La consommation des produits pétroliers se redresse fortement

Les ventes ont augmenté de 7% à  fin mars. Dans cette reprise, il y a un effet de rattrapage vu la baisse enregistrée l’an dernier à  la même époque. Malgré la suppression de la subvention sur l’essence, la consommation de ce produit a bondi de près de 5%.

L’indexation partielle de certains carburants, mise en place depuis le 16 septembre 2013, puis la suppression totale, depuis février 2014, de la subvention pour l’essence, ont-elles eu un effet sur la consommation de ces produits ? A en juger par les statistiques fournies par le Groupement des pétroliers du Maroc (GPM), qui représente quelque 80% du marché national, les ventes sur le premier trimestre de l’année en cours ont, au contraire, enregistré une évolution très favorable. Tous produits confondus, elles ont progressé de plus de 7% par rapport au même trimestre de 2013. Cette performance est toutefois à relativiser, compte tenu du fait que l’an dernier, à la même période, la consommation des produits pétroliers, globalement, avait baissé de 1,6%. Il y a donc dans cette belle reprise constatée jusqu’à fin mars un effet de rattrapage indéniable. Mais pas seulement. Les niveaux de hausse observés produit par produit indiquent bien qu’au-delà du rattrapage, il y a sans doute l’impact d’une conjoncture qui s’améliore, en particulier dans les activités hors agriculture.
En effet, les ventes d’un produit comme le gasoil, qui avaient chuté de 9,2% l’an dernier, ont augmenté cette année de 13,6%. C’est bien plus que du rattrapage. Et cette hausse concerne aussi bien le gasoil de pêche (+71,7%) que le gasoil 50 PPM (+12,9%). Le redressement paraît encore plus significatif pour l’essence (mais en même temps presque à contre-courant de la tendance du marché sur ce produit) puisque ses ventes, après avoir baissé de 13,6% en mars 2013, ont progressé de 4,9% cette année. On aurait pu penser qu’avec le retrait de la subvention pour ce produit, déjà faiblement consommé au Maroc (le parc auto étant «diésélisé» à hauteur de 70%), la consommation baisserait de façon encore plus prononcée qu’elle ne l’a été l’an dernier. Surtout que, outre la libéralisation totale de ce carburant, les ventes automobiles pour le premier trimestre de 2014 ont concerné presque en totalité (90%) la motorisation diesel. Cela dit, malgré la hausse de 5% de la consommation de l’essence, en valeur absolue on est encore un peu loin du niveau des ventes réalisées à la même période de 2012.

Près de 20% de hausse pour les carburants aviation

Pour rester sur les carburants, signalons que ceux destinés à l’aviation ont enregistré des ventes en hausse de 19,73%, au lieu d’une baisse de 1,7% l’an dernier. La reprise du trafic aérien et donc de l’activité touristique semble en être le principal facteur explicatif.
Le fioul, en revanche, est le seul produit pétrolier dont les ventes semblent être corrélées à la subvention : -3,5% contre une…hausse de 38,7% en 2013. Cette baisse est-elle liée à la décision du gouvernement de supprimer la compensation du fioul n°2 utilisé par les industriels ? Ou bien, faut-il y voir aussi l’effet de la diminution de la consommation du fioul utilisé par l’ONEE pour la production de l’électricité (-16% sur les deux premiers mois de l’année) ? Il faut dire que le prix du fioul a beaucoup augmenté ces derniers temps, celui utilisé par l’ONEE pour ses centrales encore plus, et ce, malgré le fort soutien de l’Etat à ce produit.
Les ventes des gaz de pétrole liquéfiés (GPL), pour leur part, se sont, globalement, significativement redressées (+14,6%). Mais, par produit, le propane, libéralisé depuis longtemps, poursuit le mouvement baissier qu’il connaît depuis quelques années. Sur les trois premiers mois de cette année, la consommation de propane a en effet reculé de 4%, au lieu d’une baisse de 13,6% l’an dernier.
Le gaz butane, en revanche, toujours fortement subventionné, affiche une reprise spectaculaire : +16%. L’année dernière, à la même période, les ventes de ce produit avaient baissé de 2,3%. Depuis longtemps, la consommation de butane évolue à un rythme annuel moyen de l’ordre 5%.
Logiquement, les ventes de ce produit devraient s’accroître considérablement à mesure que l’urbanisation s’accélère (près de 60% de la population est aujourd’hui urbaine, au lieu de 54% en 2000), que les familles se nucléarisent, et que certains professionnels, au lieu d’utiliser le propane, préfèrent le butane, beaucoup moins cher. Faut-il rappeler que pour garantir un accès massif à ce produit, l’Etat prend en charge, grosso modo et suivant les cours internationaux, environ deux tiers du prix de la bouteille de 12 kg.