Hôtels cherchent touristes étrangers

Le marché français qui représente 34% des nuitées a chuté de 11% en février.
Marrakech et Agadir sont les plus durement frappées avec -12% et -10% en nuitées par rapport à  février 2007.
Causes de la morosité : la concurrence d’autres pays, l’hébergement non classé, les T.O. européens en difficulté…
Une forte délégation marocaine s’est rendue en France début mars pour des rencontres avec les voyagistes.

On s’y attendait, le secteur du tourisme, après plusieurs années de croissance continue, a accusé en janvier 2008 une baisse des nuitées de 5% par rapport à  la même période de l’année précédente, et ce malgré une hausse des arrivées aux frontières de 11%. Cette situation n’est paradoxale qu’en apparence. Elle s’explique, selon l’Observatoire du tourisme, par la montée «d’autres types d’hébergement touristique (maisons d’hôtes, appartements, etc.) qui ne sont pas ou ne sont que partiellement comptabilisés dans les statistiques des nuitées publiées jusqu’à  présent». Et on peut ajouter à  cela tout un type d’hébergement qui s’est installé délibérément dans l’informel et qui demande une prise en main par les autorités. Cette situation trouve un bon terreau dans le développement des ventes par Internet qui favorisent non seulement le phénomène de la confection de packages sur mesure, forcément moins chers, pour une certaine clientèle, mais aussi la constitution de véritables réseaux d’hébergement qui échappent à  l’hôtellerie classée. En somme, au vu des arrivées, la baisse concerne uniquement les ventes des tour-opérateurs (T.O.).

Mais, ce n’est que la partie visible de l’iceberg, de la mutation profonde que connaà®t le secteur touristique national, mutation dont les causes sont à  la fois endogènes et exogènes.
Avant d’aller plus loin, il faut souligner que cette baisse des nuitées touche principalement les deux destinations nationales phare que sont Marrakech et Agadir, qui affichent -12% et -10%. Il faut ajouter à  ces deux destinations Ouarzazate qui est en difficulté depuis longtemps avec -12%.

C’était prévisible depuis…8 mois au moins !
Les autres destinations, qui disposent encore d’une marge de manÅ“uvre, ont connu des hausses durant ce mois. C’est le cas de Casablanca et Fès, avec chacune +5%, Tanger, en phase de réhabilitation avec +2% et Rabat, avec +12%.
Du reste, en ce début 2008, Marrakech et Agadir continuent d’afficher les taux d’occupation les plus élevés avec 50% et 49%, alors que la moyenne nationale a chuté de 4 points, soit 38% au lieu de 42%.
Un autre constat qui permet de clarifier la situation réside dans le fait qu’à  l’exception du marché espagnol qui est en hausse de 7%, et de celui des pays arabes, en hausse de 19%, tous les autres marchés émetteurs sont en recul. Et en premier le marché français qui accuse une baisse de 11%, ce qui est énorme quand on sait qu’il a représenté à  lui seul 34% des nuitées totales en 2007. Les marchés allemand et britannique ont reculé chacun de 27%, alors que la Scandinavie a baissé de 20%, la Belgique de 7% et l’Italie de 9%.

Ce qui fait dire à  un hôtelier marocain que «la baisse de janvier n’est en fait que le début du repli que va connaà®tre le secteur en 2008».
Un constat dont on se défend au ministère du tourisme o๠un responsable affirme «qu’il ne faut pas juger l’année en cours à  partir des seuls chiffres de janvier, surtout que cette baisse ne concerne que Marrakech et Agadir», qui représentent à  elles seules environ 70% des nuitées, devrait-on rajouter.
Optimisme de façade ou manière d’évacuer le problème? La question est légitime, car les tendances à  la baisse étaient prévisibles, voire connues dès la mi-2007. En effet, s’agissant des packages des T.O., il faut savoir que les dés sont jetés 8 mois ou même un an à  l’avance. Donc, aussi bien le ministère que les professionnels avisés, et ils le sont, sont au courant des retournements de conjoncture. Ces derniers, en signant les contrats avec les T.O., connaissent le nombre de sièges d’avion et donc de lits prévus sur telle ou telle destination. Avec, aujourd’hui, un changement majeur : les T.O. ne garantissent plus les lits comme ils le faisaient auparavant. Les jeux sont plus serrés pour la simple raison que le tour-operating lui-même est en crise et a vu ces dernières années l’hégémonie qu’il avait sur la commercialisation remise en question par d’autres canaux de distribution, notamment les ventes sur internet.

