Le «all inclusive» divise les professionnels du tourisme

La formule du «tout compris», proposée en bord de mer, est jugée pénalisante pour les villes touristiques
Ses partisans estiment que l’offre répond à  la demande des tour-opérateurs.

Les destinations touristiques nationales vont-elles résister à la mode du «all inclusive» (tout compris) ? Cette formule qui a fait recette chez bon nombre de nos concurrents, en l’occurrence la Tunisie, l’Egypte et la Turquie, pour ne citer que ces pays-là, commence à faire des adeptes au Maroc, précisément à Agadir. Cependant, elle divise profondément les professionnels du tourisme, plus particulièrement ceux de la capitale du Souss, où la pratique est fortement répandue. Les raisons de leur colère ? Le fait que les touristes ne quittent plus leur hôtel, ce qui constitue une menace pour les autres activités commerciales de la ville liées au tourisme, entre autres les restaurants et cafés. En revanche, ceux qui la pratiquent dans leurs établissements y voient un phénomène de mode auquel il faut s’adapter.

Des produits et un service parfois médiocres
Le CRT (Conseil régional du tourisme) d’Agadir n’est pas le seul à dénoncer le all inclusive. Selon Driss Faceh, président du CRT de Fès, «le fait d’opter pour une telle formule constitue une erreur monumentale, car il s’agit d’accueillir une clientèle à faible pouvoir d’achat, habituée à aller dans des pays, dans des clubs de vacances ou des hôtels situés loin de toute activité commerciale». Et d’ajouter qu’il faut, en plus, savoir gérer cette formule qui ne doit souffrir d’aucune restriction au niveau de la qualité ou des créneaux horaires… Car, selon les témoignages de nombreux professionnels d’Agadir, les établissements adeptes du all inclusive dans cette ville font beaucoup dans l’approximation, en proposant des produits de consommation de qualité moindre, avec un service qui laisse à désirer.
Le responsable commercial d’un hôtel quatre étoiles d’Agadir, situé sur le front de mer, n’est pas du même avis. «Nous pratiquons cette formule parce qu’il y a une demande qui émane des tour-opérateurs et nous ne pouvons pas la refuser, sous peine que la clientèle soit déroutée vers d’autres destinations», argumente-t-il. Et si cette mode était en train de tuer les autres activités de la ville ? «Ce n’est que provisoire, car les commerçants de la ville doivent aussi faire appel à leur imagination», ajoute-t- il.

Cet établissement propose en effet, pour 1050 DH HT par jour en haute saison, et 800 DH en basse saison, pour une personne en chambre double, tout ce que l’on peut imaginer faire dans un hôtel. C’est du moins ce que l’on nous a déclaré. Mais sur la brochure, les promesses sont plus nuancées. Certes, repas et boissons dans ses quatre restaurants, ouverts jusqu’à minuit, et ses trois bars, ouverts 24 h/24, sont gratuits, en plus de l’accès à certaines activités de loisirs. Mais on y trouve également de nombreuses petites restrictions qui n’augurent rien de bon pour la publicité de la destination, étant donné ce qui est proposé ailleurs.

Une formule à adapter aux spécificités locales
Et c’est justement là que réside le risque dénoncé par certains professionnels. Cette situation est ainsi résumée par l’un d’eux. «Le débat qui a cours sur le all inclusive à Agadir est un faux débat, affirme-t-il, car, en réalité, c’est le marché qui décide, et quand il y a une demande nouvelle qui émane des tour-opérateurs des marchés émetteurs, il faut la satisfaire et s’y adapter, en étant plus créatif». Selon cet hôtelier, le fait que les opérateurs soient partagés sur cette option relève du fait qu’elle est pratiquée par des hôtels du front de mer, c’est-à-dire des hôtels qui font déjà un très bon taux de remplissage et qui veulent gagner davantage. Or, ajoute-t-il, les hôteliers qui adoptent le all inclusive ont tendance à identifier les attentes du touriste à un lit plus un restaurant, ce qui est une erreur. Car si la formule est payante à court terme, elle ne l’est pas à long terme. «L’idéal, conclut-il, serait de se placer de manière intelligente sur tous les segments, et il y en a qui sont très porteurs mais absolument inexploités comme le tourisme de croisière».

Un autre opérateur, qui tient également à garder l’anonymat, abonde, à quelques nuances près, dans le même sens. «Il y a quelques années, on pensait que le all inclusive était prisé par la clientèle des pays nordiques et d’Allemagne. Aujourd’hui, ce sont les TO français, qui critiquaient autrefois ce produit, qui nous le proposent», rappelle-t-il. Selon lui, sans aller jusqu’à refuser le all inclusive, ce qui serait pénalisant pour la destination, les professionnels devraient, au sein de leurs associations professionnelles, se mettre d’accord pour l’adapter aux spécificités locales, et surtout en convaincre les tour-opérateurs en leur proposant des produits intermédiaires. Abdellatif Kabbaj, de la chaîne Kenzi, qui a déjà testé le all inclusive dans ses établissements, à Marrakech, nous a déclaré qu’il est décidé à l’abandonner. «Avec les prix pratiqués, soit entre 500 DH et 900 DH, nous restons malgré tout plus chers que les autres destinations concurrentes». Il faudrait, selon lui, opter pour des produits qui se rapprochent de ce modèle pour amortir intelligemment la pression des tour-opérateurs.