La production locale de médicaments chute à  70% des besoins

Pendant longtemps, les médicaments locaux ont couvert 80% de la consommation nationale.
En cause, les importations de molécules ne pouvant être produites
en grande série à cause de la faiblesse de la demande.
Le chiffre d’affaires de la profession se maintient cependant en légère
hausse.

Le Maroc importe de plus en plus de médicaments. La production locale de médicaments, qui a jusque-là, bon an mal an, couvert 80% des besoins, enregistre, selon l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (Amip), un recul. Aujourd’hui, s’inquiètent les industriels, les médicaments produits localement ne couvrent plus que 70% de la demande nationale.
Pourquoi cette évolution ? Auprès de l’Amip, on impute cette baisse à «la mise en vente des produits nouveaux. Des molécules qui coûtent cher et qui, en raison de la faiblesse de la demande, ne peuvent être produites localement mais doivent plutôt être importées par les laboratoires». Autrement dit, ces molécules, qui ne représentent que des niches de 3 000 à 5 000 unités, ne justifient pas la mise en place de lignes de production et sont importées après une dérogation accordée par le ministère de la Santé. En effet, sachant que, dans l’industrie pharmaceutique, les investissements sont très lourds, lorsque les médicaments sont toujours protégés par des brevets, les laboratoires demandent donc une dérogation pour importer ces molécules. C’est ce qui occasionne un basculement de la fabrication locale vers les importations.
Côté statistiques, le recul de la fabrication locale est perceptible, selon les industriels, au niveau du nombre des unités vendues. En 2005, celui-ci n’a pas dépassé les 180 millions d’unités (boîtes, flacons…). Heureusement, le chiffre d’affaires de la profession, se situant à 4,8 milliards de dirhams, a enregistré, en 2005, une légère amélioration, de l’ordre de 2% par rapport à 2004. Une progression due à l’augmentation des prix de nombreux médicaments au cours de l’année écoulée.

Le recul de la production locale ne concerne que le marché privé
Si un certain nombre de patrons de laboratoires partagent l’avis de l’Amip sur les raisons de la baisse, ils tiennent cependant à préciser que le recul de la production locale de 80 à 70% ne concerne que le marché privé et que le marché public du médicament, lui, serait stable et même en légère hausse.
Par marché public, il faut entendre, bien sûr, les appels d’offres lancés par le ministère de la Santé pour l’achat de médicaments. «Et sur ce créneau qui représente 10% de la production nationale, tous les produits sont fabriqués localement et voient le nombre d’unités augmenter régulièrement», souligne le directeur d’un laboratoire de la place. Pour appuyer ses propos, il indique, à titre d’exemple, que pour l’année 2005, environ 1,2 million de flacons d’insuline et un million de plaquettes de contraceptifs ont été fabriqués par les industries locales pour les besoins de la Santé publique. Des besoins qui augmentent d’année en année et que la production locale couvre sans difficultés.
Par ailleurs, le secteur compte sur l’Assurance maladie obligatoire ( AMO) pour dynamiser le marché, qu’il soit privé ou public : «La mise en place de l’Assurance maladie obligatoire aura un impact indiscutable». En effet, la couverture médicale généralisée se traduira par une évolution du médicament (et particulièrement les génériques) puisqu’il y a un élargissement de la population couverte qui n’est actuellement que de 15% des Marocains.

Des groupements de laboratoires pour exporter
L’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (Amip) a élaboré, en juillet 2005, une étude ayant pour objet d’identifier les opportunités d’export de l’industrie pharmaceutique marocaine. Ce travail a permis de déterminer comment approcher les marchés cibles. L’accent a été mis sur deux marchés principaux : l’Algérie et l’Arabie Saoudite. L’approche de ces marchés se fera selon deux critères notamment l’intérêt du marché (taille et risque économique et politique) et l’accessibilité du marché ( les barrières tarifaires et non tarifaires).
Par ailleurs, l’étude recommande aux laboratoires ( en particulier les petits), pour faire face à l’importante concurrence sur les marchés étrangers, notamment celle de l’Inde, premier fabricant de génériques au monde, de se regrouper en consortium d’exportation. Ce qui permettrait une mutualisation des moyens et serait d’une grande utilité car les laboratoires pourront mettre en commun leurs connaissances, leurs ressources financières ainsi que leurs réseaux. Ce qui ne peut, selon l’étude, que renforcer de façon significative leur potentiel d’exportateur.