La production de miel est en baisse

La dégradation génétique, les aléas climatiques et l’absence de sélection sont les principales causes du fléchissement de la production. 1 200 à  1 300 tonnes sont importées pour couvrir les besoins des industriels. Le contrat programme prévoit une production de 16 000 tonnes en 2020.

Les apiculteurs s’attendent à une baisse de la production de miel. Ils n’avancent pas pour l’heure d’estimation chiffrée mais soulignent qu’en collaboration avec le ministère de l’agriculture, une étude d’évaluation a été lancée pour faire un état des lieux du secteur. Les résultats seront annoncés à la fin du mois. En attendant, la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’apiculture (FIMAP) avance que la production de miel sera impactée par les conditions climatiques. Les basses températures enregistrées depuis quelques semaines ne sont pas du tout favorables à l’activité. Les professionnels craignent le gel dans les régions de Souss-Massa-Drâa ou encore le Gharb. Régions, rappelons-le, qui réalisent environ 40% de la production nationale de miel.

Si la FIMAP ne s’avance pas sur le niveau de baisse de production, certains professionnels contactés estiment qu’elle se situerait entre 10 et 15%. Pour Zouhair Zemzami, du groupe ZemZami, il y a actuellement un réel problème de production de miel. «Aujourd’hui nous avons des difficultés à nous approvisionner car les apiculteurs qui nous vendaient autrefois entre 1 et 2 tonnes ne peuvent aujourd’hui assurer que 400 à 500 kilogrammes !». Pour M. Zemzami, la baisse de la production est due à la dégradation génétique de la race marocaine d’abeille «Apis Mellifica Intermissa» et à la dégradation de la flore, essentiellement l’eucalyptus.

Pour les industriels du miel, le problème actuel du secteur dépasse les aléas climatiques ; il relève plutôt d’un manque de formation et d’encadrement des apiculteurs et de l’absence de sélection des abeilles. «Toutes les actions qui doivent être menées dans le cadre des divers programmes nationaux doivent cibler ces deux domaines si l’on veut améliorer la productivité des ruches qui varie actuellement de 5 à 8 kilogrammes», précise Zouhair Zemzami qui ajoute que les industriels de la filière sont aujourd’hui contraints de recourir à l’importation pour satisfaire leurs besoins. La production actuelle n’atteignant pas les 5 000 tonnes, 1 200 à 1300 tonnes sont achetées en Chine et en Inde.

270 000 ruches, en hausse de 60% grâce au Plan Maroc Vert

En tout cas, au-delà des explications fournies par les uns et les autres, le recul de la production de miel intervient, selon la fédération, au mauvais moment car la filière a, depuis 2012, connu une tendance haussière. Durant l’année 2012, l’évolution avait été de près de 20% et de 40% l’année suivante. Une performance qui n’est pas due au hasard. C’est le fruit des mesures mises en place dans le cadre du contrat programme que la filière a signé avec le gouvernement dans le cadre du Plan Maroc Vert, mais aussi des actions menées au titre de l’INDH et des interventions du Haut commissariat aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification.
On retiendra ainsi que grâce aux investissements du Plan Maroc Vert, soit 158 MDH, le nombre des ruches est porté à 270 000, en hausse de 60%. Ces investissements se sont également traduits par une progression de la production qui est passée de 3 500 tonnes en 2010 à 5 000 en 2013. La production de la filière devrait passer, selon les prévisions du contrat programme, à 16000 tonnes à l’horizon 2020. Pour atteindre cet objectif, les professionnels estiment qu’il faut améliorer la productivité des ruches, mener des programmes de recherche et de formation des apiculteurs et enfin organiser les circuits de commercialisation du miel.

Plus de la moitié de la production commercialisée dans le circuit traditionnel

Selon la FIMAP, l’agrégation des apiculteurs aboutirait à la restructuration du secteur qui continue de souffrir de la production informelle et des importations illégales en provenance de Chine, d’Amérique du Sud et d’Espagne. Le prix de vente de ces produits est 25 à 30% moins cher que le miel local. Une autre concurrence est livrée par le miel fabriqué à partir de sucre et vendu, quant à lui, à 10 DH le kilogramme.

Aujourd’hui, plus de 50% de la production nationale de miel est écoulée dans les circuits traditionnels à des prix qui vont de 70 DH à 350 DH. Ce qui montre l’importance de ces circuits qui comptent plus de 250000 ruches (y compris les unités informelles) et plus de 25 000 apiculteurs qui font de la vente directe. Un circuit commercial qui pénalise fortement la filière organisée qui compte 120000 ruches et 10000 apiculteurs implantés essentiellement dans les régions de Souss-Massa, Tadla, Tiznit, Ouarzazate et Tafilalet.
Dans le circuit de distribution moderne, un kilogramme de miel coûte 100 à 450 DH en fonction, bien entendu, de la qualité. Les plus prisés restent, selon les professionnels, le miel d’euphrobe  (zgoum) et le miel d’eucalyptus. Il s’agit essentiellement de miel produit par une dizaine d’industriels dont ZemZami, Diva, Miel du Maroc, Aassal Achifa…, sans compter les miels produits par les coopératives et labellisés terroir qui ont aussi fait leur entrée, avec un grand succès d’ailleurs, dans la distribution moderne.