration avec le privé. L’objectif initial était d’atteindre 130 000 unités achevées durant le quinquennat 2008-2012. Par conséquent, pour relancer ce segment destiné à favoriser l’accès à la propriété aux couches démunies et celles à revenus réduits, un amendement a été introduit dans la Loi de finances 2012. Les mesures adoptées, pour attirer davantage de promoteurs privés vers ce segment, portent sur trois volets.

Le premier se traduit par le relèvement du seuil maximal du revenu mensuel des bénéficiaires qui est passé de 1,5 SMIG à 2 SMIG, et ce, afin de permettre à un grand nombre de citoyens d’acquérir ce type de logements, ce qui élargit le cercle des bénéficiaires. La seconde mesure permet aux promoteurs de réaliser lesdits logements conformément à la législation et la réglementation en vigueur en matière d’urbanisme (selon le zoning), au lieu de limiter les constructions au rez-de-chaussée et trois niveaux (R+3). Enfin, la dernière mesure est relative à la valeur qui est désormais fixée uniquement dans le prix de vente qui ne doit pas dépasser 140 000 DH HTVA, au lieu de la fixer à la fois dans ledit prix et la valeur immobilière totale qui ne doit pas dépasser également 140 000 DH.

Pour ce qui concerne l’autre volet de ce plan ambitieux, à savoir les logements à 250 000 DH, depuis que le dispositif a été lancé en 2010, les promoteurs immobiliers ont exprimé leur volonté de construire le nombre record de 1 024 000 logements d’ici 2020 en déposant 609 demandes auprès du ministère de tutelle pour signer avec l’Etat les conventions qui leur donneraient droit aux avantages fiscaux prévus pour ce type de projets. En excluant les programmes qui ont déjà été mis en chantier, ce sont donc 880 600 logements sociaux qui devraient arriver sur le marché au cours des prochaines années. Sur ce total, 5%, soit 43 566 logements, devraient même être mis en chantier à très court terme, étant donné qu’il s’agit de programmes dont les promoteurs ont déjà décroché des autorisations de construire. Quant au reste des unités non encore mises en chantier, il se trouve à des stades plus ou moins avancés de la procédure préalable à la construction qui débute par la signature d’une convention avec l’Habitat et les Finances et s’achève avec l’obtention d’une autorisation de construire auprès de l’Agence urbaine.

Les projets d’unités à 250 000 DH concernent 26 provinces et préfectures. Toutefois, à mesure que les mises en chantier s’intensifient, certaines régions creusent l’écart avec le reste du Maroc. Si l’on se base sur les statistiques des autorisations de construire délivrées à des projets de logement social depuis 2010, la région de Tanger-Tétouan arrive actuellement en tête avec plus de 44 000 autorisations accordées. Le Grand Casablanca lui emboîte le pas en dépassant les 42 000 autorisations. Les régions de Souss-Massa-Draa et Fès-Boulemane alignent, quant à elles, chacune, plus de 17 000 autorisations de construire. A ce jour, ces 4 régions ont accaparé près de 65% des autorisations de construire délivrées à des programmes de logements sociaux. Tout cela est pour rassurer le département de tutelle qui place beaucoup d’espoirs dans les unités à 250 000 DH pour réduire le déficit en logements à l’échelle nationale. Cela devrait passer, entre autres, par la construction de 500 000 logements sociaux, un objectif largement tenable au vu des seules demandes exprimées à ce jour par les promoteurs immobiliers.

Mais les ambitions du département de tutelle vont plus loin. D’abord, il veut niveler par le haut la qualité des logements bâtis. A ce titre, il devrait proposer un nouveau cahier des charges aux professionnels, dans le cadre du futur contrat programme avec la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI).
Avec cette nouvelle politique, le ministère de tutelle pense ramener le déficit en logements à 400 000 à l’horizon 2020, alors qu’au seuil de cette année on l’estimait à 608 000 unités (contre 1,24 million en 2000). Par ailleurs, il est sans doute utile de rappeler que le ministère estime qu’à l’échelle nationale, 60% de la demande porte sur le segment social.