La trésorerie des entreprises toujours sous pression

Entre 2012 et 2014, la trésorerie des PME et des GE a alterné améliorations et dégradations mais elle est restée négative. Les TPE financent 80% de leurs besoins en liquidités par les fonds propres.
L’allongement des délais de paiement, principale cause de déficit de liquidité.

S’il est connu que les entreprises manquent souvent de liquidités, l’on connaît moins par contre comment leur trésorerie se comporte. Une étude d’Inforisk, menée sur un échantillon de 30 000 entreprises, à la demande de La Vie éco, a mis la lumière sur l’évolution de la trésorerie des entreprises selon leur taille, entre 2012 et 2014.

Premier constat, les bilans des PME et des grandes entreprises affichent une trésorerie négative sur les trois exercices étudiés (les bilans de 2015 ne sont pas encore disponibles sur la base de données Inforisk). A l’opposé, la trésorerie des TPE est constamment positive sur la même période.

Plus en détail, les données du spécialiste du renseignement commercial font apparaître une dégradation du ratio «trésorerie sur total bilan» de 6% chez les PME entre 2013 et 2014. La tendance devrait se poursuivre au titre de 2015 compte tenu du contexte économique, selon Inforisk. Projection confirmée par les données d’Euler Hermès Acmar, qui font état d’une recrudescence des déclarations d’impayés de 30% en 2015, chiffre traduisant de sérieuses difficultés de trésorerie chez les PME, premier client de l’assurance-crédit. 

Deux facteurs expliquent cette situation. D’une part, le besoin en fonds de roulement approché par le ratio «BFR sur chiffre d’affaires» a pris 6 points, passant de 38% à 44%, principalement en raison de l’allongement continu des délais de paiement qui ont augmenté de 10 jours, à 119 jours en moyenne. D’autre part, la trésorerie des PME a été impactée par l’effort d’investissement concédé : leurs actifs immobilisés ont crû de 4% entre 2012 et 2013 et de 3,6% entre 2013 et 2014.

Les TPE investissent peu

Chez les grandes entreprises, la trésorerie s’est améliorée de 11% en 2014 après une dégradation de 10% en 2013, à en croire l’étude. L’amélioration résulte de l’effet conjoint d’un BFR contenu autour de 24% du chiffre d’affaires et d’investissements en décélération. Selon les données d’Inforisk, la croissance de l’actif immobilisé des GE s’est limité à 5% en 2014 contre 10% un an auparavant. «De plus, plusieurs grands groupes retardent les paiements dans un élan de mimétisme, sans raison valable ou pour des fins de placement», relève une source à la CGEM. Propos confirmés par l’étude. En 2014, les grandes entreprises ont financé plus de 20% de leurs besoins en trésorerie grâce à des dettes fournisseurs.

Au moment où la trésorerie fait alterner améliorations et dégradations chez la PME et la GE, les bilans des TPE affichent des trésoreries positives et en nette amélioration entre 2012 et 2014. La liquidité s’est ainsi bonifiée de 35% en 2013, puis de 24% en 2014. «Toutefois, il ne faut pas confondre le besoin de trésorerie et son financement», fait remarquer Amine Diouri, responsable des études chez Inforisk. Selon lui, tout indique dans l’étude que les TPE ont vu leur BFR exploser sous l’impact de la forte hausse des délais de paiement: de 133 jours en 2012, ils sont passés à 175 en 2014. Dans ce contexte, le ratio du BFR rapporté au chiffre d’affaires a augmenté de plus de 25 points en l’espace de deux ans. Pour financer ce besoin de trésorerie croissant, les TPE ont sollicité massivement les fonds propres, qui représentent près de 80% de leurs ressources financières. C’est le fort accroissement des comptes courants d’associés (+16% de hausse entre 2013 et 2014) qui a permis aux TPE de couvrir leurs besoins de liquidités. De surcroît, la bonne tenue de la trésorerie à été confortée par un investissement en berne, voire un désinvestissement. Après avoir stagné en 2013, les actifs immobilisés des TPE ont marqué une baisse d’environ 3% en 2014, selon l’étude.

Il faut dire que si les TPE font appel à leurs fonds propres pour se financer, étant exclues en grande partie du financement bancaire, les PME comptent également de moins en moins sur les concours bancaires. Le contexte actuel marqué par la recrudescence des impayés et l’allongement sans précédent des délais de paiement fait monter les inquiétudes chez les banquiers qui serrent de plus en plus la vis. De plus, ces derniers confient que la baisse du chiffre d’affaires (sur lequel les facilités sont indexées) et la dégradation de la qualité des bilans poussent les banques à revoir à la baisse les lignes de découvert ou à les supprimer carrément. Dans ces conditions, les PME se trouvent obligées de se rabattre sur le crédit inter-entreprises. Entre 2012 et 2014, ces dernières ont financé le quart de leurs besoins en trésorerie via ce moyen.

Cela dit, si la situation de la trésorerie démontre que les TPE tirent leur épingle du jeu, il n’en demeure pas moins que cette population d’entreprises cumule plusieurs handicaps, selon Inforisk. D’une part, elle subit beaucoup plus durement que les autres catégories d’entreprises la hausse vertigineuse des délais de paiement. D’autre part, les TPE sont confrontées à des facteurs conjoncturels sectoriels, entraînant à la fois une baisse (sur plusieurs exercices consécutifs) de leur chiffre d’affaires et une dégradation de leurs marges. Ceci explique qu’elles sont les premières victimes des défaillances d’entreprises, qui ont fortement augmenté ces cinq dernières années.

Le bilan comptable d’une entreprise est une photo prise à un certain moment. Et comme toute photo, il doit permettre de rendre la réalité la plus belle possible. N’oublions pas que le bilan est un outil important qui instruit sur la santé financière de l’entreprise et qui communique à différents partenaires de l’entreprise (banques, actionnaires…). Dans ce cadre, les entreprises ont tout intérêt à optimiser l’image rendue et arrêter leurs comptes au moment où la saisonnalité de leur activité est basse : moins d’activité entraîne moins de besoin en fonds de roulement et donc une trésorerie optimisée. Par conséquent, si l’on se concentre sur un exercice donné pour mesurer la trésorerie d’une entreprise, l’analyse ne sera pas pertinente. En revanche, sur plusieurs exercices, l’amélioration ou la dégradation de la trésorerie peut refléter une conjoncture donnée.