Le Congo veut faire du Maroc un allié stratégique en matière de développement économique

Une délégation de 118 dirigeants et hauts cadres d’entreprises marocaines a participé au Forum Investir au Congo. Son gouvernement a annoncé de gros projets inscrits dans sa stratégie d’émergence industrielle intitulée «La marche 2025».

Le Congo a organisé son premier Forum d’investissement, ICB 2015, avec l’ambition d’«ouvrir grandes les portes du pays à toutes celles et tous ceux qui désirent faire des affaires», a déclaré Isidore Mvouba, ministre du développement industriel et de la promotion du secteur privé, lors de la cérémonie d’ouverture. Peu avant lui, Denis Sassou N’Guesso, le président congolais, avait planté le décor en soulignant que diversifiée ou pas l’économie devenait presque une question de vie ou de mort et «la chute des cours du pétrole a sonné comme un rappel». Ces nouveaux choix, ce pays les a précisés dans une stratégie d’émergence industrielle intitulée «La marche 2025». Un défi qu’il compte relever grâce aux investissements directs étrangers, principalement ceux provenant du Maroc. «Le Maroc est un très bel exemple en matière de coopération Sud-Sud. L’économie marocaine est devenue un modèle dans les secteurs de l’agriculture et l’industrie. Pour cela nous avons décidé de nous adresser au Royaume pour bénéficier de son expérience et permettre au Congo de faire un pas vers l’industrialisation, mais aussi pour relancer son tissu économique, outre le secteur pétrolier», a expliqué Ulrich Cesar Kouka, DG de Congo Capital SA. Dans cet esprit, une délégation constituée de dirigeants ou hauts cadres de 118 entreprises de 12 secteurs d’activités a participé à ce forum, fruit d’un partenariat entre Congo Capital Entreprises SA, le Centre marocain de promotion des exportations (Maroc Export), la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et l’Association marocaine des entreprises exportatrices (Asmex). «Notre objectif était de permettre aux entreprises marocaines d’explorer les opportunités d’affaires bilatérales et de mettre en avant leur savoir-faire dans l’industrie, l’infrastructure et l’agriculture essentiellement», souligne Ulrich Cesar Kouka.

12 millions d’hectares de terres cultivables dont 3% seulement sont mises en valeur

Avec ses 4 millions d’habitants, un territoire de 342000 km2, une façade maritime de 170 km, un port en eau profonde parmi les plus performants du Golfe de Guinée, le Congo tient en Afrique Centrale une position géographique qui en fait le pays de transit par excellence. Il est aussi membre de deux ensembles économiques, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), constituant un marché de plus de 120 millions de consommateurs. Le pays fait de l’amélioration de l’environnement des affaires l’une des priorités de sa politique de développement. Il est classé 176e dans le palmarès Doing Business 2016.

Un pays propice à l’investissement

Au demeurant, l’investissement y est fortement encouragé à travers de nombreux textes législatifs comme la charte des investissements, le Code des hydrocarbures, le Code minier, le Code forestier et le Code des marchés publics. L’IS est établie à 35% avec une exonération pour les trois premières années. Le prix du foncier reste également très accessible puisqu’il est établi à une moyenne de 2 350 F CFA/m² (38,23 DH) pour les zones commerciales et à 4 000 F CFA/m² (65,08 DH) pour les zones industrielles.

Du point de vue des ressources humaines, le Code du travail congolais donne aux investisseurs la possibilité d’adapter leurs politiques d’embauche et de licenciement à l’activité économique et à la conjoncture. En revanche, la main-d’œuvre disponible est en grande partie sous-qualifiée et le salaire minimum relativement élevé en comparaison avec d’autres pays de l’Afrique subsaharienne. Il est de 90 000 F CFA, soit 1 464 DH (137 euros) contre à peine à 60 000 F CFA au Sénégal, par exemple.

Cela n’enlève rien aux opportunités qu’offre ce pays qui a engagé, ces dernières années, un vaste programme de construction et de modernisation des infrastructures de base sur l’ensemble du territoire et dans tous les domaines, en l’occurrence  routes, ports, aéroports, télécommunications, énergie, santé, éducation, sports… Le Congo offre également des opportunités d’investissement considérables. Dans le domaine agricole, il dispose de 12 millions d’hectares de terres cultivables dont 3% seulement sont mises en valeur. Le potentiel annuel, dans le secteur de la pêche continentale et maritime, est évalué à 100 000 tonnes. Dans le domaine forestier, sur 22 millions d’hectares de réserves, soit 65% du territoire congolais, 15 millions d’hectares sont commercialement productifs.

