Jemaa des Oulad Abbou, souk rural par excellence

L’entrée du souk, vendredi dans la matinée...

Le nombre de la population provenant des douars environnants et des contrées les plus proches est estimé à 5 000 personnes, s’entremêlant tous les vendredis. La cadence des différents commerces varie, selon les saisons et selon le climat.

Souk Jemaa des Oulad Abbou, de la commune qui porte le même nom, est situé quelque 70 kilomètres au sud de Casablanca, dans la région Oulad Said. Un souk qui existe depuis les années 1930. Il est, comme à l’accoutumée chaque semaine, bourdonnant d’activité ce vendredi matin. Le nombre de la population provenant des douars environnants et des contrées les plus proches est estimé à 5 000 personnes, s’entremêlant tous les vendredis . Les gens sont concentrés sur leurs besoins, parcourant les différentes zones durant les trois quarts de la journée. Les activités se tassent en effet au milieu de l’après-midi où on ne voit plus que le remballage des étalages. Les commerçants ambulants rentrent chez eux dans une sorte de convois aléatoires de fourgonnettes et autres pick-up qui partent dans toutes les directions.
Souk Jemaa ressemble de loin à un vaste camp improvisé et parsemé de nombreux produits de consommation. Cela va des viandes aux vêtements et tapisserie, en passant par les fruits et légumes, l’électroménager, les produits sanitaires, sans parler d’un nouvel espace dédié aux nouvelles technologies (smartphones, tablettes et accessoires…). Il y a aussi des abattoirs et une zone consacrée à la vente de la volaille. Un autre espace à part est dédié au commerce des céréales…

La cadence de l’activité varie selon les saisons
De manière générale, tous les souks du genre ont des fonctions multidimensionnelles et complémentaires ; à côté des différents commerces, il y a aussi les services administratifs qui sont très sollicités pour les documents personnels et familiaux. Les adouls ne chôment guère non plus lors du jour du souk, entre actes de mariages, divorces et transactions de foncier.En entrant par le grand portail au milieu d’un va-et-vient incessant, les tympans sont vrillés par des vociférations saccadées provenant d’un peu partout. L’on a l’impression que les gens sont en train de s’invectiver à tout va mais ce n’est qu’un manège de marketing local et sonore émanant de hauts parleurs et louant la qualité d’un produit quelconque. A l’autre bout du souk se trouve l’enceinte aménagée pour le commerce du bétail, presque déserte aux environs de onze heures.
«Cette activité commence à partir de trois heures du matin et se termine au lever du soleil. C’est le secteur le plus important, avec celui des céréales, le jour du souk», explique M. Mouhid de la Commune locale Oulad Abbou. Inévitablement on se retrouve devant la question logique : Peut-on estimer un chiffre d’affaires réalisé durant cette journée ? Difficile, selon les gens de la Commune.
D’abord, explique notre source, «parce que c’est une société privée qui se charge de la gestion des espaces en accord avec la commune sur un montant de 1 230 000 DH l’année. Ensuite, parce que la cadence des différents commerces varie, selon les saisons et selon le climat. Une année de sécheresse par exemple diminuerait considérablement l’activité. Idem lors des fêtes d’Al Adha et Al Fitr». Pour le bétail, on paye 10 DH par tête pour une estimation d’un minimum de 250 têtes, pouvant aller jusqu’à 1200 têtes, en fonction, encore une fois, des changements climatiques et des saisons. Les commerces par étalage se payent 0,50 DH le mètre carré. Et pour les fruits et légumes les commerçants s’acquittent de 2DH pour chaque caisse entrée. Quant à la restauration, car elle existe même au sein du souk avec une présence hebdomadaire, elle est contrôlée par les agents d’autorité.
Finalement, quoi que l’on fasse, l’évaluation d’un chiffre d’affaires ne peut être qu’approximative en l’absence de données exactes officielles. Mais il faut bien souligner que côté infrastructures il reste encore beaucoup à faire. Tous ces commerces, le jour du souk, se font sur de la terre, au milieu de nuages de poussière et autres débris, déformant ainsi le paysage avec des tas de détritus par-ci et par-là. Mhammed Laouq, commerçant quinquagénaire, explique que «le problème devient plus compliqué en hiver quand, sous les rafales de vent et les précipitations de pluie, et au milieu de la boue et les flaques d’eau, toute activité devient quasi impossible». Certes, la nature des marchandises, les véhicules, les commerçants et leurs commerces ainsi que le profil des visiteurs ont beaucoup évolué mais l’infrastructure est restée plus ou moins la même que celle des années 1990. A part l’étanchement de la voie de l’entrée venant de Casablanca, une double voie sur une centaine de mètres sur la route allant vers Settat ainsi que le rafistolage d’un bout de la route sur la sortie en direction Benmâchou.
Les souks hebdomadaires ruraux comme celui de Jemaa des Oulad Abbou se comptent par centaines à travers le pays. Et tous ont un point commun : ils attendent depuis des années cette restructuration qui tarde à être traduite sur le terrain. Car ces structures socioéconomiques ont déjà fait l’objet d’études de la part de spécialistes et autres organismes officiels.