BTP : Un vent d’optimisme souffle sur le secteur

Les opérateurs du BTP envisagent l’avenir sous de meilleurs auspices depuis qu’ils ont trouvé une oreille attentive auprès du chef du gouvernement. Le secteur devrait stagner sur l’année en cours dans le sillage d’une évolution hésitante depuis 2012. Les défis restent nombreux : faiblesse de la demande du secteur privé, contraintes et tracas de la commande publique, concurrence étrangère, bradage des prix…

Enfin le bout du tunnel pour le BTP. Le contrat programme du secteur à l’horizon 2022 devrait être signé ce 27 novembre lors de la 5e édition du BTP Expo. Cette signature, tant attendue, devrait inaugurer une nouvelle ère entre les pouvoirs publics et la profession. Celle-ci a pu en effet trouver une oreille attentive auprès du gouvernement à savoir que Sâadeddine El Othmani a accordé le 3 novembre une audience à la Fédération nationale du BTP (Fnbtp) et a dévoilé à l’occasion sa vision stratégique pour le développement du secteur. Cette nouvelle stratégie devrait englober des réformes de nature à lever les contraintes auxquelles est confrontée la profession, de même qu’elle se déclinera par la mise en place de différents instruments de mise en œuvre.

Tout cela fait souffler un vent d’optimisme sur un secteur qui en a bien besoin. En effet, la valeur ajoutée du BTP a continuellement baissé sur les trois premiers trimestres de l’année. Le recul est de 1%, spécifiquement au troisième trimestre, selon les statistiques officielles du Haut commissariat au plan (HCP), au lieu d’une hausse de 1,2% l’année d’avant. La régression se lit aussi à travers la baisse de l’utilisation des facteurs de production, notamment le ciment, dont les ventes ont continué de reculer au troisième trimestre, après avoir chuté de 13,7% sur le deuxième trimestre. Le dernier quart de l’année ne s’annonce pas meilleur et le HCP table pour toute l’année 2017 sur une progression minime de la valeur ajoutée du secteur de 0,3%. Même l’entame de 2018 ne s’annonce pas sous de meilleurs auspices, à savoir que les professionnels de la construction anticipent la poursuite du recul de leurs carnets de commandes, ainsi qu’il ressort de la dernière enquête de conjoncture du HCP.

Ceci alors que le secteur avait déjà clôturé l’année 2016 en catastrophe dans le sillage d’une dégradation continue de son activité depuis 2012. Certes, la période a été ponctuée d’éclaircies. Mais tant que l’on reste à moins de 2% de croissance de la valeur ajoutée, et que la progression des recrutements n’atteint pas le rythme observé d’il y a plus de 5 ans, il n’y a pas du tout lieu de parler de reprise, insistent les professionnels.

La traversée du désert vécue par le secteur s’explique bien sûr en premier par la faiblesse de la commande qui lui est adressée. Le flux d’affaires réalisé avec le secteur privé est nécessairement limité dans le contexte de marasme que connaît la promotion immobilière (voir encadré).

Il reste naturellement la commande publique qui représente plus de 70% de la demande adressée au secteur. Cette manne a crû continuellement sur les dernières années. En effet, si l’on considère le projet de Loi de finances 2018, l’investissement public dans sa globalité atteint 195 milliards de DH, en hausse de 5 milliards de DH par rapport à 2017. Ce volume comprend les investissements du Budget général pour 68,3 milliards, des comptes spéciaux du Trésor et des services de l’Etat gérés de manière autonome (SEGMA) pour 1,6 milliard, ceux des entreprises et établissements publics pour 107,6 milliards de DH et, enfin, des collectivités territoriales pour 17,5 milliards de DH. A tout cela, on peut aussi ajouter les crédits d’engagement sur l’année budgétaire 2019 et suivantes pour un montant de 45,7 milliards de DH. Si l’on remonte plus loin, l’investissement public a presque triplé durant les 10 dernières années, puisqu’il se limitait encore à 71 milliards de DH en 2006. Au passage, notons que cet effort distingue le Maroc puisque le taux d’investissement national total (public et privé) qui dépasse 30% du PIB sur la dernière décennie, est l’un des plus élevés de la région.