En dépit des montées de tensions épisodiques sur le plan politique, l’association de tous ces éléments fait du Congo un pays propice à l’investissement. Ce climat reste encore plus favorable pour les investisseurs marocains, puisque le gouvernement a affiché clairement sa volonté de faire du Maroc un allié stratégique en matière de développement économique. D’où l’étonnement provoqué chez certains observateurs par l’absence d’officiels marocains (ministres et secrétaires généraux). Ce n’était que partie remise. My Hafid El Alami, ministre du commerce, de l’industrie et de l’économie numérique, devait rencontrer, jeudi 26 novembre à Marrakech, une délégation congolaise conduite par Isidore Mvouba.

L’autre constat est que les entreprises participantes ont été sélectionnées par Maroc Export et l’Association marocaine des exportateurs (ASMEX) dont la mission principale est de promouvoir les exportations et non pas les investissements à l’étranger, alors que c’est dans ce domaine que le pays hôte insiste. Enfin, la délégation marocaine a été dominée par des PME qui privilégient les exportations pour un premier temps. «Nous avons privilégié dans la sélection les acteurs qui sont dans une dynamique d’investissement et quelques exportateurs qui, à terme, pourraient investir», explique Abdou Diop, Executive Partner au Cabinet Mazars Maroc et président de la Commission Afrique au sein de la CGEM. Selon lui, «le Congo est un marché qui se construit. Par conséquent, les PME peuvent très valablement s’installer et commencer par des projets de taille maîtrisable». Zahra Maafiri, directrice générale de Maroc Export, est quant à elle convaincue que les exportations peuvent ouvrir la voie à des investissements directs.

Suivant cette ligne, Maroc Export envisage d’organiser d’autres missions de prospection au Congo.

– L’automatisation des process industriels Les opérateurs marocains spécialisés dans l’intégration d’automatismes clés en main dans les domaines de l’électricité, l’automatisme et l’instrumentation, la gestion d’énergie et la performance industrielle, et les énergies renouvelables qualifient le marché de terrain fertile pour leurs investissements. «D’après une étude que nous avons réalisée, il n’y a pas d’opérateurs spécialisés sur ce marché. Les prix facturés pour des missions spéciales (réalisées par des opérateurs étrangers) sont trop élevés», explique Najib Abouloula, directeur technique à Concept Automatisation. En revanche, de nombreux obstacles pourraient éventuellement rendre cette mission plus compliquée, en l’occurrence la rareté de ressources humaines qualifiées, les coûts logistiques élevés ainsi que l’inexistence d’une offre complémentaire, ce qui nous obligera à tout importer du Maroc. – Energies renouvelables Le gouvernement congolais a présenté de nombreux projets parmi lesquels le barrage hydro-électrique de «Sounda» dans le sud du pays. D’une capacité de 800 MW extensible à 1 200 MW, ce complexe nécessite un investissement de 2 milliards de dollars. Ce projet a encouragé de nombreuses entreprises marocaines spécialisées dans le domaine de l’électricité et des énergies renouvelables à faire le déplacement, Platinum Power entre autres. Thanaa Bennani, directrice développement et relations gouvernementales de cette entreprise, a entamé depuis son retour au Maroc des séances de travail avec Congo Capital SA pour avoir des précisions sur le projet et le processus de passation des marchés. Selon Mme Bennani, il s’agit d’un grand projet qui bénéficiera à de nombreuses entreprises, notamment les PME, puisque sa réalisation nécessitera un écosystème. w Restauration et hôtellerie «Ce secteur est quasi inexploité», confirme Kamal Rahal Essoulami, administrateur au Groupe Rahal. Cependant, pour pouvoir l’investir, «il faudrait faire un énorme travail», ajoute-t-il. Selon lui, en matière de formation, le pays ne dispose pas d’établissements spécialisés pour les métiers de la restauration et de l’hôtellerie. A cela s’ajoute la rareté et la cherté des produits alimentaires. Le groupe est pour le moment intéressé par une installation au Congo et réfléchit à une organisation en consortium. Pour Rahal Essoulami, rien ne sera facile sans l’accompagnement des opérateurs du secteur agricole et agroalimentaire. -Equipement et aménagement des espaces professionnels La politique de modernisation des administrations et entreprises publiques ouvre un gros marché aux opérateurs d’aménagement des espaces de bureaux. Maroc Bureau entend bel et bien saisir cette opportunité. «Nous comptons faire une deuxième visite afin de trouver un partenaire local. Le marché est porteur, pour cela nous envisageons de commencer par une représentation avant de s’installer sur place», déclare Mohammed Kafil, responsable grands comptes à Maroc bureau.