La banque des petits agriculteurs pour fin 2007

Elle s’appellera Société de financement agricole régionale (Sfar). Le montage financier est bouclé.
Fini les opérations d’abandon de créances pour le Crédit agricole.

«Il n’y aura pas d’opération d’abandon de créances». Le président du Crédit agricole du Maroc (CAM) est catégorique. Tariq Sijilmassi met catégoriquement fin à certaines rumeurs qui avaient commencé à circuler quant à une éventuelle opération du même genre que celle menée en 2006. Cela dit, des discussions sont bien en cours entre le ministère de l’agriculture et le CAM pour essayer de trouver des solutions pour les agriculteurs en difficulté.

Mais uniquement pour ceux qui le sont véritablement car, comme l’explique M. Sijilmassi, «certains agriculteurs sont toujours à l’affût de telles occasions pour essayer d’échapper à leurs engagements». A l’encontre de ceux-là, le message du patron du CAM est on ne peut plus clair : «Ils vont payer et nous mettrons en œuvre tous les moyens pour qu’ils le fassent». Plus, il n’est pas écarté que les mauvais payeurs soient poursuivis si «leur mauvaise foi est avérée».

Mais qu’adviendra-t-il des agriculteurs touchés par la sécheresse ? A la question, Tariq Sijilmassi oppose des arguments chiffrés. «Aujourd’hui, nous avons 90 000 agriculteurs clients de la banque dont plus de 80% sont en mesure de payer». Pour le patron de la banque verte, la sécheresse a certes frappé certains mais pas tous. Mieux, pour certains exploitants dans l’olivier ou l’arboriculture, par exemple, ou encore en périmètres irrigués, non seulement l’effet de la sécheresse est absent mais l’année sera même bonne, voire très bonne. Pour les 10% qui restent, des solutions sont aujourd’hui à l’étude. Pour certains, ce sera l’assurance-sécheresse qui viendra couvrir le risque, pour d’autres, explique M. Sijilmassi, «on peut étudier des solutions comme le rééchelonnement, l’abandon des intérêts de retard… ».

7,5 milliards de DH entre abandon de créances et annulation de dettes
Mais si, pour les 90 000 agriculteurs clients du CAM, la sécheresse n’aura finalement pas un effet catastrophique, il n’en reste pas moins, de l’autre côté, des centaines de milliers d’autres qui ne sont pris en charge par personne, du moins en terme de financement. En fait, les 90 000 clients du CAM étaient plus de 350 000 il y a huit ans. Mais, au fil des opérations d’abandon et d’annulation de dette, la banque a dû se délester de près de 240 000 clients petits agriculteurs avec, au passage, un coût de 7,5 milliards de DH. Aujourd’hui, la banque semble avoir retrouvé une santé qu’elle n’est pas (ou plus) prête à mettre en péril. Ce qui fait dire à M. Sijilmassi que «quand bien même l’Etat nous demanderait de faire une opération de ce genre, nous n’en avons pas les moyens à moins que l’Etat accepte de mettre lui-même la main à la poche».

Mais que deviennent les quelque 300 000 petits agriculteurs ? N’y avait-il pas un projet de création, au sein même du Crédit agricole, d’une entité distincte de la banque universelle qui aurait pour mission justement de financer cette catégorie ? Le projet est-il passé à la trappe ?

«Non», rassure le président du Crédit agricole qui révèle, par la même occasion, que le projet est, au contraire, sur le point de voir le jour. La réflexion qui dure depuis plus de deux ans semble aujourd’hui mûre. M. Sijilmassi annonce le lancement, probablement avant la fin 2007, de la Société de financement agricole régionale (Sfar), une filiale du CAM, qui sera dotée de moyens spécifiques pour accorder des financements à une catégorie d’agriculteurs et qui, à travers des fonds étatiques, pourra supporter les aléas du non-remboursement, sachant que la gestion technique sera du ressort du CAM. «Le projet est presque finalisé et nous en sommes aux touches finales».

Il reste que si la banque pour petits agriculteurs constitue une bouée de sauvetage, elle apporte une solution somme toute provisoire, en l’absence d’une véritable stratégie agricole, basée sur la reconversion des cultures et la micro-irrigation notamment. Et c’est là que réside un des grands échecs de l’actuel gouvernement et de ceux qui l’ont précédé puisque aucun d’entre eux n’a réussi à mettre en œuvre la réforme tant attendue.

Pourtant, en janvier 2007, les membres de la Confédération marocaine d’agriculture (Comader) ont cru à une lueur d’espoir quand le Premier ministre les a reçus et leur a promis de travailler avec eux sur une stratégie agricole. Des réunions s’ensuivirent, notamment avec le département de l’agriculture. Finalement, la montagne a accouché d’une souris. Lundi 16 juillet, la Comader signait avec le ministre Mohand Laenser une convention qui n’apporte rien de concret.

En effet, s’il est vrai que c’est une première, il n’en demeure pas moins que le document signé n’est finalement que l’énoncé de déclarations d’intention et de grands principes. Sans plus. Aucun objectif chiffré, aucun calendrier ni plan d’action, aucune précision en terme de timing… Il s’agit plutôt d’une charte. Pourtant, tous les ingrédients sont là pour amorcer la réforme : le diagnostic est fait, et même très bien fait, depuis des lustres. Les faiblesses, presque toutes, de l’agriculture sont connues, les pistes de réforme également.

Les idées ne manquent pas. Rappelons, par exemple, que le 2 juillet, le Haut commissariat au plan (HCP) rendait public un rapport de prospective sur l’agriculture marocaine à l’horizon 2030. Parmi les trois scénarios évoqués, l’un deux semblait parfaitement réalisable. «C’est un scénario auquel j’adhère parfaitement», conclut d’ailleurs M. Sijilmassi qui fait remarquer que le CAM est déjà inscrit dans ce scénario à travers toutes les actions menées dans la conversion vers l’olivier notamment. Reste à franchir le cap de la décision politique.

Zoom
Dar El Fellah en attendant

Le projet Dar El Fellah, initié par le Crédit agricole en 2005, semble bien lancé. Aujourd’hui le réseau compte 50 points destinés à accompagner et orienter (conseil, assistance technique, montage de projet…) les petits exploitants. Cinq autres ouvriront leurs portes dans les semaines qui viennent. Ce sont justement ces Dar El Fellah qui serviront de plateforme à la future filiale du Crédit agricole qui sera dédié au financement des petits agriculteurs.