Le dossier de la stratégie maritime de nouveau sur la table

A l’instar du transport routier, le ministère de tutelle a entamé une série de rencontres avec les professionnels du secteur maritime. L’objectif est d’accélérer la réalisation de l’étude devant mener à  l’élaboration d’une stratégie pour sauver le pavillon national.

Les opérateurs du secteur maritime entrevoient-ils déjà le bout du tunnel ? En tout cas, le ministère de tutelle est en train de donner des signaux forts dans ce sens. Alors que le secteur est confronté depuis quelques années déjà à des difficultés menaçant l’existence même d’un pavillon marocain à l’avenir, une centaine d’opérateurs ont été invités par la direction de la Marine marchande à prendre part, mercredi 29 janvier, à une journée d’étude visant à baliser le terrain pour la mise en place d’une stratégie propre à ce secteur.

A noter qu’une étude est actuellement menée par un cabinet spécialisé au profit du ministère en charge du transport, dont l’objectif est de tracer les contours de la future stratégie. Cette étude se décline en plusieurs axes. Le premier a été réservé au diagnostic de la situation actuelle du transport maritime marocain pour les deux segments importants du trafic maritime, à savoir le fret et les passagers. Cette phase a confirmé la mauvaise passe que traverse le secteur et que la mise en œuvre d’une stratégie qui lui est propre est devenue indispensable pour le sauvetage du pavillon national. Le deuxième volet est consacré à l’identification des options stratégiques possibles pour dynamiser le secteur, et au choix de l’option la plus appropriée. Selon les premiers échos recueillis auprès des professionnels, c’est dans le cadre de ce deuxième axe qu’ont été réunis les concernés en vue de récolter leurs principales recommandations sur cette question. «En soi, le fait de nous réunir est un point positif, vu que par le passé nous n’étions pas impliqués dans les décisions stratégiques concernant le secteur», confie le représentant d’un des opérateurs présents à cette journée d’étude. Concrètement, les professionnels ont dû se prononcer sur les volets liés à la concurrence, la consolidation des mécanismes institutionnels, la promotion des compétences ainsi que les infrastructures portuaires et leur rôle dans le développement de l’économie maritime. Pour l’instant, les premières recommandations sont très variées. Elles vont des incitations fiscales aux modalités de financements. Les pouvoirs publics promettent d’inclure les propositions qui seront retenues à la suite des différentes réunions qui auront lieu dans le cadre de l’élaboration de la stratégie.

Ouverture de nouvelles lignes maritimes

En attendant de quoi va accoucher l’étude en cours, le ministère de tutelle semble avoir anticipé en lançant en octobre dernier un premier appel à manifestation d’intérêt pour l’ouverture de nouvelles lignes maritimes pour le transport de passagers entre le Maroc et l’Europe. Selon la tutelle, cette démarche permet de donner un nouveau souffle au pavillon marocain. En fait, l’idée part d’un constat simple: l’organisation du transport maritime international de passagers et véhicules avec les pays européens situés sur la rive nord de la Méditerranée est régie par des accords bilatéraux. Ces accords prévoient une répartition égalitaire et équilibrée dans le trafic maritime bilatéral. Or, dans la situation actuelle, la répartition du trafic, toutes lignes confondues, est en faveur du pavillon étranger, d’où la nécessité de restaurer l’équilibre qui devrait marquer ce trafic à travers une participation plus accrue des opérateurs nationaux et du pavillon marocain. C’est la raison pour laquelle cet appel à manifestation d’intérêt a été lancé. Cependant, bien que l’ouverture des plis était prévue pour fin novembre dernier, les résultats officiels de cette AMI n’ont pas encore été révélés. Les seules informations à ce sujet circulent auprès des opérateurs. Selon plusieurs d’entre eux, seuls cinq armateurs ont répondu favorablement à l’appel, ce qui n’a pas permis de combler que les lots incluant les lignes courtes surtout que les conditions de l’AMI ne permettaient pas la soumission d’un seul opérateur à plusieurs lots. «On ignore toujours ce qu’il adviendra de cette AMI vu qu’une stratégie est aujourd’hui en cours d’élaboration», explique un opérateur du secteur. De plus, lors d’une précédente rencontre avec les opérateurs, tenue à la veille de la date limite de dépôt des dossiers, le ministre de tutelle aurait promis de relancer l’appel à manifestation d’intérêt avec des conditions moins contraignantes pour les opérateurs. C’est du moins ce que l’on nous confie dans le secteur. La tutelle a-t-elle finalement décidé d’attendre la mise en place de la stratégie pour le faire ? Rien n’est moins sûr pour l’heure.