Il laisse tomber un salaire de 40 000 DH pour se lancer à  l’aventure !

En 1997, Mohamed Talal crée La Voie Express avec une dizaine de véhicules
d’occasion.
Pendant plusieurs mois, il vit avec un salaire de 6 000 DH et travaille 14 heures
par jour.
Ingénieur des mines,rien ne le prédestinait à se lancer dans
un secteur totalement méconnu.

Mohammed Talal revendique son cartésianisme haut et fort, y compris le fameux «je pense donc je suis» qu’il personnalise avec un «je doute donc je suis». Ce natif de Mohammédia a été convaincu, très tôt, qu’il ne resterait employé que le temps de comprendre comment on dirige une entreprise. Après, il deviendrait employeur à son tour. Ce Cancer, né en 1966, et à qui l’astrologie arrache, au mieux, un sourire amusé, est issu d’une famille modeste mais qui a tout de même financé ses études à 80 %, à côté de la bourse marocaine de 700 DH mensuels qu’il avait décroché pour faire l’Ecole des Mines de Paris. Avant cela, le lycée Lyautey, puis les classes préparatoires qui lui rappellent d’assez mauvais souvenirs, notamment celui des concours précédés par les pénibles préparations et les longues nuits blanches. Après cela, dit-il, «tout va aller bien et vite».
Rentré au pays en 1991, il continue une formation académique réussie puisque sanctionnée par un cycle spécial de gestion à l’ISCAE et un diplôme en Sciences po, spécialité Finances à Paris.
Sur le terrain, Mohammed Talal fait un passage à la Cosumar entre 1991 et 1995, puis travaille pour une multinationale espagnole dont il accompagne l’installation et le démarrage d’une usine à Berrechid. Là, il apprend les ficelles de la gestion des ressources humaines et s’initie aux montages financiers et aux dures négociations avec les banquiers. Et c’est à partir de ce moment qu’il sélectionne, déjà, le domaine dans lequel il va déployer son talent d’investisseur et de meneur d’hommes. Il évalue les perspectives dans le domaine du transport et de la messagerie, où il remarque des faiblesses: absence de process et de structuration et failles en matière de retour des fonds. Il sait que c’est là qu’il se positionnera.

Il lance sa société avec un salaire de 6 000 DH.
Mohammed Talal va créer la société de transport La Voie Express en 1997, tout en gardant son poste de DRH dans le privé. Il achète alors une dizaine de véhicules d’occasion et attaque d’abord l’affrètement. Rapidement, il se rend à l’évidence qu’il doit se consacrer, exclusivement, à la gestion de son entreprise. Le choix est difficile car, en plus des deux millions de DH qu’il mobilise, il doit aussi renoncer à ses 40 000 DH d’émoluments mensuels et aux avantages qui les accompagnent comme la voiture de fonction… Pire, il va devoir se résoudre à revenir au domicile paternel et se contenter des 6 000 DH de salaire mensuel qu’il se fixe. Inutile, avec cela, de songer à fonder une famille, par exemple, se rappelle-t-il. D’ailleurs, en plus du manque d’argent, les journées de 12 à 14 heures de travail et des semaines sans relâche ne sont pas compatibles avec les projets qu’un jeune de son âge nourrissait, comme tout le monde.
«Je ne compte pas les fois où j’ai dû prendre le volant d’un camion pour faire une livraison ou prêter main forte pour les chargements…Ceci étant, non seulement je n’ai pas honte de cette période de ma vie, mais j’en tire une grande fierté», confie-t-il.
En 1998, l’entreprise fait un chiffre d’affaires de 5 MDH et les banques qui ne l’avaient pas suivi au démarrage vont lui accorder 2 millions en découvert et escompte pour sa trésorerie et 7 millions pour ce qui est de la partie leasing. Dès 1999, le chiffre d’affaires va tripler. Aujourd’hui, La Voie Express, qui arbore le slogan «Bientôt, vous nous demanderez de transporter vos émotions», emploie 220 personnes, affiche 35 MDH de chiffre d’affaires annuel et compte un parc de 160 véhicules. Le transporteur annonce, pour novembre 2003, un grand événement : l’ouverture sur le transport international, en s’appuyant sur un groupe français pour l’axe Maroc- Europe.

Le secret de sa réussite : gestion participative et nouvelles technologies
Le secret de cette réussite s’explique par deux choses, selon ce jeune entrepreneur : le fait d’avoir misé sur les hommes, les nouvelles technologies et sur une gestion participative. «Pour moi, il n’y a que les objectifs qui comptent et les salaires sont composés d’une partie fixe et de commissions qui récompensent l’engagement de tous ceux qui m’accompagnent. Même mes coursiers bénéficient d’un intéressement et la bataille est basée fondamentalement sur le taux de retour».
Tout se joue dès le début et cela, Mohammed Talal l’a appris dans les multinationales. La pérennité des entreprises se fondant sur les compétences de ses hommes, il démarre La Voie Express sur cette base, il débauche les cadres qui l’accompagnent des grandes entreprises qu’il a côtoyées. Dès la création de La Voie Express, il met les services «achats et expéditions», «informatique» ou encore «gestion du parc» entre de bonnes mains. L’architecture de la société et son ancrage dans les nouvelles technologies sont ainsi anticipées dès sa mise en marche. Même la compétence de son père est mise à contribution. En effet, c’est à lui qu’il confie la gestion du parc de véhicules, car il avait eu à gérer une entreprise de «TP» et avait une grande expérience dans la partie «pièces détachées».
L’avenir, Mohammed Talal le voit en rose car, dit-il, non seulement il y a de la place pour tout le monde, mais le secteur se rationalise et se professionnalise à une vitesse telle que les «artisans» n’ont plus qu’à numéroter leurs abattis