La production d’olives est passée de 1,5 million de tonnes à environ de 1,9 million sur une année

• Le stock d’huile d’olive est estimé à 50 000 tonnes actuellement.
• La superficie globale des exploitations continue à s’élargir et dépassera bientôt l’objectif tracé par la Plan Maroc Vert : 1 220 000 ha.

La campagne oléicole approche et les professionnels sont dans l’expectative. Logiquement, la crise sanitaire, et plus particulièrement les mesures concernant la distanciation et la mobilité entre les régions, risque d’affecter le cours normal de la récolte et surtout la trituration. Sept mois après la crise pandémique, les dispositions sont prises dans tous les secteurs économiques, y compris la filière agricole. Cela dit, selon le professeur Noureddine Ouazzani, directeur de l’Agropole olivier Meknès, la question des coûts sera primordiale cette année. «Nous aurons sans aucun doute des coûts plus élevés que d’habitude», souligne-t-il. Evidemment, cela aura un impact sur les prix finaux, au marché local et à l’export.
Au cours de la campagne précédente, l’export a été interrompu, selon Abdellatif Chaoui, président du Groupement d’intérêt économique (GIE) Jenane Ouazzane. Abdesslam Oughad, président d’un autre GIE situé à Béni Mellal, confirme ce constat. L’exportation commence normalement après le mois de mars, période à laquelle l’opération de stockage prend fin. C’est également la période où on commence à ressentir la demande provenant de l’étranger. La campagne précédente, les GIE et les coopératives n’ont pas eu assez de temps pour entamer les opérations d’export. C’est probablement ce qui explique que le stock d’huile national d’olive s’élève à 50 000 tonnes actuellement.

La faible mécanisation affaiblira la filière
Déjà, la question des coûts de plus en plus élevés est soulevée à chaque campagne. Pour Noureddine Ouazzani, la hausse des prix est due à la faible mécanisation des processus de récolte et de trituration, un phénomène qui perdure à cause du manque de valorisation générale. Cette année, la récolte risque d’être encore plus pénalisée que les années passées. «La question qui se pose est la suivante : Est-ce qu’on continuera à transporter les ouvriers, entassés dans les camionnettes comme nous le faisions avant ? Je ne pense pas. Le coût de transport sera donc multiplié par deux ou trois», poursuit M. Ouazzani.
L’un des chantiers les plus importants de la filière oléicole sera l’organisation de la récolte. Aussi, l’huile en vrac continue à occuper une place importante dans la filière, bien qu’il s’avère difficile de connaître sa part du marché, par rapport à l’huile valorisée.
Ce manque de données précises demeure une grande problématique au sein de la filière. Les chiffres officiels avancent une superficie globale de 784 000 hectares, que le Plan Maroc Vert tente d’élever à 1 220 000 hectares. Cela est en cours de réalisation. En termes de production, le Maroc produit annuellement 1 500000 tonnes d’olives, 160 000 tonnes d’huile d’olive et 90 000 tonnes d’huile de table. Concernant les exportations,
17 000 tonnes d’huile d’olive et 64 000 tonnes d’olives de table sont écoulées en moyenne dans les marchés étrangers. Pendant la campagne 2019-2020, la production d’olives est passée de 1,5 million de tonnes à environ de 1,9 million sur une année, ce qui correspond à une augmentation de plus de 20%. La production d’huile d’olive a atteint 200 000 tonnes, contre 140 000 pour la saison précédente, soit une hausse de plus de 40%.

La filière avance malgré le retard
Une avancée a été réalisée dans la filière, à savoir la superficie d’exploitation globale. Cela a été atteint grâce aux mesures incitatives adoptées dans le cadre du Plan Maroc Vert. Le secteur de trituration a également été modernisé, même si la récolte ne suit pas.
Maintenant, les régions n’avancent pas au même rythme. Celle de Fès-Meknès, qui accapare la plus grosse part de la production a parcouru un long chemin, comparée à d’autres régions. Quel est le secret ? Grâce à l’industrialisation, la production y est plus rapide, ce qui induit positivement la qualité de l’huile extraite en aval. Ceci a permis à cette région d’exporter sa production à l’étranger. Par contre, les autres régions sont à la bourre. Dans la province d’Ouezzane, par exemple, les exploitations ne sont pas irriguées. En cas de manque de pluie, on s’attend généralement à une très mauvaise campagne, comme cette année.
Malgré l’importance accordée à l’oléiculture, le Maroc est dépassé par la plupart des pays du contour méditerranéen. «Un concurrent direct comme la Tunisie dépasse de loin le Maroc en termes de production grâce à une stratégie qui fait de l’olivier un levier de développement macroéconomique», souligne Noureddine Ouazzani. Que faire donc ? «Exploiter au maximum le potentiel de qualité et de quantité dont la filière dispose», conclut le directeur de l’Agropole de Meknès.