La CGEM est aujourd’hui un partenaire crédible des pouvoirs publics

Les négociations avec le gouvernement s’inscrivent dans un mode de partenariat et de concertation.
Réforme du Code du travail et droit de grève sont deux chantiers inachevés. La CGEM a péché par naïveté.
Les chambres de commerce seront sollicitées comme relais pour le lobbying au sein du Parlement.

Bientôt trois ans que vous êtes à la tête de la CGEM. Si vous aviez à dresser un bilan en quelques lignes…
La CGEM est aujourd’hui un partenaire crédible des pouvoirs publics. En mettant en place une culture de «dossiers techniques», nos commissions ont amélioré sensiblement leur efficacité. Sur les grands chantiers de la compétitivité de l’entreprise et du développement de l’économie du Maroc, la CGEM avec toutes ses composantes,  a su se montrer agissante. Par ailleurs, en se  dotant d’une charte de  responsabilité sociale de l’entreprise nous avons pu mettre  en exergue le caractère solidaire et citoyen de l’entreprise marocaine.

Certains patrons de fédérations mettent en avant le fait que c’est plus la CGEM qui est visible que les fédérations elles-mêmes. Que répondez-vous à cela ?
Le travail de la CGEM est éminemment transversal,  nous menons nos actions en faveur des entreprises du Maroc. Il est normal qu’une confédération soit plus visible que ses fédérations, ceci est également le cas chez nos confrères internationaux.

Vous aviez fait de l’instauration d’un droit de grève, de la réforme du Code du travail des chantiers importants…qui sont restés lettre morte !
En effet, malgré nos multiples tentatives, il n’existe pas à ce jour de loi régissant le droit de grève.  Le droit de grève a toujours été reconnu par notre Constitution, et ce depuis 1962. La Constitution actuelle, celle de 1996, maintient le droit de grève dans son article 14 au même titre que le principe de sa réglementation, qui doit être promulguée sous forme d’une loi organique, précisant les conditions et les formes dans lesquelles ce droit peut s’exercer. Quarante-sept ans après la première Constitution de 1962 et cinq ans après l’entrée en vigueur du Code du travail, le 8 juin 2004, cette loi organique reste toujours en instance, alors qu’elle est essentielle pour l’économie nationale.
Pour sa part,  le Code du travail, fruit d’une très longue négociation, a voulu traiter et réglementer l’ensemble des relations ayant trait au travail. Cette approche a eu pour inconvénient de rigidifier la réglementation sans tenir compte des spécifications tant individuelles que sectorielles. Rédigé dans un esprit interventionniste jusqu’au plus petit détail, le texte ne permet pas une évolutivité positive des relations sociales et de leurs négociations. Il a généré une réglementation qui empiète sur les aspects de gestion interne de l’entreprise, en marginalisant de fait l’aspect contractuel. Nous avons soumis un certain nombre de propositions au gouvernement, celui-ci les a accueillies avec intérêt. Nous croyons savoir que les positions des différents partenaires sociaux ont évolué ces derniers mois, et que les textes seraient présentés au Parlement incessamment.
Néanmoins, à ce jour, ce dossier reste un chantier en cours…

Comment sont aujourd’hui les rapports du patronat avec le gouvernement ?
Ensemble, gouvernement et CGEM avons instauré un mode de partenariat et de concertation qui couvre l’ensemble des sujets économiques. Nous ne sommes pas toujours d’accord, nous argumentons vigoureusement, mais toujours dans le cadre d’un respect constructif et réciproque.

Pensez-vous que ces rapports permettent au lobbying de la CGEM d’être plus efficace ?

L’efficacité de notre lobbying dépend surtout de la qualité de nos dossiers. La CGEM a décidé de faire appel à des expertises, pour disposer de dossiers solides à défendre, et de valeur ajoutée à apporter. Le Pacte national pour l’émergence industrielle, la future stratégie intégrée pour le développement de la compétitivité logistique du Maroc, la nouvelle stratégie de promotion des exportations, la Vision 2020 pour ne citer que ceux-là sont autant d’exemples de travail conjoint. Par ailleurs, nous avons pu faire bénéficier les opérateurs d’une baisse de l’IS de 35 à 30%,  puis de la baisse de l’IR de 44 à 40 % et, enfin, cette année, de la mesure sur l’IS en faveur des PME  conditionnée, à des augmentations de capital.

En parlant de lobbying, la CGEM n’a toujours pas réussi à imposer ses idées au sein du Parlement…
La CGEM comprend des hommes et des femmes qui ont des étiquettes politiques et qui nous servent de relais, néanmoins notre plaidoyer au sein du Parlement reste à parfaire et nous comptons sur le soutien des Chambres pour nous relayer dans cette instance, raison pour laquelle nous avons tissé de nouveaux partenariats avec les Cham-bres de commerce, dont le président est désormais membre du conseil d’administration de la CGEM, et bien d’autres relais …

Rétrospectivement, quel regard portez-vous après trois ans sur les relations entre la CGEM et ses partenaires sociaux : syndicats et gouvernement ? Quelle erreur à ne pas commettre diriez-vous à votre successeur ?
Le dialogue social mérite probablement un meilleur niveau. Nous ressentons, dans ce domaine, l’absence du Conseil économique et social. La CGEM souhaite que ce conseil soit au cœur du dialogue social, et au centre du travail législatif, permettant ainsi aux différents acteurs de participer activement au renforcement du «Modèle Maroc». Nous avons péché parfois par naïveté, en acceptant notamment la hausse du Smig sans engagement écrit pour traiter les dysfonctionnements criants du Code du travail par exemple.

Quel a été votre ratage le plus important à ce poste ?
J’ai toujours essayé de faire de mon mieux …

Qu’est-ce que vous auriez aimé faire et que vous n’avez «pas pu», ou «pas eu le temps» de faire ?
Très honnêtement, je n’ai aucun regret, si ce n’est peut-être, une meilleure présence de la CGEM à l’international.

Si le prochain président vous proposait de prendre en charge une commission, ou un poste de vice-président, le feriez-vous ?
Si je peux apporter une quelconque valeur ajoutée, je le ferais avec plaisir.