Le dossier de la revalorisation du patrimoine de Casablanca devrait encore traîner !

La SDL prépare un nouveau recensement des biens de la ville avant de passer à  l’action. Toutes les solutions jusque-là  envisagées pour la gestion du patrimoine sont rendues caduques par les divergences politiques.

Le dossier de la revalorisation du patrimoine de Casablanca est loin d’être résolu. A la lecture de la convention signée par le Conseil de la ville de Casablanca et Casa Patrimoine, on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’urgence. En effet, la SDL créée, entre autres, pour résoudre ce dossier épineux lancera une nouvelle étude pour recenser l’ensemble du patrimoine de la métropole avant de passer à l’acte, alors que cette mission a déjà été menée par une commission constituée par le Conseil de la ville. Après un travail de terrain qui a duré plus d’une année, cette commission a publié son rapport en 2013. Sur ce qu’elle a pu analyser, elle évalue le manque à gagner pour la ville à un milliard de DH par an. Dans l’objectif de revaloriser ce patrimoine, la commission avait décidé de commencer par les dossiers les plus emblématiques. Elle avait donc choisi la Sqala, le complexe Lido (le Paradise), l’ancien marché de gros, le complexe sportif de Zénata et ses annexes, et le complexe de tennis Moulay Rachid et ses annexes. Et comme dans plusieurs cas, les divergences politiques prennent très rapidement le dessus sur la concertation, le dossier a donc été de nouveau classé.

La nouvelle étude coûtera 5 MDH

C’est pour reprendre en main ce dossier que le président de la Commune urbaine avait décidé de créer la SDL. En parallèle, le département compétent au sein du Conseil de la ville avait entamé des procédures administratives et judiciaires pour récupérer une partie des biens de la ville. A fin 2014, il ne restait plus que la décision de Khalid Safir, wali du Grand Casablanca, pour l’expulsion des concessionnaires. «Casa Patrimoine devait, immédiatement après la signature de la convention, procéder à l’achèvement du travail déjà entamé par le Conseil de la ville et s’attaquer ensuite à la récupération des autres biens», déclare un membre de la commission chargée du patrimoine de la capitale. Et d’ajouter : «Malheureusement, ce n’est pas la procédure qu’envisage de suivre Casa Patrimoine. Sur instruction de la CUC, la SDL est retournée à la case départ». C’est-à-dire qu’elle doit mener une deuxième étude portant sur le recensement, le classement et la valorisation du patrimoine immobilier de la ville. Ce travail nécessitera deux ans (durée extensible selon les termes de la convention), ainsi qu’un budget de 5 MDH qui sera financé par le Conseil de la ville et dont 10% seront versés à Casa Patrimoine à titre d’honoraires. Certains élus dénoncent cette décision. Ils considèrent à l’unanimité que «le bureau exécutif du Conseil de la ville engage un budget conséquent dans un travail qui a été déjà fait, uniquement pour retarder la résolution du dossier». Et d’après eux, «la ville n’a pas besoin de cette étude pour avancer, il faut uniquement de la volonté et du courage politique».

Contactée à ce sujet, une source à Casa Patrimoine explique que «le défi pour Casablanca est d’être dans la mesure d’avoir une réponse claire et chiffrée aux questionnements relatifs à ses biens, leur répartition géographique, leur situation juridique, leur valeur de marché et le manque à gagner découlant du mode de gestion actuel. L’objectif est d’obtenir une base de données riche et exhaustive ainsi qu’un système d’information intelligent et interactif permettant des mises à jour en temps réel pour aboutir enfin à un système d’information géographique permettant de repérer correctement l’emplacement des biens sur une carte. L’appel d’offres relatif à cette étude sera lancé au courant du trimestre prochain».   

Divergences à propos des sites à protéger

La revalorisation du patrimoine de la métropole n’est pas le seul dossier qui divise les élus de la capitale. Celui relatif à la réhabilitation et à la rénovation des bâtiments historiques suscite également le débat. En effet, Casa Patrimoine a signé une deuxième convention en vertu de laquelle elle doit mettre en place un plan d’action pour protéger et rénover le patrimoine culturel et architectural de la ville. Cependant, ce plan d’action ne concernera que sept sites dont certains ne rentrent même pas dans la catégorie des bâtiments historiques, selon des experts dans le domaine. Il s’agit principalement des anciens locaux du marché de gros des fruits et légumes de Casablanca. Ce site est, pour rappel, source de conflit entre la ville et le groupe Chaâbi qui en était locataire. Le complexe Vélodrome est également considéré comme historique et doit donc être repris par

Casa Patrimoine. L’église Sacré-Cœur du boulevard Rachidi, la Librairie municipale ou encore le Marché central sont aussi concernés. «Le bureau exécutif du Conseil de la ville ainsi que Casa Patrimoine sont passés à côté des objectifs de cette convention qui devrait en premier lieu protéger notre patrimoine culturel», regrette un expert. Et d’ajouter: «Les bâtiments ne répondent pas tous aux conditions nécessaires pour être classés sites à grande valeur culturelle et historique». En somme, ceux qui devaient être protégés ne le sont pas.