Irrigation : les dessous de l’acquisition de CMGP par le fonds britannique DPI

Leader local du marché de l’irrigation, CMGP accueille dans son tour de table le capital investisseur britannique DPI qui veut renforcer sa position au Maroc et développer l’activité à l’export en Afrique. Le montant de la transaction est de 100 millions de dollars. Créée en 1995, l’entreprise couvre l’ensemble de la chaîne de valeur dans l’irrigation localisée, de la fabrication à l’installation de systèmes d’irrigation, en passant par la distribution.

C’est une première. Une entreprise du secteur agricole a drainé la plus grosse transaction de capital investissement de l’année. Une part majoritaire du capital de la Compagnie marocaine de goutte-à-goutte et de pompage (CMGP), qui n’est autre que le leader local du marché de l’irrigation, a été cédée au fonds d’investissement panafricain Development Partners International (DPI). Cette opération de 100 millions de dollars porte sur les parts détenues respectivement par la famille Moamah et le fonds d’investissement Amethis. Une belle opération financière qui couronne le succès de l’entreprise marocaine dont le chiffre d’affaires a atteint 640 MDH en 2017.
CMGP n’en est pas à sa première opération de séduction réussie à l’adresse d’un fonds d’investissement de premier plan sur le continent. L’entreprise fondée par la famille Moamah avait accueilli, en 2015, le fonds Amethis dans son tour de table. A l’origine de l’engouement des capital investisseurs étrangers pour CMGP, une pléthore de raisons aussi convaincantes les unes que les autres : un leadership incontesté sur le marché (florissant mais très fragmenté de l’irrigation) avec 30% de parts de marché, une croissance à deux chiffres des ventes depuis plusieurs années, un marché boosté par les subventions accordées à l’irrigation localisée dans le cadre du Plan Maroc Vert (PMV), des expériences concluantes à l’export sur le marché subsaharien… Mieux encore, l’expertise développée par la firme dans l’accompagnement de la promotion de l’irrigation localisée s’exporte déjà en Afrique de l’Ouest via une filiale sénégalaise créée en 2017. Néanmoins, l’activité à l’export n’a pas encore décollé. D’ailleurs, c’est pour s’y attaquer en se donnant les moyens de son ambition que DPI a investi dans le capital de CMGP.

Success story familial

«Notre société a connu une forte croissance au cours des deux dernières décennies. Nous pensons que le partenariat avec DPI, l’un des leaders du capital investissement en Afrique, nous permettra de poursuivre notre forte croissance organique au Maroc et d’étendre notre présence à de nouveaux marchés en Afrique», explique Youssef Moamah, PDG et fondateur de CMGP. Aussi bien au Maroc qu’en Afrique, le potentiel de l’irrigation localisée est encore sous-exploité. «Grâce au PMV, 30% de la surface agricole irriguée est maintenant convertie à l’irrigation localisée. Toutefois, il reste encore un potentiel de 70% à exploiter», explique un autre dirigeant de la firme.
Dans le reste de l’Afrique et surtout dans certains pays qui veulent s’inspirer du PMV comme le Gabon ou la Côte d’Ivoire, il va sans dire que le potentiel est encore plus gros. «Notre vision est de reproduire le business model de CMGP à l’échelle de certaines régions ciblées en Afrique par le transfert de notre savoir-faire dans la conception et l’installation de projets d’irrigation»», ajoute M. Moamah, pour qui «cette vision s’insère parfaitement dans un contexte où l’agriculture et la gestion de l’eau constituent des enjeux économiques et sociaux majeurs pour le continent africain». L’objectif du groupe est de réaliser 20% du chiffre d’affaires à l’export d’ici les cinq prochaines années.
««S’agissant du mode d’implantation, ce sera au cas par cas, selon les spécificités de chaque pays. A ce sujet, l’expérience éprouvée de DPI dans le partenariat avec des entreprises familiales et sa profonde connaissance des marchés africains est un vrai atout», détaille le patron discret de CMGP. Quand elle a été créée autour d’un réseau de deux agences à Casablanca et Ait Melloul en 1995, CMGP fut au départ une petite entreprise familiale. Rien ne la prédestinait à avoir – 23 ans plus tard – l’ambition de devenir un groupe panafricain. C’était sans compter avec la détermination des fondateurs. Ayant à son actif plusieurs expériences réussies dans les affaires, en l’occurrence dans l’industrie automobile, la famille soussie va au fil des années faire grandir l’entreprise pour en faire le numéro 1 de l’irrigation. «Depuis sa création, CMGP a fait de la proximité un élément fondamental de sa stratégie en développant un large réseau de 10 agences couvrant l’ensemble des régions», indique le top management. Parallèlement au renforcement du réseau, la firme a développé son offre en tablant sur des contrats de distribution avec les géants mondiaux du secteur. Sur ses catalogues de produits – allant du matériel et accessoire d’arrosage, de filtration, de conduite, en passant par la fertilisation et le pompage -, les agriculteurs ont l’embarras du choix parmi les références de Rain Bird, Netafim, Mazzei ou Agripolyane.

40% de produits fabriqués localement

Par ailleurs, il faut dire que le Plan Maroc Vert a fait du développement de l’irrigation localisée un vrai moteur de croissance pour CMGP. Avec des subventions généreuses pouvant atteindre 100%, la prolifération de projets de conversion vers le goutte-à-goutte a fait exploser la demande sur les équipements et les services d’installation proposés par l’entreprise qui emploie 500 salariés. Entre 2008 et 2017, plus de 50 000 ha ont été aménagés, faisant ainsi de l’irrigation localisée un marché florissant qui croît chaque année à un rythme de 10 à 12%, à en croire le leader du marché. L’autre point fort de CMGP est sa politique d’intégration industrielle. «Nous sommes l’une des premières sociétés marocaines couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur dans la micro-irrigation», poursuit Youssef Moamah. Pas moins de 40% des produits vendus sont fabriqués dans les trois unités industrielles situées à Berrechid. Celles-ci fabriquent des rampes d’irrigation en polyéthylène, des canalisations d’eau en PVC et en PEHD, conformément aux standards nationaux et internationaux. «Le développement de nos activités d’irrigation en Afrique et la consolidation de notre présence au Maroc contribueront à l’atteinte d’une taille critique favorable à l’accélération de notre développement industriel», conclut le PDG.