La dette publique, pas loin de 1 000 milliards de DH

La dette publique, celle du Trésor et des autres emprunteurs publics, culminent à 923,1 milliards de DH au cours de la première moitié de 2019. L’essentiel de la dette du Trésor est contracté sur le marché domestique. Depuis 2015, les entreprises et établissements publics deviennent les premiers emprunteurs à l’extérieur.

Le stock de la dette publique sur la première moitié de 2019 a atteint 923,1 milliards de DH, au lieu de 901,3 à fin 2018, soit une augmentation de 2,4%.
Dans l’absolu, ce montant paraît important, d’autres le trouveront même trop élevé. En fait, il est généralement apprécié en référence à un dénominateur largement utilisé dans le monde, quoique discutable quant à son bien-fondé, à savoir le PIB. A ce stade de l’exercice, cependant, le rapport au PIB ne peut pas être établi pour la simple raison que ce même PIB n’est disponible pour ainsi dire qu’à moitié. Sans compter que d’ici la fin de l’année, des évolutions, dans un sens ou dans un autre, peuvent intervenir et affecter l’encours même de la dette.

Dette Publique
Dette Publique

Par contre, les statistiques de la Direction du Trésor et des finances extérieures (DTFE), relevant du ministère de l’économie et des finances, sur la dette publique en 2018 sont disponibles, et ce qu’elles montrent, ces statistiques, c’est une évolution assez intéressante, notamment pour ce qui est de sa composante externe. Pour la première fois depuis 2004, en effet, la dette extérieure publique a baissé de 6 milliards de DH par rapport à son encours de 2017 : -5,2 milliards de DH pour la dette extérieure du Trésor et -800 millions de DH environ pour celle des autres emprunteurs publics (les entreprises et établissements publics principalement, et, marginalement, les collectivités territoriales, le secteur bancaire public et quelques autres institutions d’utilité publique). Moyennant quoi, le taux d’endettement extérieur public s’est replié à 29,5% du PIB au lieu de 31,3% en 2017. En valeur absolue, la dette extérieure publique a baissé de 332,6 milliards à 326,6 milliards de DH entre les deux dates.

Mais ce qui est vraiment le fait nouveau dans cette évolution, note la Direction du Trésor, c’est la baisse du taux d’endettement des emprunteurs publics (hors Trésor) pour la première fois, après des hausses successives depuis 2006. En revanche, le taux d’endettement (à distinguer de l’encours de la dette) du Trésor a, lui, connu une première inflexion à la baisse à partir de 2015. De 15,2% du PIB en 2014, le taux d’endettement du Trésor amorce l’année suivante une baisse pour s’établir à 13,4% en 2018, l’équivalent de 148 milliards de DH au lieu de 153,2 milliards de DH un an auparavant.

C’est ainsi que les entités publiques hors Trésor deviennent les premières emprunteuses à l’extérieur depuis 2015. Leur taux d’endettement est passé de 14,8% du PIB en 2014 à 16,2% en 2015, puis 16,9% en 2017, avant de se replier à 16,1%, pour la première fois donc, après onze ans de hausses consécutives. Le montant de leur dette extérieure a atteint 178,7 milliards de DH en 2018, soit 30,7 milliards de plus que la dette du Trésor.
Le fait que les emprunteurs publics, les entreprises et établissements publics (EEP) pour tout dire, occupent depuis 2015 la première place en tant que débiteurs vis-à-vis des créanciers extérieurs, peut facilement s’expliquer. D’abord, les EEP sont les principaux investisseurs publics, et même les principaux investisseurs tout court. Dans le projet de Loi de finances 2020, par exemple, le montant des investissements à la charge des EEP est prévu à 102 milliards de DH, soit 51% du volume global des investissements publics. Malgré tout, pourquoi choisir d’emprunter à l’extérieur, s’interrogeront d’aucuns ? Principalement parce que les conditions liées à ces emprunts sont avantageuses. Ils sont effectués pour l’essentiel auprès de créanciers multilatéraux (BIRD, BAD, BEI, FADES, BID, FMA) à des taux avantageux. Selon le ministère des finances, le coût apparent de la dette extérieure publique est sur une courbe descendante depuis 2013. Il ressort à 2,6% en 2018, soit une baisse de 80 points de base par rapport à 2012.

Dette du Trésor : près de 125 milliards de DH de charges réglées en 2018

L’autre facteur qui a fait s’accroître la dette des EEP et ralentir, voire baisser celle du Trésor, c’est que ce dernier a considérablement réduit le déficit budgétaire, la source principale de la dette. Moyennant la suppression des charges de compensations liées au soutien des carburants, sur fond de baisse des cours internationaux des produits énergétiques, le déficit budgétaire se replie progressivement de 7% du PIB en 2012 à 3,7% en 2018. Pendant ces six ans, le déficit s’est allégé chaque année, sauf en 2018 où il s’est légèrement dégradé (3,7% au lieu de 3,5% en 2017).

