«L’amélioration de la data contribuera au développement de la liquidité du marché»

C’est grâce à la disponibilité de l’information, de sa qualité et de sa pertinence que les investisseurs peuvent prendre des décisions, gérer des risques…, et ainsi alimenter la liquidité du marché. L’APSB participe activement à plusieurs comités de la place et travaille étroitement avec les autorités de tutelle, les opérateurs de marché et les investisseurs.

L’APSB a récemment lancé un nouveau site internet, quelles en sont les raisons et les caractéristiques de ce nouveau site ?
A l’APSB nous pensons que l’amélioration de la data contribuera au développement de la liquidité du marché. Ainsi, dans le cadre de notre étude stratégique, nous avons répertorié plusieurs actions à réaliser au niveau de la place afin d’atteindre cet objectif. La mise à jour de notre site s’imposait. Nous avons voulu un site riche en information et en trois langues, qui permet à tout internaute de retrouver en un seul endroit l’essentiel des données sur notre marché. Les cours, les volumes, l’évolution des indices, les news sur les sociétés cotées telles que la publication des résultats, la tenue des instances de gouvernance, les détachements de dividende… ainsi que des notes de recherche. Il faut que les informations et les données du marché soient accessibles à tous. Nous avons aussi une ambition d’offrir un service aux émetteurs, à savoir mettre à leur disposition un calendrier commun pour fixer la date de présentation des résultats. Nous pensons que ceci permettra une meilleure coordination des agendas et ainsi réduire les risques de chevauchements des réunions avec les analystes. Nous avons aussi voulu consacrer des rubriques aux autres places régionales, donnant ainsi à notre site un positionnement africain.

Vous avez parlé de plusieurs actions pour améliorer la data, pouvez-vous nous en dire plus ?
La data au niveau du marché financier regroupe les différentes données financières et de marchés et relèvent d’un enjeu stratégique et structurant pour la bourse. En effet, c’est grâce à la disponibilité de l’information, de sa qualité et de sa pertinence que les investisseurs peuvent prendre des décisions, gérer des risques…, et ainsi alimenter la liquidité du marché.
L’instauration par l’AMMC des nouvelles règles de publication des résultats, notamment à fréquence trimestrielle, a clairement permis de constater des réactions du marché et des pics de volume en des dates historiquement calmes. C’est très bénéfique au marché boursier.
Mais l’enjeu de la data est permanent. Les différents acteurs et opérateurs de marché disposent de quantités importantes d’informations. Que ce soit au niveau de la bourse, Maroclear, AMMC, sociétés de bourse, investisseurs… ces données ne sont pas suffisamment exploitées ou valorisées et en tout cas pas partagées. Nous gagnerons tous à mettre nos données en commun et voir ensemble comment créer de la valeur pour tous, bien sûr, tout en respectant les aspects liés à la confidentialité. C’est un équilibre à trouver et un grand chantier à entamer.

Vous faites référence à votre étude stratégique, pouvez-vous partager avec nous les grandes orientations ?
C’est en effet une étude qui a été réalisée par l’APSB, en collaboration avec le cabinet conseil O Finance, et en cours de réactualisation, dans le cadre d’une réflexion sur les actions à mener pour hisser notre place au rang qu’elle mérite. A savoir un marché boursier liquide qui finance efficacement l’économie, développe l’épargne des investisseurs particuliers et constitue un vrai hub régional. L’étude comporte plusieurs parties. Une première, un diagnostic du marché sur 10 ans en comparaison avec des marchés comparables, la conclusion est que notre bourse a des atouts forts mais aussi des lacunes à corriger rapidement. Le manque de papier, la liquidité et le flottant étant les plus importants. La deuxième partie est une vision à long terme, que nous avons intitulée Cap Transformation 2025. Nous estimons que pour atteindre nos objectifs ambitieux, il faut enclencher une vraie transformation, et ce à plusieurs niveaux. Nous avons décliné la vision en quatre axes stratégiques : développer durablement la liquidité du marché et améliorer la qualité de l’information financière, contribuer efficacement au financement de l’économie, devenir un point d’accès privilégié pour l’Afrique pour les émetteurs et les investisseurs internationaux et, dernier axe, mettre en place une infrastructure de marché intégrée, compétitive et aux normes internationales. Derrière chaque axe, il y a une série d’actions à réaliser. Nous avons aussi fixé un objectif intermédiaire, que nous voulions fédérateur, à savoir la reconquête de la classification emerging market. Nous avons aussi insisté, dans une dernière partie, sur des points de vigilance. Conscients que pour mener à terme une grande transformation, il faut une mobilisation et un alignement total de toutes les parties prenantes. Il faut une impulsion politique et une accélération des réformes en fixant des priorités.

Justement, en parlant de priorité, quels sont pour l’APSB les actions urgentes ?
L’APSB participe activement à plusieurs comités de la place et travaille étroitement avec les autorités de tutelle, les opérateurs de marché et les investisseurs. Nous assistons aujourd’hui à plusieurs réformes structurantes : mise en place des OPCI, création d’un marché alternatif et d’un marché investisseurs qualifiés, développement d’une Chambre de compensation et d’un marché à terme, modification en cours de la loi sur les OPCVM qui va permettre le lancement des ETF… Sur du long terme c’est excellent. Mais, à notre sens, la liquidité et l’élargissement du spectre d’investisseurs sont des prérequis à la réussite de cette nouvelle offre à venir.
C’est pourquoi deux chantiers déjà entamés doivent être finalisés au plus vite, à savoir l’amendement de la loi sur le Prêt emprunt de titre et des réformes fiscales, notamment pour les règles de fonctionnement du PEA (Plan d’épargne en actions).

Rachid Outariatte

– Président de l’Association professionnelle des sociétés de bourse (APSB).

– Directeur général de CDG Capital Bourse.

– Executive MBA de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, DEES en Banques et Finance du Conservatoire des arts et métiers (Paris).

– Diplomé de l’Institut supérieur et d’adminstration des entreprises (ISCAE).

– Plusieurs postes de direction dans le Groupe Société générale Maroc ; participation à la création et directeur de la filière Gestion privée; membre de directoire de Sogécapital Gestion ; directeur du Front de Sogécapital Bourse.