Irrigation : le miracle du goutte-à -goutte

18 000 m3 d’eau pour un hectare d’agrumes irrigué en gravitaire contre 8 000 en goutte-à-goutte.
Le groupe Delassus a tenté une expérience dans la tomate : près de 70% d’économies en eau.

«Nous ne sommes pas des exportateurs d’eau». Kacem Bennani Smires, DG de Delassus, un des gros producteurs d’agrumes et de primeurs de la place, rejette en bloc cette accusation régulièrement portée à l’encontre de la branche exportatrice de l’agriculture. Citant une étude de McKinsey, effectuée à la demande de la région du Souss-Massa-Draâ, il fait remarquer que les cultures les plus avides en eau ne sont pas celles destinées aux marchés étrangers.

On relève dans cette étude que les fourrages, par exemple, consomment 16 500 m3/ha/an, les bananes 12 000, les agrumes 11 000, le maraîchage 8 000, les olives et les céréales 2 000. La conclusion est que les cultures ayant le meilleur rendement économique sont le maraîchage avec une production qui vaut 20 à 25 DH par m3 d’eau consommé, et les agrumes avec 5 à 15 DH, tandis que les bananes (3 DH), les céréales (2,50 DH), les olives (2 DH) et les fourrages (1 DH) se situent nettement en dessous.

Toujours est-il que si l’agriculture est grande consommatrice d’eau, il existe des moyens pour l’optimisation dont la technique de micro irrigation introduite au Maroc depuis 1974. A ce jour, près de 145 000 ha en sont équipés, dont 57 % pour le maraîchage. Les agrumes totalisent, quant à eux, plus de 38 000 ha. A signaler que les cultures sous serre (tomate, melon, fraise, banane…) sont totalement équipées.

Tomate : consommation en baisse, rendement en hausse
Selon Hassan Elattir, professeur à l’Institut agronomique de Rabat, «l’irrigation localisée permet une économie de près de 2 400 m3/ha et par campagne par rapport à l’irrigation gravitaire. Cette technique permet donc, pendant chaque campagne, d’économiser près de 350 millions de m3, soit un peu plus de la capacité du barrage Youssef Ibn Tachfine conçu pour assurer les besoins des 18 000 ha du périmètre du Massa pendant trois campagnes».

Ainsi, les agrumes sont passés de 16 000 à 18 000 m3/ha en irrigation traditionnelle à une fourchette de 8 000 à 10 000 m3/ha en goutte-à-goutte avec la possibilité de ramener la consommation à 5 000 m3/ha avec l’utilisation de nouvelles technologies (tensiomètres ou capteurs d’eau…) tout en assurant des rendements 2 à 3 fois plus élevés (un verger bien conduit produit 40-50 t/ha alors que la moyenne nationale est de 17 t/ha). La tomate est passée de 12 000 m3/ha en plein champ pour une production de 20 à 30 t/ha (400 litres/kg produit) à 6 000 m3 pour 150 à 200 t/ha (soit moins de 40 l/kg) avec le goutte-à-goutte.

Ce n’est pas tout. Le groupe Delassus, par exemple, exploite 205 ha de tomate à Agadir en utilisant l’hydroponique avec irrigation localisée «fertiguée» en circuit fermé. La solution nutritive en surplus est récupérée par drainage et réutilisée après correction de sa composition, ce qui permet 40% d’économie d’eau par rapport au goutte-à-goutte qui réduit déjà 50 % de l’eau utilisée en irrigation traditionnelle, soit une économie globale de près de 70%.