Mais les professionnels trouvent à redire sur le taux d’exécution de ce budget d’investissement public. Si l’on se base par exemple sur les données du projet de Loi de finances 2018, les crédits de report correspondant aux crédits engagés dans le cadre du Budget 2017 mais non ordonnancés à la fin de l’année sont estimés à un montant non négligeable de 14 milliards de DH. Le problème est néanmoins en voie d’être résolu. En effet, un effort des pouvoirs publics sur les crédits ouverts s’est traduit par une nette amélioration de la cadence d’exécution et l’apurement des crédits reportés. A titre d’illustration, le taux d’exécution des crédits d’investissement au titre du Budget général était de 75,25% l’année dernière alors qu’il se limitait à 59,3% en 2012. De même, il faut rappeler que les reports atteignaient encore 21,3 milliards de DH en 2013. La situation devrait encore s’améliorer avec l’entrée en vigueur, à partir de 2018, d’une disposition de la loi organique relative à la Loi de finances fixant le plafond de reports de crédits à 30% des crédits ouverts par la Loi de finances. Mais il n’y a pas que le taux d’exécution de la commande publique qui pousse les professionnels à nuancer les retombées concrètes de la manne de l’investissement public. Ils en relativisent les bienfaits aussi parce que, par la force des choses, cette enveloppe est inégalement répartie entre les régions. Aussi, les professionnels assurent que l’évolution de l’investissement public est loin d’accompagner le rythme de création des entreprises. Le nombre d’entreprises a crû fortement sur les dernières années, ce qui fait que les opérateurs sont condamnés à voir leur activité baisser du fait qu’ils sont plus nombreux à se partager le même gâteau. Surtout, soumissionner aux marchés publics suppose de gérer des contraintes de plus en plus pesantes, selon les professionnels, avec en première ligne les délais de paiement à rallonge pratiqués par l’administration. Au niveau de plusieurs régions, la barre ne descend pas en dessous de 9mois, selon les témoignages des professionnels. Et cela peut dépasser dans les situations extrêmes une année. S’ajoute à cela une multitude d’autres tracas vécus dans les marchés publics comprenant les retards dans la libération des emprises, la délivrance des plans et des documents nécessaires pour la réalisation des ouvrages ou encore la non-application systématique de la préférence nationale. Les professionnels citent encore l’ouverture de tous les appels d’offres financés par le Budget général de l’Etat à la concurrence étrangère qui s’adonne souvent à des pratiques déloyales, les retards dans les prises de décision par plusieurs maîtres d’ouvrage et le traitement des réclamations, sans compter la lourdeur et la lenteur des procédures de recours auprès des tribunaux administratifs.

Le nœud du problème pour les entreprises est qu’elles doivent à tout prix stabiliser leur chiffre d’affaires, dans un marché qui se prête peu à cela, pour survivre. Il s’agit en effet de maintenir un niveau d’activité qui permet la couverture des charges fixes, étant à préciser que ces charges ont fortement augmenté ces dernières années chez une majorité d’opérateurs qui ont investi dans du matériel et qui ont étoffé leurs effectifs dans le contexte porteur d’avant 2012.

Et toutes les entreprises n’y parviennent pas. Dans ce contexte les faillites se multiplient. Les entreprises de BTP pèsent le plus parmi plus de 7 000 cas de défaillance estimés par l’Observatoire du commerce de l’assureur crédit Euler Hermes ainsi que le spécialiste de l’information commerciale Inforisk en 2016. Voilà des années que la conjoncture fait des ravages dans le secteur, à savoir que les défaillances ont crû de 150% entre 2009 et 2014 avec une aggravation de 14% sur la seule période 2013-2014, selon l’Observatoire d’Euler Hermes. Et encore, ces statistiques n’incluent pas les structures informelles sur lesquels l’actuelle conjoncture fait encore plus de ravages, selon les professionnels.
Quant aux entreprises qui tiennent encore, elles ne reculent devant rien pour maintenir leur activité. Pour continuer coûte que coûte à alimenter leur activité, entre autres concessions, elles bradent de

plus en plus leurs prix. La situation est telle qu’aujourd’hui les entreprises de BTP pratiquent les niveaux de tarifs qui avaient cours dans les années 90, explique un professionnel. Ainsi, selon les opérateurs, les prix sont au bas mot 25 à 30% en dessous de ce qu’ils devraient être si l’on devait respecter la logique. L’administration, pour sa part, surfe sur la vague avec la fixation de budgets par les maîtres d’ouvrage systématiquement sous-évalués, ainsi que le rapportent les professionnels.

La construction de logements neufs a régressé au premier semestre 2017, prolongeant une chute ininterrompue depuis 2012. Sur la première moitié de l’année en cours, ce sont un peu moins de 68 800 unités, comprenant autant des habitats que des lots de terrains, qui ont été mises en chantier, selon les chiffres officiels du ministère de l’habitat. Cela marque une baisse de près de 16% par rapport à la même période de l’année passée qui avait, elle, enregistré plus de 81 400 unités mises en chantier. Le volume n’a cessé de se rétrécir depuis 2010, reculant de 15% en 2012, 24% en 2013, 8% en 2014, 15% en 2015 pour encore subir une déperdition de 9% l’année dernière. La production elle aussi continue de piquer du nez à l’heure actuelle, avec un total de 65 304 unités qui sont arrivées sur le marché au premier semestre 2017 contre 71 540 unités livrées à la même période de l’année dernière, soit une baisse de près de 9%. Ceci alors que la production avait chuté de près de 13% sur la première moitié de 2016 après une évolution hésitante sur les années passées avec une régression de 8% au premier semestre 2014 compensée en partie par une hausse de 7% l’année suivante.