La Caisse marocaine des marchés au bord de la faillite

Elle a accusé un déficit de 80 MDH en 2003 n La recapitalisation
est encore une fois nécessaire.

La Caisse marocaine des marchés (CMM) est dans une situation critique. L’exercice 2003 s’est soldé par un déficit de plus de 80 MDH pour un capital d’à peine 100 MDH, déjà largement rogné par des pertes antérieures. Que s’est-il donc passé pour cette caisse, créée en 1950 dans l’optique de jouer un rôle d’intermédiation entre l’Etat et les entreprises privées pour la passation des marchés publics ?
De fait, le principal mode d’intervention de la CMM était l’engagement par signature, qui garantissait le client auprès de sa banque par des effets escomptables par celle-ci. Or, ces dernières années, cet équilibre a été rompu. Les banques sont devenues beaucoup plus réticentes à escompter les effets CMM qui ont perdu leurs principaux attraits : réescompte auprès de l’Institut d’émission (Bank Al Maghrib) et marge d’intermédiation garantie. Elles préfèrent vendre leurs propres produits, comme l’avance sur marché nanti.

Tentatives avortées de diversification

La CMM se résigna à développer davantage, dans un premier temps, les crédits directs par trésorerie. Toutefois, suite aux baisses des taux d’intérêt, elle a été progressivement écartée du financement des grands projets d’infrastructures, jadis son terrain de prédilection, du fait de la cherté de ses refinancements. Il ne lui resta plus alors que le segment des PME où elle se lança pour maintenir son activité. Avec l’entrée en vigueur en 2002 des nouvelles normes de provisionnement pour les banques, l’option se révéla sans lendemain : la caisse a dû provisionner massivement.
Entre-temps, cherchant à se diversifier davantage, elle s’était aussi lancée dans l’activité de crédit-bail. Mais une étude menée au premier semestre 2003 démontra que l’établissement risquait de s’enfoncer encore plus sur une activité qu’il ne maîtrise guère, ce qui poussa les dirigeants à décréter l’arrêt définitif de ce genre de financement.
C’est dans ce contexte que la CDG a pris le contrôle de la CMM, en récupérant en 2003 la part de la BNDE, l’ancienne maison-mère, pour porter sa part à plus de 70 % du capital. Aussitôt, elle s’est empressée d’envoyer une lettre de confort à toutes les banques de la place, dont certaines avaient carrément commencé à geler les lignes de crédit consenties à la CMM et en l’excluant de facto du marché interbancaire. Mais pour la caisse, si le problème du refinancement est certes handicapant vu son coût onéreux et son inadéquation aux emplois, il n’épuise pas à lui tout seul les maux dont elle souffre. Avec l’augmentation des pertes, la CDG devra inéluctablement passer à la caisse (encore une fois) dans les prochains mois, pour une recapitalisation significative.
Sur un autre front, le management a élaboré le projet d’une nouvelle convention avec le secteur bancaire afin de remplacer l’effet CMM escomptable, devenu moribond, par un nouveau concept fondé sur le principe du cofinancement. Le coût de financement supporté par les clients serait similaire aux conditions habituelles obtenues auprès des banques pour leurs «avances sur marchés nantis». Cela suffira-t-il à sauver la caisse ? Peu probable, estiment des banquiers contactés par La Vie éco. Affaire à suivre.