L’arrivée de Ramadan en été et la crise perturbent le marché des boissons alcoolisées

Depuis le début de l’année, les ventes d’alcool ont connu une baisse de 6% en raison de la morosité dans le tourisme
Les femmes, de plus en plus nombreuses à  boire, et les jeunes dopent les ventes de vodka au détriment du whisky
La consommation des vins se déplace vers les produits de meilleure qualité.

Le marché des boissons alcoolisées (spiritueux, vins et bières) traditionnellement peu élastique à des variations de conjoncture accuse le coup. Sur les cinq premiers mois de l’année, les ventes ont reculé de 6 % comparativement à la même période de 2008, indiquent distributeurs et producteurs. Comme pour plusieurs autres activités, cet essoufflement est, selon les professionnels du secteur, dû à l’effet psychologique de la crise économique et notamment la morosité que connaît le secteur touristique. Mais l’impact de la crise économique n’est pas le seul facteur. Il y a également certains évènements qui ont marqué le début de l’année, notamment la grève des transporteurs qui a fortement perturbé la distribution. Et si une légère reprise a été constatée depuis le début du mois de juin, cette dernière sera de courte durée car la quatrième semaine de juillet coïncidera avec le début du mois de Châabane et les ventes recommenceront à fléchir avant l’arrêt total quelques trois semaines plus tard, en raison de Ramadan. D’ailleurs, pour les cinq prochaines années, les opérateurs prévoient une baisse d’activité durant l’été en raison de Ramadan qui couvrira tout le mois d’août ou une bonne partie, alors que c’est traditionnellement durant la période estivale que, tourisme et loisirs aidant, les ventes connaissent leur pic. Les recettes manquées seront difficilement compensées, même à l’occasion des fêtes de fin d’année.

Les ventes d’alcool ont progressé de 3 à 6% par an au cours des dernières années

Hormis ces facteurs de saisonnalité, le marché des boissons alcoolisées au Maroc se caractérise par une progression sans ampleur majeure d’une année à l’autre. En 2006 et 2008, les ventes ont progressé de 3 à 6% par an, selon le type de produit. En 2009, le taux de progression prévu sera beaucoup moins important. Certains opérateurs anticipent même une stagnation.Dans le secteur, on signale que le repli concerne d’abord les produits haut de gamme, notamment le champagne dont les ventes peuvent aller jusqu’à 140 000 bouteilles par an. Aucune estimation de ce recul n’est communiquée cependant, les professionnels retiennent que la baisse a été très importante dans les villes de Marrakech et Casablanca, en raison de la baisse de l’activité touristique.
En revanche, le marché des spiritueux, s’il devrait se maintenir, présente la particularité de changer de nature. Ainsi, le whisky, récemment introduit dans le panier moyen de la ménagère  parmi les 500 produits devant servir de base au calcul du nouvel indice des prix à la consommation, a vu ses ventes se tasser. Globalement, la consommation a atteint 1,5 million de bouteilles. Une baisse compensée par une consommation plus importante de vodka. Ses ventes qui ont franchi la barre du million de bouteilles par an ont enregistré, selon les professionnels, la plus forte croissance durant ces dernières années. Cela s’explique par une demande croissante de la part des jeunes et des femmes qui la préfèrent, du fait de son goût neutre, au whisky, mais également à l’apparition, sur le marché, de vodkas aromatisées et à des prix plus abordables. Il faut à ce sujet préciser que le gros des consommateurs se situe dans la tranche d’âge comprise entre 20 et 30 ans.

2% de la bière et 4% du vin consommés sont importés
Les ventes de vin se sont également tassées depuis le début de cette année. Ce marché est estimé entre 35 et 38 millions de bouteilles, dont 4% seulement sont importées. La production locale est en grande partie assurée par trois ou quatre groupes dont Les Celliers de Meknès et Thalvin. Ce marché s’est caractérisé, selon les opérateurs, par une amélioration qualitative de la demande. «Les consommateurs marocains demandent de plus en plus des vins de qualité. Il y a eu, durant ces dernières années, un changement des habitudes de consommation. D’ailleurs, les statistiques du marché révèlent une baisse des produits bas de gamme», affirme un distributeur. Il ajoute que les ventes de vins, contrairement au champagne, n’obéissent pas au principe de la saisonnalité dans la mesure où la demande se maintient sur toute l’année. Consommé à température ambiante ou «chambré», selon un spécialiste, ce produit convient à toutes les saisons. Last but not least, les ventes de bière devraient elles aussi stagner. Même si leur consommation est plutôt bien répartie sur toute l’année (hormis les périodes religieuses), l’arrivée de Ramadan pendant l’été devrait, au mieux, faire stagner la consommation par rapport à 2008. Le marché estimé à 1 million d’hectolitres (400 millions de bouteilles) est dominé à plus de 80% par les Brasseries du Maroc qui distribuent les marques les plus connues, notamment Flag Spéciale, Stork, Heineken, Casablanca et Export 33. Les importations se situent entre 15 000 et 20 000 hectolitres (6 à 8 millions de bouteilles). La bière la plus prisée est la Flag Spéciale qui représente 50 % des ventes de bière des Brasseries du Maroc