Le crédit bancaire continue de ralentir

Le crédit bancaire a progressé de 2,2% en 2014 contre 3,9% en 2013 et 4,6% en 2012. Le ralentissement touche notamment les entreprises non financières privées. Les concours alloués au BTP et à  l’industrie manufacturière ont baissé respectivement de 0,5% et 1,2%.

Le crédit bancaire ne cesse de ralentir depuis 2012. En 2014, sa croissance s’est établie à 2,2% au lieu de 3,9% en 2013, 4,6% en 2012 et une moyenne annuelle de 12,5% entre 2007 et 2011.
A l’endroit du secteur privé, qui accapare la plus grosse part du crédit bancaire (69% du PIB en 2014), la progression du crédit est revenue de 10,14% en 2011 à 3,84% en 2014. Ce fort ralentissement touche en particulier les entreprises non financières privées : +3,14% en 2014 mais après une baisse en 2013 (-3,5%) et une hausse de…12,8% en 2011. Pour les entrepreneurs individuels, la croissance du crédit a été tout simplement négative : -5,3%. Par contre, le crédit aux particuliers s’est maintenu à peu près au même rythme sur les quatre dernières années: +7,6% en 2014, +5,8% en 2013, +8,3% en 2012 et 7,8% en 2011.

Les concours bancaires au profit du secteur public, hors administration centrale, ont en revanche augmenté de 9,2% en 2014 contre 7,6% en 2013, 24,4% en 2012 et 31,9% en 2011. Là encore, on observe un fléchissement net, mais le rythme d’accroissement des crédits reste élevé. Mais il faut sans doute relativiser ce constat par le fait que, d’une part, la base (le dénominateur) est ici faible (44,4 milliards d’encours, soit à peine 5% du PIB) et, d’autre part, les emprunteurs, c’est-à-dire les entreprises non financières publiques et les administrations locales, sont peu susceptibles de faire défaut.

Par objet économique, les crédits bancaires à l’équipement ont repris en 2014 en réalisant une hausse de 3,7%, à 144,5 milliards de DH, mais cela vient après une faible progression en 2013 (+1,5%) et une baisse en 2012 (-2%). A titre d’exemple seulement, en 2010, les crédits à l’équipement avaient progressé de 17%. Les concours alloués aux promoteurs immobiliers ont, eux, carrément baissé en 2014 : -5,6%, à 64,7 milliards au lieu de +6,8% en 2011, +14% en 2009.

Mais là encore, il faut nuancer le niveau de ces hausses, quelque peu…gonflées par l’effet de base (même si la crise qui frappe le secteur en général est réelle, et la volonté des pouvoirs publics de contenir la bulle qui commençait à apparaître dans ce secteur, évidente). Les crédits à l’habitat, par contre, progressent à un rythme relativement correct : 6,2%, à 170,1 milliards de DH en 2014, au lieu de 6,3% en 2013 et 10,7 en 2011. Les crédits de trésorerie également ont repris en 2014 en enregistrant une hausse de 3,1%, à 180,6 milliards de DH, mais cette hausse vient après une baisse de 5,6% en 2013.

Baisse de 21% de crédits à l’équipement pour la branche des industries manufacturières

Répartis cette fois par branche d’activité, les crédits ont baissé de 0,5%, à 93,33 milliards de DH pour le BTP en général mais de 4,8%, à 64,9 milliards de DH pour le segment immobilier. La baisse touche aussi les industries manufacturières (-1,2%, à 87,9 milliards de DH), en particulier s’agissant des crédits à l’équipement de cette banche (-21%, à 18,45 milliards de DH). En revanche, les concours bancaires ont fortement augmenté (+9,2%, à 50,76 milliardsde DH) pour la branche commerce, réparations automobiles et articles domestiques.

Bref, le rythme d’accroissement du crédit ralentit, certes de manière différenciée selon les secteurs et les branches d’activité. Et ce n’est pas un constat nouveau, puisque la tendance est apparue à peu près lorsque les effets de la crise internationale ont atteint l’économie marocaine, via notamment le repli des transferts des MRE et des recettes touristiques, la baisse de la demande étrangère adressée aux entreprises marocaines, etc. Sans doute est-ce pour cette raison que les banquiers comme le régulateur qu’est Bank Al Maghrib attribuent cette atonie du crédit, au moins en partie, à la faiblesse de la demande, en particulier celle émanant des entreprises. Le niveau de hausse du PIB non agricole

ces dernières années joue en quelque sorte comme un révélateur de ce ralentissement. De 4,7% en moyenne annuel entre 2002 et 2008, l’augmentation du PIB hors agriculture revient à quelque 3,5% en moyenne entre 2009 et 2014.

C’est évidemment faible pour une économie qui atteint à peine (en 2014) un PIB global de 900 milliards de DH.

La question que l’on peut se poser maintenant est de savoir si dans ce ralentissement du crédit il y a un effet taux d’intérêt. Sans doute, mais cela dépend pour qui. Toute la clientèle des banques ne bénéficie pas des mêmes taux d’intérêt, sachant que ceux-ci sont libres. En outre, il est difficile de mesurer avec exactitude l’impact des taux d’intérêt sur l’évolution du crédit. Lorsque la demande se fait rare ou peu solvable, l’effet taux peut jouer mais à la marge.

Ces dernières années, et suite notamment à la baisse du coût du refinancement des banques, les taux débiteurs ont globalement baissé : il devait s’établir à environ 6% en 2014 contre 6,30% en 2012. Pour autant, le rythme de progression des crédits reste modeste… .