Les T.O. eux-mêmes en difficulté
Les T.O. européens sont eux-mêmes en pleine restructuration et certains, et non des moindres, y ont même laissé des plumes. Résultat : les managers ne prennent plus de grands risques sous peine de perdre leur poste. Et ce constat, ils l’ont clairement signifié aux responsables marocains lors du déplacement à  Paris, le 3 mars, de la délégation présidée par le ministre du tourisme, Mohamed Boussaà¯d. Cette délégation était composée d’une quinzaine de professionnels de la ville de Marrakech avec à  leur tête le wali, partis rencontrer les plus grand T.O. français, notamment Nouvelles Frontières, Fram, Thomas Cook, TUI et Jet Tours. Selon une source présente à  cette réunion, la première cause du recul de la destination vient du fait que «le Maroc interagit avec d’autres destinations, notamment autour de la Mer Rouge, qui connaissent une forte progression». Comprenez qu’il s’agit principalement de l’Egypte qui n’a pas enclenché l’ouverture de son ciel et qui maà®trise par conséquent ses flux de touristes par le biais des vols charters. La déstructuration des marchés européens et les problèmes des T.O. incitent ces derniers à  aller vers des pays o๠ils pourront compenser le manque à  gagner, surtout quand les prix de la destination restent abordables et qu’ils ne sont pas desservis par le low cost.

Or, ce que les T.O. reprochent à  Marrakech – mais pas seulement -, c’est aussi sa cherté, car, dans la ville ocre, les prix seraient restés stables depuis trois ans, alors que le pouvoir d’achat s’est sérieusement érodé, en France notamment. Il faut que les prix s’adaptent au marché, tout un pan de la clientèle française perçevant Marrakech comme une destination haut de gamme par rapport aux destinations concurrentes. La ville ocre serait, selon certains T.O., «victime de son succès».
La restauration en dehors des hôtels n’est-elle pas devenue inabordable pour une catégorie de touristes même si, tout le monde sait, et la partie marocaine n’a pas manqué de le souligner, «ce sont les Français eux-mêmes qui ont ouvert des restaurants et que, s’agissant des prix, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère ?» Ceci étant, reconnaà®t le représentant d’un T.O. français au Maroc, «Marrakech reste importante pour tous les T.O. français car elle pèse dans leur chiffre d’affaires. Ils ne peuvent donc pas s’en détourner». Mais, précise-t-il, «tout le monde doit se renouveler et s’adapter aux donnes d’une nouvelle concurrence dont on ne maà®trise pas encore tous les paramètres».

Rendre attractifs les packages n’est pas impossible, souligne un autre opérateur, à  condition de réussir à  cerner la typologie des nouveaux clients et à  aller vers une offre plus segmentée en proposant des produits plus thématiques ou franchement familiaux. En effet, l’ère du couple plus un enfant qui s’installe à  l’hôtel serait en passe d’être dépassée. Par ailleurs, une législation plus ferme sur les riads et les maisons d’hôtes, si elle s’accompagne d’un contrôle plus sévère d’autres activités annexes (transport, excursions, etc.), pourrait ramener l’informel à  des proportions plus acceptables.
Reste que le Maroc a fait le choix de l’ouverture sur le monde, et qu’il ne reviendra pas dessus. Il revient donc aux professionnels de s’adapter à  la nouvelle donne.