Industrie : raréfaction des intrants et impact sur la production et les exportations de plusieurs filières

L’impact du Coronavirus sur les industriels est palpable. Il se manifeste sur le plan des matières premières et des intrants, et dans les difficultés à trouver la même demande vigoureuse pour exporter les outputs des industriels marocains. Urgence de prévoir des mesures de soutien de court terme pour les industries touchées en attendant une meilleure visibilité.

L’effet du Coronavirus est très visible depuis le début d’année dans les sphères de la production manufacturière et de transformation à l’échelle mondiale. Des centaines d’usines ont cessé leur activité, leur production a été arrêtée et les commandes des clients partout dans le monde n’ont pas été livrées. Au Maroc, l’impact sur les industriels est déjà palpable. D’après une source bien placée à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), l’effet se manifeste, d’une part, sur le plan des matières premières et des intrants qui ne sont plus aussi disponibles qu’auparavant, et, d’autre part, dans les difficultés à trouver la même demande vigoureuse pour exporter les outputs des industriels marocains. Le responsable au sein de la confédération patronale évoque une baisse certaine de la demande adressée aux filières locales. Les prévisions mondiales, très récentes, viennent appuyer cet avis. Déjà peu reluisantes avant la propagation du Covid-19, les perspectives de croissance connaîtront un repli. Ce qui pourrait ramener la croissance du PIB mondial à environ 1,5% en 2020 et faire basculer plusieurs économies dans la récession, notamment le Japon et la zone euro. L’impact global sur la Chine gagnerait également en intensité, signe du repli sur les marchés d’exportation et les marchés d’approvisionnement.

Pour l’économiste Saad Hamoumi, il est évident et certain que l’industrie marocaine sera impactée par la conjoncture mondiale actuelle marquée par la propagation du Coronavirus. L’ampleur de l’effet est importante au vu de la dépendance très prononcée des industriels marocains envers leurs partenaires européens. L’exposition est jugée critique en cette période, étant donné que l’Union européenne est le 1er partenaire du Royaume avec une concentration des échanges estimée à environ 87%. D’après un récent rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié le 2 mars, la croissance dans la zone euro devrait demeurer en deçà de la normale et avoisiner 1% par an en moyenne sur 2020-21, l’impact de l’épidémie affaiblira les résultats au premier semestre de 2020. De plus, les tensions sur les échanges et l’investissement, notamment dans l’industrie, demeurent fortes et pourraient prendre encore de l’ampleur. L’organisation estime que des tensions commerciales bilatérales pourraient venir s’ajouter à la mauvaise conjoncture entre les États-Unis et l’Europe. L’incapacité à régler rapidement le problème actuel du blocage des procédures de règlement des différends à l’OMC s’ajouterait également au climat d’incertitude pesant sur les échanges mondiaux.

Plus concrètement, «les industriels marocains seront sérieusement touchés par la situation des partenaires, notamment dans les pays à vocation industrielle tels que l’Italie, la France et l’Espagne», estime M.Hamoumi.

Pour les experts, cet impact est très préoccupant, du moment qu’il reste encore difficile à évaluer de manière plus ou moins exacte. «Les experts sont en train de modéliser l’incidence sur les différents secteurs producteurs. Ils établissent aussi des scénarios pour se préparer au pire», informe un membre de la Fédération des IMME qui confirme que son secteur commence à donner des signaux de baisse de régime remarquable liée au Covid-19.
Un industriel spécialisé dans les pièces de rechange pour machines relève que l’effet sera de grande ampleur, notamment dans les biens et produits assemblés. Dans la configuration de l’assemblage, les articles sont fabriqués dans différents pays, un peu partout dans le monde. Ce qui veut dire que si le produit donné transite, dans son process de fabrication, par une usine à l’arrêt dans un pays donné, tous les industriels impliqués dans la fabrication seront lourdement impactés.

Face à cette situation qui commence à faire des dégâts localement, M.Hamoumi appelle à l’adoption de mesures d’urgence : une sorte de plan Marshall pour sauver les industriels les plus touchés, ainsi que le reste des opérateurs dans les autres secteurs. Le consultant explique que ce genre de perturbation équivaut à des pertes sèches dans l’industrie. Pour lui, l’intervention se fera par la mise en place de mesures de court terme. Objectif : soutenir les opérateurs économiques pour pouvoir tenir deux ou trois mois, en attendant d’avoir plus de visibilité sur la conjoncture.

Les perspectives pour la Chine ont été sensiblement revues à la baisse pour 2020, les prévisions de croissance du PIB s’établissant à un peu moins de 5 % pour l’année. La croissance pour l’année 2021 se hissera en conséquence entre 6,25% et 6,5%, le niveau de production tout au long de 2021 étant globalement conforme aux prévisions qui auraient été établies en l’absence d’épidémie de Coronavirus. Une trajectoire comparable, quoique moins marquée, est prévue pour de nombreuses économies très liées à la Chine, notamment le Japon, la Corée, l’Australie et l’Indonésie. Par ailleurs, l’OCDE affirme que les effets de l’épidémie de Coronavirus sur d’autres économies moins liées à l’économie chinoise devraient être limités, en particulier aux États-Unis et au Canada, même si la perte de confiance, les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement et le fléchissement de la demande extérieure modéreront les perspectives de croissance.