Importation demédicaments : les labos pharmaceutiques demandent la suspension des dérogations

Trois laboratoires sont accusés d’avoir bénéficié abusivement des facilités du ministère de la santé.

A fin mars, les importations ont augmenté de 25 % en valeur et de 41 % en volume par rapport aux trois
premiers mois de 2007.

C’est dans les jours à venir que le ministère de la santé devra décider de la suspension ou non de l’octroi des dérogations d’importation de médicaments. Cette mesure qui est actuellement à l’étude a été demandée avec insistance par l’Association marocaine de l’industrie pharmaceutique (Amip) qui regroupe les producteurs locaux. Ces derniers soulignent la hausse des importations de médicaments, enregistrée depuis le début de l’année. En effet, si l’on se réfère aux statistiques de l’Office des changes, elles ont progressé, en valeur, de 25% à fin mars dernier, par rapport à la même période de l’année 2008, à 948,3MDH. Leur volume s’est accru de 41% à 1 700 tonnes.Actuellement, lesmédicaments importés couvrent 30% de la demande contre 70% pour la fabrication locale qui, il y a deux ans, satisfaisait 80% des besoins, soit un recul de 10 points. Cette progression des importations inquiète les industriels qui disent être soucieux de la viabilité du secteur et des investissements. «Le ministère dit comprendre les inquiétudes des opérateurs et le gel de l’octroi des dérogations est sérieusement envisagé afin de mettre de l’ordre dans tout cela», avance une source bien informée qui tient à préciser que «désormais toute demande de dérogations sera minutieusement étudiée». Selon la loi régissant la fabrication et la distribution du médicament, la dérogation pour l’importation d’un médicament déjà fabriqué localement est accordée par le ministère de la santé lorsqu’il y a des difficultés ou des problèmes techniques empêchant la production d’un produit donné. Le laboratoire est alors autorisé à importer pour une durée de six mois le ou les médicaments en attendant la résolution du problème technique. Ces conditions ne sont pas aujourd’hui, de l’avis de plusieurs industriels, «respectées dans la mesure où les dérogations sont demandées par des laboratoires pour contourner la circulaire qui impose une validation de la fabrication notamment la mise en place et l’essai des lignes de production ». Le processus de validation nécessitant plusieurs mois, les laboratoires souhaitant gagner du temps optent pour l’importation. Ce qui est, selon des membres de l’Amip, illégale et inadmissible. Ils estiment qu’au lieu d’une dérogation d’importation, les laboratoires concernés devraient plutôt signer des contrats de façonnage auprès de confrères locaux.

Pas de réponse officielle du ministère de la santé
Et là-dessus, la profession est divisée. Pour certains laboratoires, les produits sur lesquels portent les dérogations sont des «molécules innovantes nécessaires pour le traitement des pathologies lourdes et chroniques notamment les cancers et l’hypertension artérielle, des produits que l’on ne peut pas aujourd’hui produire auMaroc».Alors que pour d’autres industriels, les dérogations ont été accordées pour l’acquisition de produits ayant plusieurs équivalents sur le marché local.Trois laboratoires de la place (dont les noms ne sont pas communiqués) sont pointés du doigt pour avoir demandé «abusivement», selon des sources bien informées, des dérogations pour l’importation de certains médicaments. Une pratique qui, expliquent des membres de l’Amip, menace l’industrie pharmaceutique dont la part dans la consommation locale pourrait encore être réduite. Et c’est pour préserver leur industrie que les professionnels demandent donc le gel des dérogations d’importation et suggèrent que le «Maroc adopte une pratique similaire à celle de ses voisins tunisien et algérien, qui appliquent tous deux le principe de la corrélation ». Selon celui-ci, un produit ne peut faire l’objet d’aucune dérogation d’importation s’il est fabriqué localement. Cependant, il peut être façonné sous licence par un autre industriel. A l’heure où nous mettions sous presse, le ministère de la santé n’avait pas donné suite à nos appels.Toutefois, il semble que le dossier des dérogations est examiné par les services de ce département afin, dit-on, d’éviter de pénaliser l’industrie pharmaceutique. Celle-ci réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de près de 7 milliards de DH et procure 35 000 emplois directs et indirects.