Le gouvernement et les professionnels font front commun pour relancer le tourisme

Le Plan Azur élevé au rang de priorité numéro 1. La régionalisation des vacances scolaires devrait démarrer à  la rentrée 2015. Les textes régissant la Haute autorité du tourisme seront prêts avant la fin de l’année.

Elles n’ont peut-être pas révolutionné le secteur et n’ont, comme prévu, pas été l’occasion de grandes annonces, mais les 11e Assises du tourisme, qui se sont tenues le 29 septembre dernier au Théâtre MohammedV de Rabat, ont au moins eu le mérite de remobiliser les troupes d’un secteur confronté à de nombreux défis. Ils étaient tous là : ministres, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), ONMT, agents de voyages, élus locaux, représentants des fédérations et associations professionnelles, banquiers, invités étrangers –en l’occurrence espagnols– venus partager leurs expériences… Le chef du gouvernement lui-même, Abdelilah Benkirane, est venu clôturer les travaux. «Notre politique en matière de tourisme est bonne. Néanmoins, il faut reconnaître que nous avons quelques dysfonctionnements, notamment en ce qui concerne l’état de notre patrimoine culturel et de nos infrastructures d’accueil», a ainsi relevé M. Benkirane. «La marque Maroc se porte bien mais il faut continuer à la travailler», a pour sa part invité Abderrafie Zouiten, DG de l’Office national marocain du tourisme (ONMT).

Très attendue, cette rencontre a surtout permis de confirmer les objectifs fixés il y a 4 ans dans le cadre de la «Vision 2020», à savoir de doubler la taille du secteur dans les six prochaines années. Pour ce faire, les priorités pour les mois à venir sont définies. L’ensemble des acteurs s’accorde sur la nécessité de boucler le Plan Azur dans les meilleurs délais. Dans un premier temps, un effort particulier sera déployé pour accélérer la construction de 3 stations balnéaires, à savoir Saïdia (nouvelle tranche), Taghazout et Lixus. Deux hôtels supplémentaires et un aquapark seront ainsi livrés à Saïdia d’ici 2016, et les premières installations de Taghazout Bay devront être opérationnelles début 2015.

Des conventions collectives avec les syndicats dès 2015

Dans un deuxième temps, un effort sera fourni pour accompagner le développement de Mogador (nouvelle tranche), Mazagan (deuxième tranche) et Oued Chbika. Un programme dédié à l’équipement de ces stations en animation et loisirs sera lancé pour compléter l’offre d’hébergement. Chose curieuse, Plage blanche (Guelmim) n’a pas été évoquée. Quoi qu’il en soit, un comité Azur 2020, créé lors de la réunion du premier Comité stratégique conjoint du tourisme (CST) le 19 septembre, se chargera du suivi du programme.
La question de l’investissement, objet d’un des deux panels de cette journée, a bien entendu été soulevée. Plusieurs mesures ont été  annoncées, à commencer par la création d’un fonds de garantie dédié au financement bancaire prévue pour 2015. Une étude est en cours mais l’on sait déjà qu’un milliard de DH de garantie permettrait d’investir 75 milliards  de DH. «Il nous faut atteindre une masse critique en matière d’hébergement, mettre à niveau les équipements d’animation et de loisirs, et ainsi diversifier des destinations mono-segments telles que Marrakech et Casablanca. Pour cela, il faut trouver le mécanisme
ad hoc qui permettra un financement efficace. Nous pensons aux Organismes de placement collectif en immobilier (OPCI), à la titrisation par exemple», a souligné Leila Haddaoui, présidente de l’Association nationale des investisseurs touristiques (ANIT). D’ailleurs, les textes relatifs aux OPCI et Société d’investissement immobilier cotées (SIIC) seront bientôt soumis au conseil de gouvernement.

Pour Mohamed Kettani, PDG d’Attijariwafa bank et vice-président du GPBM, «il faut imaginer un méga-fonds qui reprenne tous les actifs des fonds de développement touristique des établissements financiers actuels et mobiliser les fonds souverains, voire les banques multilatérales». Le ministre de l’économie et des finances, Mohamed Boussaïd, a quant à lui tenu à rassurer: «Le tourisme bénéficie de la priorité de notre département. Le secteur s’insère dans une politique publique globale».
Pour doper le tourisme interne, la régionalisation des vacances scolaires devrait être effective dès la rentrée 2015 et pour ce qui concerne la carte vacances, sorte d’épargne-vacances, les autorités attendent la réponse de la CGEM. Côté capital humain, la Confédération nationale du tourisme (CNT) planche sur la mise en place de conventions collectives dans le secteur et espère les signer en 2015 et 2016. Enfin, les textes régissant la Haute autorité du tourisme (HAT), qui se réunira tous les 6 mois et qui sera composée de représentants des secteurs public et privé, seront prêts avant la fin de l’année. Elle devrait se réunir pour la première fois en 2015. A l’issue des ces 11e assises, les professionnels se sont félicité de la mobilisation : «Nous sommes fiers de la collaboration entre le privé et le public», déclare ainsi Ali Ghannam, président de la CNT. Rendez-vous est pris pour les 12e assises en 2015. Elles seront l’occasion de faire le bilan à mi-parcours de la Vision 2020 et de confirmer, ou non, les choix pris lors de ces 11e assises.