La Caisse marocaine des retraites autorisée à  placer 5% de ses fonds à  l’étranger

L’Etat a relevé le seuil de placement de la caisse dans les actions de 10 à 
15 %.
Mais le rendement des réserves reste encore handicapé par la nécessité d’acquérir
des bons du Trésor.
Si rien n’est fait, les fonds de réserve de la caisse seront épuisés
en 2021.

La Caisse marocaine des retraites (CMR) vient de recevoir un «premier livrable» (une partie du résultat) de l’étude commandée au cabinet français Actuaria sur la gestion de ses réserves. Cette première partie, qui porte sur l’audit de la gestion financière actuelle de la caisse, est en train d’être examinée par un comité de pilotage regroupant des responsables de la CMR ainsi que des représentants de quatre directions du ministère des finances (Budget, Trésor, assurances et direction des entreprises et établissements publics).

Cette étude, qui se déroule en cinq phases, ne sera achevée que dans trois mois, avec des recommandations (dernière phase) sur la meilleure façon de renforcer la gestion des actifs de la caisse.
On l’aura compris, la CMR, par cette étude, entre autres, veut anticiper les difficultés à  venir, liées non seulement à  la baisse tendancielle des cotisants par rapport aux retraités, mais aussi aux contraintes réglementaires pesant sur la gestion des réserves. Il faut le rappeler ici, sans l’augmentation du taux de cotisation décidée en 2004 (à  raison de 2% par an jusqu’en 2006) et le déblocage de 11 milliards de dirhams au titre des arriérés accumulés par l’Etat sur la période antérieure à  1996, les ressources annuelles de la caisse auraient été insuffisantes pour financer les prestations dès 2007. C’est grâce à  ces mesures que l’apparition du premier déficit a été repoussée à  2012.

Mais 2012, dans la vie d’une caisse de retraite, c’est demain. Bien plus, selon la direction de la CMR, qui se base sur des études actuarielles, «si aucune mesure de réforme n’est entreprise, [même] les fonds de réserves seront épuisés vers 2021».

Le premier déficit en 2012
Sans doute est-ce pour cette raison que, en attendant une réforme globale du système, des assouplissements ont été introduits récemment dans la gestion des fonds de réserves. Ainsi, depuis août de cette année, une circulaire de l’Office des changes autorise la CMR à  effectuer, après approbation du ministre des finances, des placements à  l’étranger à  concurrence de 5% de la part réservée aux actions ; laquelle part, autre nouveauté, a été relevée en juillet de cette année de 10% du total des réserves à  15%. Les 85% restants se répartissent entre 75% pour les bons du Trésor, 7% pour les obligations privées cotées, les certificats de dépôt, les bons des sociétés de financement et les OPCVM obligataires, et, enfin, 3% pour l’immobilier pour lequel il faut également une autorisation de la tutelle.

Ces contraintes, c’est évident, font que la CMR se trouve nettement désavantagée (le rendement de ses placements est en moyenne d’environ 6,5 % sur la période 2001-2006) par rapport, par exemple, à  la CIMR, dont la rentabilité dépasse les 15 %). Si, à  partir de 2003, le rendement des placements de la CMR a commencé à  dépasser celui des bons du Trésor, c’est uniquement grâce aux revenus générés par les 20 % (désormais 25 %) des fonds de réserves placés dans les produits autres que les bons du Trésor. Et même ainsi, la rentabilité de la caisse en 2006 a chuté de plus d’un point par rapport à  2005, tirée vers le bas par la baisse des rendements des bons du Trésor (voir évolution comparée des rendements de la CMR et des bons du Trésor à  15 ans).

Dans la mesure oà¹, désormais, il pèse sur les caisses de retraite une obligation de rentabilité (afin d’assurer convenablement les prestations dues aux cotisants), celles-ci doivent cesser d’être des «pompes à  fric» pour l’Etat, lequel dispose d’alternatives pour se financer, estiment nombre d’analystes. «Quand le Trésor levait des fonds localement au lieu de s’adresser au marché international, la démarche a été toujours présentée comme bénéfique pour l’Etat. Mais on a, à  chaque fois, oublié de dire que cela se faisait au détriment de ceux qui, comme la CMR, étaient obligés de souscrire à  ces adjudications», analyse un économiste.

Mais l’Etat lui-même commence à  prendre conscience de la nécessité de revoir sa politique, puisque, progressivement, il diminue la part de ses obligations réservées à  la CMR. Mais c’est sans doute encore insuffisant !