D’autres facteurs ont contribué à la maîtrise de l’endettement extérieur, comme, par exemple, la gestion active de la dette (qui a commencé dès le début des années 2000), la baisse des taux d’intérêt, mais le plus important reste l’amélioration du solde budgétaire ; même si cette amélioration est obtenue par une compression des dépenses beaucoup plus que par un accroissement des recettes. Et puis, enfin, ne l’oublions pas, le Trésor se finance surtout sur le marché domestique. C’est un choix qui a été fait et assumé. Aujourd’hui, le portefeuille de la dette du Trésor est composé à 80% de la dette intérieure et 20% de la dette extérieure. En valeur, la dette intérieure du Trésor a culminé à 575 milliards de DH en 2018, en hausse de 6,6% par rapport à 2017, alors que sa dette extérieure a par contre baissé de 3,4% à 148 milliards de DH, comme déjà signalé plus haut. Cela fait donc un total de 723 milliards de DH en 2018 au lieu de 692,3 milliards en 2017. Du coup, le taux d’endettement du Trésor, celui dont on parle souvent, n’a pas cessé d’augmenter, année après année, depuis 2010. De 49% du PIB à cette date, il monte à 65,3% en 2018. Bien sûr, ce niveau d’endettement n’a rien de catastrophique, si l’on se réfère au ratio fétiche retenu dans le monde pour apprécier le poids de la dette, à savoir 60% du PIB. En réalité, ceux qui ont établi cette règle, c’est-à-dire essentiellement les pays de l’Union européenne, voire de la zone euro, ne parlent pas que de l’endettement du Trésor ou de l’administration centrale, mais de l’endettement public en général. Sur cette base, le taux d’endettement public au Maroc s’établit à 81,4% du PIB en 2018.

Mais au-delà des ratios, la dette, ce sont surtout des charges à payer, en amortissement et en intérêts et commissions. En 2018, les charges de la dette du Trésor se sont élevées à 124,7 milliards de DH, dont 112,9 milliards de DH au titre de la dette intérieure et 11,8 milliards pour la dette extérieure. Ces montants, il faut tout de même le noter, sont en baisses consécutives au cours des trois dernières années.

Sur les 124,7 milliards de charges réglées en 2018, 96,7 milliards étaient destinés au remboursement du principal, dont 8,1 milliards au titre de la dette extérieure, et 28 milliards pour les intérêts et commissions, dont 3,7 milliards pour la dette extérieure. A cela, il faut ajouter les remboursements effectués par les autres emprunteurs publics au titre de leurs emprunts extérieurs : 11,9 milliards de DH pour le principal et près de 5 milliards pour les intérêts et commissions. Cela fait un peu beaucoup certes, mais, en même temps, il ne faut pas oublier de mettre dans la balance les gains (économiques et/ou financiers) qui ont pu être obtenus grâce au…crédit. Souvent, dans cette équation, on ne retient que les aspects contraignants…

Quand on parle de dette extérieure, on pense spontanément à la dette publique. Certes, celle-ci représente la plus grosse part de l’endettement extérieur du pays, mais le secteur privé aussi a des engagements, sous une forme ou une autre, vis-à-vis de l’extérieur. Selon le ministère des finances, en effet, la dette du secteur privé non garantie par l’Etat s’établit à un peu plus de 90 milliards de DH au terme du deuxième trimestre 2019. Cet encours est constitué pour 70% de dettes de maturités courtes, essentiellement des crédits commerciaux pour 60,7 milliards de DH, et, secondairement, d’emprunts pour 2,2 milliards de DH. Le reste, soit 30%, représente la dette de long terme, sous forme d’emprunts pour un montant de 27,13 milliards de DH.
Pourquoi faut-il en parler ? Tout simplement parce que, en matière d’endettement extérieur, l’enjeu est (ou devrait être) moins la qualité publique ou privée de l’emprunteur que le niveau des réserves de change. Car, s’il est vrai que le stock de la dette privée, surtout quand celle-ci n’est pas garantie par l’Etat, ne pèse que sur les entreprises emprunteuses, il est tout aussi vrai que pour le règlement de sa créance, le débiteur puise dans les réserves de change. A ceci près que ces entreprises opèrent généralement à l’international, elles sont par conséquent, elles aussi, pourvoyeuses de devises étrangères.