Le secteur cimentier analysé par BMCE Capital Research

BMCE Capital a publié une note relative au secteur cimentier panafricain. Voici quelques éléments concernant le Maroc.

BMCE Capital Research vient de publier une note sur le secteur cimentier panafricain.

Le marché marocain est « en surcapacité »

Selon l’analyse de la BMCE capital, le marché marocain du ciment est en “surcapacité” et “monopolisé par les multinationales”. A ce jour, « le Maroc compte 12 cimenteries réparties sur l’ensemble du territoire ainsi que 6 centres de broyage pour une capacité de production totale de plus de 21,6 millions de tonnes par an (…) Quatre principaux opérateurs se partagent ce marché de 16 MMDH en 2017”. Ces quatre opérateurs sont : Lafarge Holcim Maroc à 54% de parts de marchés; ciments du Maroc (24% ); Ciments de l’Atlas (14% ) et Asment de Temara (8% ).

ciment maroc

Les ventes en baisse

Selon la note, le secteur cimentier marocain “s’est engouffré 2012 dans un trend baissier suite à l’essoufflement du secteur BTP et particulièrement l’activité immobilière”, et ce “après une croissance appréciable des ventes de ciment sur la période 2006-2011, 7% par an de taux de croissance annuel moyen. Et d’ajouter que “les écoulements ont ainsi reculé de façon notable passant de 16,1 millions de tonnes en 2011 à 13,3 millions de tonnes à fin 2018”.

ventes ciment

Parallèlement à son “essoufflement”, le secteur a connu un “accroissement des capacités de production entre 2008 et 2012”. En effet, la capacité de production de l’industrie a augmenté de “près de 6,1 millions de tonnes”. Ceci est expliqué par les extensions entreprises par les opérateurs :

  • L’extension en 2009 de la capacité de l’usine de LafarageHolcim Maroc à Tétouan (ex-Lafarge ciments) de 1,1 million de tonnes ;
  • La mise en opération par Ciments du Maroc en 2010 de l’usine d’Aît Baha (2,2 millions de tonnes) venue remplacer la fermeture de l’unité d’Agadir ;
  • L’ouverture en 2012 par Cimat d’une cimenterie à Ben Ahmed (1,6 million de tonnes) ainsi que la mise en service la même année de son unité à Béni Mellal (également de 1,6 million de tonnes) ;
  • L’extension de 0,6 million de tonnes de l’usine de Fès de LafargeHolcim Maroc (ex-Holcim Maroc) ;
  • La mise en place par le Groupe Anouar Invest, à travers sa filiale Atlantic Ciment, d’une station de broyage basée à Laâyoune baptisée les cimenteries marocaines du sud –CIMSUD- d’une capacité de 0,5 million de tonnes, dont les travaux de construction ont démarré en septembre 2014 pour un investissement de 3 00 millions de DH ;
  • Le lancement, en novembre 2018, par la société Cemos-Ciment de son broyeur de 270 000 tonnes à Tarfaya.

Pour faire face à ce constat selon lequel “l’offre excède la demande, les cimentiers se sont vus contraints d’exporter du clinker afin de rentabiliser leurs installations et de lisser leurs coûts fixes”, lit-on dans la note.

“De par sa proximité géographique et la pauvreté de ses sols en calcaire (intrant de base pour la fabrication de clinker), l’Afrique subsaharienne s’est imposée comme principale région destinataire de ces exportations (plus de 50% des expéditions en 2018)”, notent les analystes de la BMCE Capital.

Des perspectives stables à court et à moyen-terme

Selon la note,  au Maroc, « l’activité cimentière devrait à court et à moyen-terme demeurer stable et ce, dans l’attente de la relance du secteur immobilier, qui a été marqué par l’essoufflement des segments social et haut standing sur les dernières années et la poursuite des projets de grandes envergures annoncés « .

Et d’ajouter,  » le déficit en logements  est loin d’avoir été absorbé avec un besoin estimé à 500 000 unités à fin 2018, augmenté de besoins annuels estimés à 100 000 unités, découlant de la croissance démographique et de l’urbanisation. Ce déficit devrait être réduit de 50% vers 2021″.

« De façon plus globale, le marché marocain n’a pas atteint un stade de maturité avancé et ne serait pas encore saturé comme en atteste le niveau de consommation/habitant  de 3773Kg/an en 2018, soit un niveau en deçà de la moyenne mondiale de 500Kg/an/habitant en 2014. Il en ressort un surplus de ventes latent estimé par nos soins à 3 MT au minimum », constatent les rédacteurs de la note.
« Ceci étant, la morosité du secteur des BTP devrait sur les deux prochaines années encore peser sur les ventes de ciment dont les progressions attendues en 2019 et 2020 ne devraient pas dépasser respectivement 0,8% et 1,5% dans le meilleur des cas », ajoutent-ils.

Et d’ajouter concernant le moyen et long terme, que « l’éventuel avènement d’une guerre des prix entre les opérateurs de la place voire la possibilité d’ouverture du marché national à l’importation de l’international pourrait induire une détérioration des marges des opérateurs. Cette hypothèse reste peu probable au vu des équilibres actuels entre les Groupes cimentiers au Maroc et en Méditerranée. En attendant et sur la base de ce qui précède, nous réitérons notre opinion plutôt réservée sur le secteur ».

Par valeur,  les rédacteurs du rapport recommandent  de conserver les deux cimentières  que sont Lafarge Holcim Maroc et Ciments du Maroc dans les portefeuilles.

La première profitera de l’accompagnement des projets de grande envergure au niveau national à savoir, ’aéroport de Rabat-Salé, la gare de Kénitra pour la ligne LGV, le programme National d’énergieéolienne de “850 MW”, etc. et le lancement de nouveaux produits tel que le ciment technique« Préfa Pro », le liant hydraulique routier, etc.

La seconde bénéficiera de l’éventuelle hausse des prix de vente à l’instar de 2018, la reprise attendue de l’activité export ainsi que de l’optimisation des coûts énergétiques via le recours à l’éolien (contrat avec NAREVA) et l’utilisation de combustibles alternatifs, notamment en mixant les qualités du petcoke.