Hormis l’année 2016, la croissance en 2019 est à son plus bas niveau depuis 2000

L’actualisation récente des données agricoles a conduit à une révision à la baisse des taux de croissance pour les trois trimestres de 2019. Le déficit budgétaire devrait s’aggraver et celui du compte courant s’améliorer. La baisse du sous-emploi moins que l’activité, à l’origine du niveau relativement élevé des emplois créés.

L’activité en 2019, en fin de compte, serait encore plus faible que ne l’ont prévu les différents instituts de…prévision. Selon les données arrêtées pour les premier, deuxième et troisième trimestres, et les estimations pour le quatrième, réalisées par le HCP, la croissance en 2019 s’établirait à quelque 2,3%. A l’exception de 2016 où la hausse du PIB avait été de 1,1%, il faut remonter dix-huit ans en arrière pour trouver une croissance plus chétive que celle de 2019!
Cette contre-performance, le HCP l’explique, dans ses comptes nationaux pour le troisième trimestre qu’il vient de publier, par la révision à la baisse de la valeur ajoutée agricole, suite à l’actualisation récente des données y afférentes.

Evolution de La Croissance
Evolution de La Croissance économique

Après cette révision, la progression du PIB au premier et au deuxième trimestres de l’année s’établit respectivement à 2,5% et 2,2% au lieu de 2,8% et 2,5% annoncés avant l’actualisation des données agricoles. Pour le troisième trimestre, et compte tenu de cette actualisation, la croissance économique ressort à 2,1% au lieu de 3% à la même période de 2018. Enfin, pour le quatrième et dernier trimestres, dont l’arrêté des comptes interviendra fin mars 2020, l’activité progresserait de 2,3% à 2,4%.

Au total, l’année 2019 enregistrerait une croissance de 2,3% environ, ce qui est loin des prévisions et estimations, déjà assez pessimistes, comme celle du HCP (2,7%) ou, plus récemment encore, celle de Bank Al-Maghrib (2,6%), à l’occasion de la tenue de son conseil le 17 décembre. Le gouvernement, lui, après avoir tablé sur une hausse de l’activité de 3,2% au moment de l’élaboration de la Loi de finances 2019, a révisé à la baisse cette prévision au mois d’octobre de cette année, en la ramenant, on ne sait trop pourquoi, à un niveau malgré tout relativement optimiste de 2,9%. Mais au-delà des prévisions des uns et des autres, ce qui frappe surtout, c’est la faiblesse des activités non agricoles. Après 3,6% au premier trimestre, le PIB non agricole a ralenti à 3,2% au deuxième trimestre et à 3% au troisième. Ce rythme d’évolution fait que le comportement du PIB global dépend dans une certaine mesure de la valeur ajoutée agricole, c’est-à-dire des aléas du climat. Et cette dépendance de la variable agricole constitue incontestablement une des fragilités de l’économie marocaine. Or, tous les pays qui ont réussi à émerger, à des degrés divers, sont parvenus à fortement réduire la part de l’agriculture dans leur PIB. Entendons-nous bien : réduire la part de l’agriculture ne signifie pas négliger ce secteur, bien au contraire. Cela veut dire tout simplement que les activités non agricoles doivent évoluer à un rythme tel que, mécaniquement, la part de l’agriculture dans le PIB, en proportion, baissera. En Corée du Sud, la valeur ajoutée de l’agriculture en 1964 représentait 46,3% du PIB. Cette part n’est plus que de 2% en 2018. En Chine, l’agriculture ne pèse plus que 7% du PIB en 2018 au lieu de 40% en 1964. L’agriculture au Chili représente 3,6% du PIB en 2018 contre 10,5% en 1960. La Hongrie a réussi à diviser par 2 la part de l’agriculture dans le PIB en la ramenant de 7% en 1995 à 3,6% en 2018. Le Maroc, quant à lui, a fait baisser le poids de l’agriculture de 23,5% du PIB en 1965 à une moyenne de 13% environ entre 1999 et 2018, mais cette part est encore élevée, comparativement aux pays de l’échantillon ; et cela est une indication que les autres activités évoluent petitement, en particulier sur la période 2013-2018 où, en effet, le PIB non agricole a été en moyenne de 3,1% par an.

