La consommation de ciment devrait baisser de 4% en 2014

La forte progression de la demande en août n’a pas permis de compenser le repli des 8 premiers mois. Une hausse de 2% en 2015 sera suivie d’une rechute de 1% en 2016, d’après les prévisions de la société de bourse Msin.

Après sept mois de baisse, les ventes de ciment enregistrent une progression exceptionnelle de 26,5% en août. De là, les conjoncturistes commencent à évoquer une reprise. La direction des études et des prévisions financières rattachée au ministère des finances annonce dans sa note de conjoncture de septembre que cette forte progression «augure d’un début de redressement du secteur». Mais c’est aller un peu trop vite en besogne car la reprise ferme du secteur cimentier prendra encore quelques années, selon les spécialistes.

A préciser d’abord que la hausse enregistrée en août, aussi forte soit-elle, n’a pas épongé la baisse cumulée depuis le début de l’année. Les 8 premiers mois de l’année enregistrent en effet un recul de la consommation de 5% par rapport à la même période de l’année passée avec 9,3 millions de tonnes écoulées contre 9,8 millions de tonnes à fin août 2013. Le secteur subit de fait le contrecoup d’un début d’année difficile en raison des importantes précipitations qui ont perturbé les chantiers. La baisse est généralisée chez tous les principaux consommateurs de ciment, avec, côté BTP, des entreprises pénalisées par les retards des reports de crédit au niveau des administrations. Mais c’est surtout la petite forme de la promotion immobilière, qui absorbe historiquement 80% de la production nationale de ciment, qui a le plus pesé. Les mises en chantier ont stagné au premier semestre de l’année, à plus de 150 200 unités, et la production régresse de 11,5% à 104 200 unités, selon les chiffres officiels.

La capacité de production continue d’augmenter

Et l’horizon ne semble pas devoir s’éclaircir d’ici la fin de l’année avec des chantiers qui devraient encore subir un coup d’arrêt à l’occasion de la fête du sacrifice induisant au moins 15 jours d’interruption des chantiers. Les perspectives ne sont pas plus positives à plus long terme.

Dans une récente note sur le secteur cimentier, la société de bourse Msin prévoit une progression annuelle moyenne des ventes de ciment de tout juste 0,39% sur les 4 prochaines années, soit une consommation passant de 14,2 millions de tonnes en 2014 à 15,5 millions de tonne à fin 2018. Cette évolution moyenne recouvre une baisse de la consommation de 4,1% en 2014, une hausse de 2% en 2015. Suite à quoi, la consommation devrait reculer de 1% en 2016 pour enchaîner avec des hausses de 3% et 2%, respectivement en 2017 et 2018.

Ces prévisions se basent, entre autres, sur la corrélation entre l’évolution de la consommation de ciment, d’une part, et des nouveaux investissements en capacité de production, d’autre part. Et ces derniers seront conséquents au cours des prochaines années. Par exemple, Lafarge a engagé une enveloppe de 2,8 milliards de DH pour la mise en service à l’horizon 2015 d’une nouvelle usine dans la région d’Aït Baha d’une capacité de 1,2 million de tonnes. Ciments du Maroc a lui aussi dans ses cartons un projet d’investissement dans le Nord prévu pour 2017. Il y a aussi les nouveaux entrants sur le secteur dont le groupe Anouar Invest qui construit une cimenterie à Laâyoune. Ces nouveaux investissements devraient aggraver la surcapacité du secteur qui dépasse déjà 6 millions de tonnes à fin 2013 avec une consommation de 14,8 millions de tonnes et une capacité de production autour de 21 millions de tonnes.

Tout cela étant, même si le marché cimentier devrait encore progresser mollement durant les prochaines années, la demande potentielle devrait augmenter. Celle-ci émane du déficit actuel non encore résorbé de logements, évalué à 650 000 unités et de la poursuite du programme Villes sans bidonvilles. S’ajoute à cela l’existence de zones géographiques à fort potentiel, compte tenu du fait que la consommation par habitant est encore en dessous de la moyenne nationale dans plusieurs régions. Mieux encore, la consommation nationale autour de 490 kg par an reste elle-même en dessous des niveaux constatés dans les pays à niveau de développement comparable.