Insuline, les dessous d’un marché juteux

Les laboratoires la vendent à 55 DH par flacon à l’Etat alors qu’en pharmacie le produit coûte plus de 150 DH
La marge bénéficiaire pour ce produit à forte connotation sociale est de 100% sinon plus.

Etonnant ! Alors que l’insuline est un produit à forte connotation sociale, son prix de vente dans les pharmacies est trois fois supérieur, parfois davantage, au prix auquel les laboratoires le vendent à l’Etat dans le cadre des marchés de soumission (sachant que les hôpitaux publics le fournissent gratuitement à leurs patients). Cette situation insolite peut s’expliquer par le fait que seulement deux laboratoires se partagent le marché : Laprophan, représentant la carte du Danois Novo-Nordisk, et Sothema, celle de l’américain Elililly. Contrairement au premier, qui importe ses produits, le second fabrique l’insuline sur place. A chaque soumission aux marchés du ministère de la Santé, les deux fabricants se livrent donc une bataille féroce et le jeu en vaut la chandelle. Le besoin est de 1 million de flacons d’insuline par an, représentant une facture de 55 MDH, soit des prix de soumission tournant autour de 55 DH le flacon. «A ce niveau, les laboratoires sont largement bénéficiaires puisque leur prix de revient serait proche de 40 DH», indiquent des sources au ministère de la Santé.
Comment se fait-il alors que, dans les pharmacies, le produit de Sothema soit vendu à 166 DH le flacon et celui de Laprophan à 196,70 DH ? «Contrairement aux marchés publics, notre prix de vente se situe autour de 104 DH, auxquels il faut intégrer la marge du grossiste, de 10 % et celle des officines qui atteint 30 %», argumente Omar Tazi, DG de Sothema. Il ajoute que le volume des marchés publics explique également le niveau bas des prix proposés. Des sources officielles confirment que les marchés publics représentent un peu plus de la moitié de la demande nationale en insuline (le Maroc compte plus d’un million de diabétiques, dont près de 110 000 sont insulino-dépendants). Mais cet argument n’explique pas, à lui seul, l’importance des marges pratiquées à la vente dans les officines, qui dépassent 100 %.

Laprophan envisage de produire sur place
Chez Laprophan, il semble que les questions sur les marges ne soit pas appréciées. La communication avec eux a été coupée dès que ce point a été abordé et nos relances sont restées infructueuses. L’entreprise n’a toutefois pas caché ses ambitions. «L’éventualité d’une production locale qui se substituera à l’importation n’est pas écartée. Aujourd’hui nous nous contentons d’observer le comportement du marché avant de nous décider», a indiqué Abdelali Kouhen, DGA de Laprophan.
Reste que ce laboratoire n’est pas seul à s’intéresser à la production. Des outsiders sont aux aguets pour casser le «duopole». Parmi eux, Polymédic. «Nous sommes intéressés par la production locale et avons des contacts avec un laboratoire anglais pour qu’il nous fournisse en cristaux», indique Mohamed Houbachi, PDG de Polymédic et ancien directeur industriel de Sothema. Dans tous les cas, l’arrivée de nouveaux opérateurs ne peut qu’être bénéfique pour les malades ou leurs tuteurs car ses effets se feront, sans nul doute, sentir sur les prix de vente.

Les prix de soumission tournent autour de 55 DH le flacon.
Les laboratoires sont largement bénéficiaires leur prix de revient étant proche de 40 DH.