La dette publique ne représente plus que 72% du PIB

Il y a dix ans, elle était à 82%
du PIB.
En cinq ans, la dette intérieure a crû de 62%, alors que la dette extérieure baissait de 33%.
Au total, l’Etat marocain est endetté à hauteur de 340 milliards de dirhams.

L’encours total de la dette publique (intérieure et extérieure, directe et indirecte) s’élevait, à fin septembre 2004, à 340,35 milliards de dirhams, soit 72,25 % du PIB. En ne tenant pas compte de la dette garantie (contractée par les établissements publics, le secteur bancaire et les collectivités locales), qui s’élève à cette même date à 44,1 milliards de dirhams, l’encours de la dette directe du Trésor est de 296,2 milliards de dirhams, soit 67,2 % du PIB. Le chiffre, à première vue, paraît tout de même astronomique, mais il faut savoir qu’entre 1990 et 1995, ce rapport endettement-PIB était de 82,1 %.
Il y a donc un gain de près de quinze points (ou de plus de dix points si on y inclut la dette garantie) obtenus grâce, pêle-mêle, à la croissance du PIB en volume, au niveau de l’inflation et des taux d’intérêt, en plus de l’effet du taux de change et de ce qu’on appelle la gestion active de la dette, c’est-à-dire le rachat de la dette onéreuse, les remboursements anticipés et la reconversion de la dette en investissement.

En 24 ans, l’encours de la dette publique a été multiplié par 22 !
Mais le volume global de la dette publique cache des évolutions différenciées. Autant la dette extérieure globale (directe et garantie) a été réduite notablement, autant celle contractée sur le marché domestique a progressé considérablement.
A fin septembre 2004, l’encours de la dette intérieure s’élève à 222,3 milliards de dirhams, soit 50,4 % du PIB, contre 110,5 milliards de dirhams en 1996 (34,6 % du PIB) et…10,1 milliards à la fin de l’année 1980. En 24 ans, l’encours de la dette intérieure a donc été multiplié par 22. Normal quand on sait que pendant sept ans (entre 1996 et 2003), le financement du déficit a été assuré intégralement par des ressources internes.
Mais, comme on l’explique au ministère des Finances, la structure de cette dette par créanciers et par maturité a changé radicalement, ce qui a eu pour résultat d’en maîtriser un tant soit peu la progression. Ainsi, de plus en plus, le Trésor se finance presque exclusivement au moyen des adjudications, c’est-à-dire aux conditions du marché, lequel se caractérise, comme on sait, par une détente des taux ces dernières années. En 2004, par exemple, les adjudications représentent 95 % (soit 211,1 milliards de dirhams) de l’encours total de la dette intérieure, contre seulement 24,4 % en 1995.
L’autre levier que le Trésor utilise pour gérer au mieux la dette intérieure a trait à la maturité des emprunts levés. En examinant l’historique de ce paramètre, on se rend bien compte, en effet, que ce sont les moyen et long termes qui sont de plus en plus privilégiés. En 2004, les dettes à long, moyen et court termes représentent respectivement 33,4 %, 47,2 % et 19,4 % de l’encours total. En 1996, ces ratios étaient respectivement de 36,4 %, 32,6 % et 31 %. Il en résulte que la durée de vie moyenne de la dette intérieure est de 4 ans et 10 mois en 2004. En réduisant de 40 % environ la dette à court terme au profit de la dette à moyen terme (qui a progressé de
30 %), on a évidemment réduit d’autant les charges en intérêt de la dette intérieure. La preuve: en 1996, le Trésor avait payé 9,1 milliards de dirhams d’intérêt pour un encours global de 110,5 milliards de dirhams ; en 2004, il a payé quasiment le même montant (9,7 milliards) pour un encours qui a entretemps doublé en passant à 222,3 milliards de dirhams.

Les institutions financières internationales, premier créancier du Maroc
Cela étant, avec la baisse des taux d’intérêt sur le marché financier international et l’amélioration de la note attribuée au Maroc par l’agence Standard & Poor’s, qui passe de «stable» à « positive», le Trésor pourrait désormais effectuer aisément des arbitrages entre le financement intérieur et extérieur, indique le ministère des Finances.
Corollaire de la progression de la dette intérieure, la dette extérieure, elle, a été réduite sensiblement. De 177, 5 milliards de dirhams en 1999 (51,4 % du PIB), son encours global a été ramené à 118,1 milliards de dirhams (26,8 % du PIB) en 2004. En 1990, la dette extérieure représentait 78 % du PIB. C’est dire l’effort déployé pour en diminuer le stock.
La «gestion active de la dette» a permis de remodeler la structure de l’encours, et par créanciers, et par devises, et par taux d’intérêt. En examinant la structure par créanciers, on constate en effet qu’en 2002 le Maroc est principalement débiteur vis-à-vis des institutions financières internationales (dette multilatérale) dont la part dans l’encours global représente aujourd’hui 41 %. Le Club de Paris (dette bilatérale), lui, est le deuxième créancier du Maroc avec 37,3 % de l’encours total. Viennent ensuite les banques commerciales (Club de Londres) avec 17,1 %, et enfin les autres pays avec
4,6 %. Intéressant à noter, 99,8 % de cette dette sont contractés sur le moyen et long terme, avec un taux d’intérêt moyen de 4,1 %, contre 5,3% en 2000. Plus intéressant encore, la structure par type de devises fait apparaître une prédominance de l’euro (57,3 % en 2004, contre
42,4 % en 1999), suivi du dollar (23,4 % contre 39,8 % en 1999) puis des autres monnaies. Avec le renchérissement de la monnaie unique européenne et la baisse du dollar, le Trésor se trouve dans une position plutôt inconfortable.
Reste que, en dépit des efforts déployés, le coût moyen de la dette (intérieure et extérieure) demeure élevé puisque, explique l’administration des Finances, ces dernières années, ce coût a été supérieur au taux de croissance moyen pendant la même période. «Si ces deux paramètres avaient été égaux, le taux d’endettement direct du Trésor aurait pu être ramené à
51,6 % du PIB au lieu de 66,2%». Croissance, quand tu nous tiens !