Le paradoxe du marché du travail

A l’évidence, quand le PIB ne progresse pas suffisamment, cela produit des implications sur les autres indicateurs. Il en est ainsi du solde budgétaire, de la dette publique, du solde du compte courant, etc. Pour 2019, par exemple, le déficit budgétaire devrait se creuser à 4,1% du PIB contre 3,7% en 2018, selon Bank Al-Maghrib (BAM). En conséquence, estime BAM, le taux d’endettement du Trésor devrait grimper à 66,3% du PIB contre 65,3% en 2018 (voir encadré sur l’encours de la dette du Trésor et de la dette publique). En 2020, le taux d’endettement de l’administration centrale devrait refluer légèrement à 65,8% du PIB, nous dit BAM, mais cela dépendra de la vigueur de la croissance et des recettes fiscales et, au bout, du déficit budgétaire. A moins de couper dans les dépenses, ce qui est encore une autre façon d’améliorer le solde budgétaire. Le déficit du compte courant, en revanche, devrait s’alléger en 2019 et revenir à 4,6% du PIB selon une estimation de BAM, contre 5,4% en 2018. Déjà à fin septembre, ce déficit a enregistré un allègement de 15,7% en s’établissant à -33,3 milliards de DH au lieu de -39,5 milliards de DH à la même période de 2018, selon l’Office des changes. Celui-ci précise que cette amélioration du solde courant provient principalement d’une hausse de 8,2 milliards de DH des excédents de la balance des services (cette balance étant structurellement excédentaire) et, subsidiairement, de l’atténuation du déficit de la balance des revenus primaires (celle-ci étant, en revanche, structurellement déficitaire). Le solde de la balance commerciale des biens, par contre, s’est dégradé de 3,9%, enregistrant un déficit de 156,8 milliards de DH au lieu de 150,8 milliards un an auparavant ; et ceci malgré la baisse de la facture énergétique de 4,5%, des produits bruts de 8,5%.

Sur le front de l’emploi, la situation paraît assez paradoxale. Mais quand on sait la faible corrélation entre croissance et création d’emplois au Maroc, le paradoxe cesse d’en être un. En effet, alors que l’activité en 2019 enregistre son plus bas niveau depuis 2000 – si l’on excepte encore une fois l’année 2016 – le nombre d’emplois créés au troisième trimestre dépasse les 140 000 postes nets. C’est beaucoup moins qu’en 2018 à la même période (201 000 emplois nets), certes, mais c’est nettement mieux que la moyenne des sept dernières années. En termes annualisés, l’économie marocaine a en effet créé, entre 2012 et 2018, une moyenne à peine supérieure de 47 000 emplois par an. Du coup, les 140 000 postes créés au troisième trimestre de 2019, on ne sait pas trop comment cela a été possible. Sauf ceci : les emplois créés l’ont été en totalité en milieu urbain, et c’est le secteur des services qui en est le principal pourvoyeur. L’agriculture et l’industrie, ayant, elles, au contraire, perdu des emplois. Mais tout cela n’a pas empêche que le nombre de chômeurs augmente (de 26 000 personnes), et que le taux de chômage grimpe légèrement à 9,4% au lieu de 9,3% un an auparavant.

Mais à y regarder de près, le niveau plutôt correct des emplois créés et la quasi-stabilité du taux de chômage ont une explication : la baisse du taux de sous-emplois. Cet indicateur est tombé à 9,1% au lieu de 9,6% à la même période de 2018. En valeur absolue, la population active en situation de sous-emploi a baissé de 52 000 personnes pour s’établir 969 000. En tenant compte de la définition du sous-emploi du BIT, le recul de cet indicateur signifie que des personnes ont dû accepter des emplois moins rémunérés, très peu, voire pas du tout adaptés à leur formation, ou encore des emplois où le nombre de travail est réduit.

Bref, l’année 2019, qui clôt la décennie 2010 moins bien qu’elle ne l’a commencée (voir graphe), est probablement…à oublier. Elle s’ouvre néanmoins sur 2020 où la situation devrait légèrement s’améliorer. Et les prévisionnistes sont à peu près unanimes là-dessus. La question cependant est de savoir quelle sera, dans cette amélioration attendue, la part revenant à l’augmentation de l’activité et celle provenant…de l’effet de base.

A fin septembre 2019, la dette du Trésor a atteint 743,4 milliards de DH contre 722,6 milliards à fin 2018 (+2,9%). Cet encours se répartit entre la dette intérieure pour un volume de 592 milliards de DH et la dette extérieure pour un montant de 151,4 milliards de DH, selon les indications du ministère de l’économie et des finances.
A cela, il faut ajouter le stock de la dette des établissements publics : 213,2 milliards de DH sur les neuf premiers mois de l’année. Ainsi, le total de la dette publique culmine à 956,6 milliards de DH à fin septembre.

Précisons que la dette des établissements publics est constituée pour l’essentiel de la dette extérieure : celle-ci s’affiche à 180,8 milliards de DH sur la période considérée, dont 71% sont garantis par l’Etat. La dette intérieure des établissements publics, d’un montant de 32,4 milliards de DH, est elle aussi garantie par l’Etat.