L’adaptation aux changements climatiques, une obligation !

L’accès au financement des projets de lutte contre le changement climatique est le maillon faible des programmes des pays en développement. Lors de la COP22, le Maroc portera des initiatives complémentaires au nom de l’Afrique et d’une grande partie de la région MENA.

L’Agence pour le développement agricole (ADA) a organisé, du 6 au 8 septembre à Rabat, en partenariat avec le Fonds d’adaptation (FA) aux changements climatiques, un atelier régional sur la finance climat pour les entités de mise en œuvre nationales des pays de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA). L’atelier a été consacré à la présentation et l’examen des opportunités et des modalités d’accès direct des pays de la région aux ressources financières du fonds, dans la perspective de leur permettre de mettre en œuvre des programmes et des projets concrets d’adaptation aux changements climatiques. La rencontre a vu la participation de représentants des pays de la région MENA, d’institutions publiques et privées marocaines, d’acteurs de la société civile, ainsi que d’organismes internationaux concernés par la finance climat.

Aziz Akhannouch, ministre de l’agriculture et de la pêche maritime, estime que «la région MENA est l’une des régions les plus vulnérables aux changements climatiques, en raison notamment de la pénurie d’eau et du fait qu’une grande partie de la population et de l’activité économique est concentrée dans des zones côtières urbaines en proie aux inondations». Et de faire remarquer que «la question de l’adaptation aux changements climatiques n’est plus un choix pour notre région, c’est une obligation». Marcia Levaggi, directrice exécutive du Fonds d’adaptation, va dans le même sens, mettant l’accent sur le fait que «la région MENA est l’une des plus arides de la planète», ce qui la rend «de plus en plus vulnérable» aux changements climatiques. Par conséquent, il est urgent pour l’ensemble des pays de la région de mettre en œuvre des programmes d’adaptation aux changements climatiques.

L’ADA accréditée par le Fonds d’adaptation et le Fonds Vert pour le Climat

A travers sa politique d’accréditation, le Fonds d’adaptation permet aux entités de mise en œuvre nationales l’accès au financement de projets. En témoigne l’accréditation en 2012 de l’ADA par le Fonds d’adaptation, qui a permis de mobiliser un don de 10 millions de dollars pour la mise en œuvre d’un projet d’adaptation aux changements climatiques au profit des populations vulnérables des zones oasiennes. A noter qu’en 2016, l’ADA a également été accréditée par le Fonds Vert pour le Climat. Ces accréditations viennent consacrer les «résultats concrets» des mesures prises dans le cadre du Plan Maroc Vert, en matière d’adaptation aux changements climatiques.

L’accès au financement des différents projets de lutte contre le changement climatique reste néanmoins le maillon faible des programmes des pays en développement. Selon les dernières estimations, les fonds annuels mobilisés au niveau international pour financer un développement sobre en carbone et augmenter la résilience climatique représenteraient à peine la moitié des fonds nécessaires. D’où la nécessité d’établir des «plans cohérents avec des projets précis et bancables» de lutte contre le changement climatique. A ce titre, la COP22 sera l’occasion de convenir d’une feuille de route opérationnelle dans le sens d’une accélération et d’une facilitation de l’octroi de financements pour des projets d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.

Dans cette perspective, le Maroc portera des initiatives complémentaires à la COP22, au nom de l’Afrique et d’une grande partie de la région MENA. La première est l’initiative «Triple A». Elle a pour objectif d’apporter une réponse efficace et concrète au constat d’un triple biais dans le financement de l’adaptation, de l’agriculture et de l’Afrique. Cette dernière capte, en effet, moins de 5% des financements pour la lutte contre les changements climatiques. L’adaptation bénéficie, quant à elle, de moins de 20% des financements publics pour le climat. Enfin, avec moins de 4% de ces financements, l’agriculture est l’un des secteurs les moins dotés pour lutter contre les changements climatiques et leurs effets.

La seconde initiative est intitulée «Oasis durables». Elle a pour champ d’intervention les zones oasiennes qui représentent un modèle solidaire d’organisation sociale (autour de l’agriculture, du commerce, des traditions, de l’artisanat, etc.) qui a su s’adapter aux conditions climatiques difficiles et maintenir une riche biodiversité. Aujourd’hui, ce modèle est menacé par les changements climatiques qui entraînent une diminution des ressources en eau, une dégradation des sols, un recul de l’activité agricole et un délitement des communautés oasiennes. De ce fait, l’initiative «Oasis durables» vise la reconnaissance du caractère unique et la vulnérabilité des oasis, la préservation (Don’t touch) de la biodiversité et des systèmes humains qui constituent le patrimoine oasien, ainsi que le développement solidaire des oasis.