Le besoin de financement courant s’est apprécié de 25 à 30%

Il est en nette hausse depuis 2014 dans tous les secteurs d’activité ! L’aggravation des besoins en liquidités, qui touche principalement les TPME, émane principalement de l’allongement des délais clients et de la durée moyenne de stockage. Les trésoreries des grandes sociétés cotées sont moins tendues grâce à un effort de déstockage.

Décidément, la tension est encore loin de s’alléger sur les trésoreries des entreprises. De l’avis de plusieurs banquiers, les besoins des entreprises en cash se sont encore manifestés de manière plus prononcée au cours du premier semestre de l’année. «Une bonne partie des clients, ayant du mal à faire face aux charges courantes, notamment les charges fixes et même les salaires, font appel à la banque pour passer les fins de mois», confie un chargé d’affaires dans une filiale d’une banque française. «L’évolution des comptes débiteurs et des crédits de trésorerie donne une idée très claire de la situation», explique, de son côté, le DGA d’une banque en charge du marché de l’entreprise. Il informe que les concours de trésorerie accordés auraient augmenté de 10 à 13% à fin juin. D’après les dernières statistiques monétaires disponibles du secteur arrêtées à fin mai, les comptes débiteurs et crédits de trésorerie sont en hausse d’environ 9%, à 176,4 milliards de DH. Sur ce volume, les concours de court terme pour les entreprises privées ont progressé de 7,8%.

Confirmant cette tendance de fonds, un senior banker affirme que les bilans provisoires arrêtés à fin juin font généralement apparaître des trésoreries nettes déficitaires. A l’en croire, la hausse du BFR sur son portefeuille varie en moyenne de 20 à 50%. Donc plus que les crédits de trésorerie, étant entendu que tout le gap n’est pas financé par un emprunt bancaire. «Pour quelques entreprises, le BFR a carrément doublé en l’espace d’un an», rapporte le banquier dont le portefeuille est composé en majorité de la grande PME.

La pression sur les trésoreries s’est amplifiée de 100 milliards de DH

Au demeurant, la situation qui prévaut depuis quelques années persiste ! En 2018 déjà, les besoins en liquidités ont poursuivi leur trajectoire ascendante, selon les banquiers, les spécialistes du renseignement commercial et les assureurs-crédit qui ont, tous les trois, une vue très exacte de la situation des trésoriers de leurs clients et partenaires. D’après leurs estimations, le besoin de financement courant s’est apprécié de 25 à 30% au cours des premiers mois de cette année.

Plus précises, les données d’Inforisk font ressortir que le besoin en fonds de roulement (BFR) s’inscrit dans une courbe ascendante depuis 2014 dans tous les secteurs d’activité. En pourcentage du chiffre d’affaires, il est passé d’une moyenne de 17% à environ 25%, soit une hausse de 8 points en trois ans. Sachant que le courant d’affaires consolidé de l’ensemble des entreprises en activité avoisine 1 200 milliards de DH, la pression sur les trésoreries s’est donc amplifiée de 100 milliards de DH au cours de cette période !

L’aggravation des besoins en liquidités selon la quasi-totalité des spécialistes sondés émane de l’allongement des délais clients et du délai de stockage des marchandises. Une structure petite ou moyenne est payée à plus de 200 jours alors qu’elle doit régler ses fournisseurs à 90 jours maximum.

Les industries extractives, les activités financières, l’agriculture et le commerce parmi les plus touchés

Une exception toutefois, les grandes entreprises ont vu leur BFR baisser. C’est dire que la taille et le mode de gouvernance font la différence quand il s’agit de besoin en liquidités ! D’après le rapport 2018 sur le BFR d’Euler Hermès, le besoin en liquidités des entreprises cotées a baissé de 10 jours pour s’afficher à 57 jours de chiffre d’affaires. Cette contraction du besoin en liquidité résulte de la réduction de 17 jours de la durée de stockage et du raccourcissement de 7 jours du délai de règlement des factures. Autrement dit, les sociétés cotées ont payé plus vite leurs fournisseurs tout en vendant plus rapidement leurs biens et services.

Par secteur, d’après Bank Al-Maghrib, les industries extractives ont vu leur besoin de liquidités s’accentuer de plus de 110% à fin mai à 1,3 milliard de DH. La branche des activités financières a enregistré également une aggravation de ses besoins de trésorerie de 78% à 13 milliards de DH. Faisant face à une saison peu reluisante, le secteur primaire (agriculture et pêche) voit ses besoins en cash s’alourdir de 21% pour dépasser 17 milliards de DH. Moins touchées, les industries alimentaires et les activités de commerce affichent des besoins de trésorerie en hausse respectives de 9% (à 20,4 milliards de DH) et 6,4% (à 37,7 milliards).

A contrario, les tensions sur la trésorerie des secteurs de l’électricité, gaz et eau (besoins en baisse de 27%), l’hôtellerie et restaurant (-16%), le textile-habillement (-7,7%) s’allègent légèrement en 2019.

Une étude mondiale sur le BFR réalisée par l’assureur-crédit Euler Hermès fait apparaître des évolutions contrastées du besoin en fonds de roulement selon les économies en 2018. D’après ses conclusions, si l’on se fie aux dernières données bilancielles de 2017, le BFR a diminué en Chine (-10 jours), au Brésil (-11) et en Russie (-15). «Dans un contexte de reprise de la croissance mondiale, la capacité des entreprises à transformer leurs stocks en ventes est essentielle pour maîtriser le niveau de leur BFR», estime-t-on auprès d’Euler Hermès. A contrario, le BFR a augmenté dans 2 pays sur 3 à l’échelle mondiale, notamment aux États-Unis (5 jours), en Allemagne (7), au Japon (8), en France (3) et au sein des émergents asiatiques (à l’exception de la Chine et de Singapour). Dans ces pays, la hausse du BFR provient à la fois d’un relâchement des délais de paiement et de la hausse du niveau des stocks : 5 jours en moyenne. Il faut y voir l’anticipation par les entreprises d’une hausse de la demande, dans un contexte d’une légère accélération de la croissance mondiale.