La bonne production agricole entraîne une forte chute des prix des fruits et légumes

Les prix de certains fruits ont baissé de 60% par rapport à  l’année précédente.
Les légumes en chute de 20 %.
Le phénomène est essentiellement dû à  une importante augmentation de la production.

Les producteurs de fruits et légumes ne sont pas à  la fête durant cette période estivale. En comparaison avec la même période de l’année précédente, les prix de gros sont en nette baisse, jusqu’à  60 % pour les fruits et 20 % pour les légumes. Tel est le constat dressé par Mohammed Sabki, directeur du marché du gros de Casablanca. «Les prix sont tellement bas que les commerçants préfèrent laisser dans les exploitations la moitié de la récolte qu’ils ont déjà  payée sur pied», observe un agriculteur de la région du Haouz. Un autre affirme que «la baisse des prix des fruits affecte même les ventes de thé et de limonade». En effet, dans les régions productrices, les prix des pastèques, par exemple, sont tellement bas qu’elles se substituent aux boissons rafraà®chissantes. Cela dit, un léger redressement de 5 % a été observé durant les dix derniers jours du mois d’août, sans pour autant avoir d’effets notables sur la saison dans sa globalité.

La tendance baissière avait été amorcée vers la fin du premier semestre. Entre le 1er mai et le 26 juillet, le kilo de tomate était négocié sur le marché de gros de Casa – qui donne le «la» en la matière – à  1,20 DH en moyenne, contre 1,80 DH durant la même période de l’année précédente. Suivant une tendance similaire mais moins lourde, les carottes ont enregistré une baisse significative de 30%, le kilo étant vendu en moyenne à  0,84 DH. Les oignons sont passés de 0,60 DH à  0,40 DH le kilo, soit une chute de 30% comparativement à  la même période de l’année précédente, tandis que le prix de la pomme de terre n’a reculé, lui, que de 5 %.

Les prix des fruits ont chuté, quant à  eux, de manière plus drastique. En moyenne, celui de la pêche est passé de 3,15 DH à  2,60 DH sur la même période, celui de la banane de 6,60 DH à  4,15 DH. Pour les oranges, il fallait juste débourser 1 DH pour un kilo contre 1,13 DH durant la même période de 2005. Quant à  la pastèque, elle a vu son prix divisé par deux : 0,60 DH/kg en moyenne contre 1,20 DH une année auparavant. Le melon n’est pas mieux loti puisqu’il est passé de 1,80 DH à  1,10 DH le kilo.

Certains négociants ont essuyé des pertes de 300 000 à  400 000 DH
Ce phénomène tient essentiellement à  la hausse des quantités reçues au marché de gros de Casablanca, suite à  une augmentation de la production. Selon M. Sabki, 19 348 tonnes de tomates ont été réceptionnées durant la période considérée (1er mai au 26 juillet – les chiffres de juillet et août ne sont pas encore arrêtés) contre 17 637 tonnes un an auparavant. Et cela sans compter la production achetée sur pied mais non encore cueillie. Adelmoula S. et Brahim R. font partie du lot de négociants qui ont fait les frais de l’engorgement du marché. Ils ont déjà  perdu entre 300 000 et 400 000 DH chacun et ont fait le choix d’arrêter les frais.

Pour la pomme de terre, 20 362 tonnes ont été commercialisées au niveau du marché de gros de Casablanca, contre 17 225 en 2005. L’oignon est passé de 18 756 à  22 760 tonnes. «Le goutte-à -goutte, le fait que nombre de champs qui étaient en jachère en 2005 ont été exploités cette année et la généralisation de l’agriculture dans toutes les régions du pays sont autant de facteurs qui ont dopé la production de cette année», explique un ingénieur agronome. Il est vrai aussi que, cette année, les insectes et autres ravageurs n’ont pas fait beaucoup de dégâts et que la pluviométrie était favorable. De ce fait, des régions qui ne sont pas réputées pour leur agriculture ont déversé leur production sur le marché. Laâyoune, Dakhla, Tata et Tiznit ont fourni à  elles seules 7 000 tonnes de pastèques. «Les habitudes ont changé, analyse un observateur du marché. Dans le temps, on achetait et on faisait confiance au marché. Aujourd’hui les commerçants s’épient mutuellement avant de décider des investissements de l’année suivante».

Cependant, l’information a joué contre certains. Brahim R. avait gagné 300 000 DH dans le négoce du raisin l’année précédente. La ferme dont il avait l’habitude d’acheter la production avait été prise d’assaut alors que les feuilles des vignes n’avaient pas encore poussé. «On m’avait coupé l’herbe sous les pieds. Heureusement, car si j’avais acheté cette année, j’aurais perdu à  tous les coups», raconte-il. Le prix du raisin a en effet été divisé par deux cette année. Seulement, ayant spéculé sur un prix équivalent à  l’année précédente, beaucoup ont été pris de court. C’est l’une des raisons de la crise qui frappe les commerçants de fruits et légumes, sans oublier les coûts annexes comme le transport. «Outre la facture de l’exploitant, le prix de revient est gonflé par le transport qui varie de 0,20 DH/kg depuis Agadir et 0,15 DH/kg depuis Marrakech, sans compter la main-d’Å“uvre et diverses autres charges. Parfois un chargement peut rester invendu pendant trois jours, ce qui est catastrophique pour les produits à  forte teneur en eau, en plus du coût d’immobilisation du véhicule», explique un négociant.

Alternative
L’export n’a pas suivi !
Pour une année pareille, le salut pouvait venir des marchés étrangers. Cependant, pour un produit comme le raisin, par exemple, le Maroc a été pris de vitesse par ses concurrents, selon un exportateur de fruits et légumes. «L’Espagne, la Turquie et Israël nous ont battus sur le marché européen car, avec le froid, nous avons pris du retard sur la récolte». Ce revers n’est pas seulement dû au timing. Le contexte marocain génère ses propres barrières à l’exportation. «Le prix du transport par kilogramme est parfois plus cher que celui de la marchandise», analyse un exportateur.

Les seules perspectives pour les professionnels résident alors dans une hypothétique ouverture sur les marchés voisins du Sud ou de l’Est. Pour ce qui est du marché local, il est plus ou moins limité puisque la production de la région d’Agadir suffirait à alimenter le Maroc entier en oranges, selon le directeur du marché de gros de Casablanca.