KLK transforme une kasbah à  Dar Bouazza en maison de la photo et du film

La bà¢tisse appartenait aux Jacquier, une famille française qui, dans les années 40, a aménagé le premier centre balnéaire de la région, aujourd’hui connu sous le nom de «Jack Beach».

Qui pourrait croire que construire un programme immobilier peut être le point de départ d’un voyage dans le temps? Lorsqu’il conclut en 2007 l’achat d’un terrain dans la région côtière de Dar Bouazza, à 30 km de Casablanca, pour y développer un projet immobilier, Rachid Khayatey, architecte et promoteur immobilier (groupe KLK) croit avoir acquis une parcelle comme une autre. Mais en faisant le tour du propriétaire, il tombe sur une kasbah abandonnée qui retient immédiatement son attention.

Nichée au sommet d’une colline dominant les alentours, la bâtisse en pisé, bien qu’à l’état de ruine, dégage une aura particulière. En y pénétrant, l’architecte est aussi intrigué par un aménagement intérieur ingénieux reprenant le modèle classique des kasbahs, mêlé à un style colonial. De là, le promoteur se met en tête d’en savoir plus sur cette mystérieuse construction. Mais la kasbah de Dar Bouazza ne semble pas prête à dévoiler facilement ses secrets. M. El Khayatey approche d’abord les habitants historiques de la région qui ne livrent que des récits imprécis sur la bâtisse. Cependant, le nom de ses derniers occupants finit par remonter à la surface : la famille Jacquier. En menant son enquête, le promoteur reconstitue progressivement le parcours de cette famille et de son ascendance dont l’histoire se confond avec un âge d’or pour Dar Bouazza tombé étonnamment dans l’oubli aujourd’hui.

C’est Gabriel Veyre qui a introduit la première voiture Ford au Maroc

C’est en effet aux Jacquier que l’on doit entre autres la création dans les années 40 du premier centre balnéaire de la région, aujourd’hui connu sous le nom de «Jack Beach», qui faisait office déjà à l’époque de vitrine internationale pour le tourisme au Maroc. La famille semblait nourrir de plus grandes ambitions pour Dar Bouazza et envisageait d’y créer des hôtels, des restaurants, un sanatorium et même un petit aéroport. Son départ précipité du Maroc après l’indépendance sonnera le glas de tous ces projets. Avant cela, la kasbah a accueilli un ascendant des Jacquier dont le parcours est encore plus prestigieux, Gabriel Veyre. Il ne s’agit rien de moins que de l’un des premiers opérateurs des frères Lumière, inventeurs du cinéma. A partir de 1896, M. Veyre parcourt le monde pour réaliser les premières photos et films de l’histoire de nombreux pays (Mexique, Cuba, Panama, Canada, Japon, Indochine…). Mais c’est au Maroc qu’il choisit de s’établir définitivement à partir de 1908, à la kasbah de Dar Bouazza. Touche à tout, M. Veyre initie des expériences d’élevage scientifique (autruches, zébus…), introduit la première voiture Ford dans le Royaume, et les premières industries (fabrique de glace, minoterie, briqueterie…) et lance même la première station radio.  

Mais son œuvre dans la photo et le film retient encore plus l’attention. Il est en effet l’auteur de la première photo officielle du Sultan Moulay Abdelaziz (de qui il tient d’ailleurs la kasbah de Dar Bouazza) et il a monté les premiers films clichés du Royaume. Un témoignage rare et précieux du début du siècle dernier auquel le prestigieux Institut Lumière à Lyon consacre tout un pavillon. Tout aussi conscient de la valeur de ce patrimoine, M. Khayatey envisage de lancer dans les prochains jours un concours d’architecture dans le but de restaurer la kasbah pour en faire une maison du film et de la photographie. Un supplément d’âme bienvenu pour un projet immobilier.