Hausse sensible des dépôts bancaires sur les cinq dernières années

La progression résulte en premier lieu de l’effort des ménages à épargner consécutivement à la hausse. Les dépôts à vue, en hausse de 7% à plus de 475 milliards de DH, ont généré la totalité de la croissance. Les comptes à terme et les bons de caisse sont en baisse.

Depuis trois ans au moins, les banques comptent de plus en plus sur les dépôts de la clientèle pour développer leurs ressources et ce, devant le repli des dettes envers les établissements de crédit et assimilés (avances de la Banque centrale) et le recours de moins en moins marqué aux dettes obligataires (certificats de dépôts). A fin novembre 2016, les dépôts ont dépassé 830 milliards de DH, en hausse d’environ 5% par rapport à novembre 2015. Ce volume n’a cessé de s’apprécier sur les 5 dernières années, passant de 677 milliards de DH en 2011 à 820 milliards en 2015, soit 20,1% de croissance sur toute la période.

«Cette progression assez significative des dépôts est à lier en premier lieu à l’effort des ménages d’épargner sur fond de hausse relative des revenus amorcée depuis 2010», note une source à la Banque Populaire. Parmi les différents agents économiques, les particuliers et MRE (selon la dénomination de Bank Al-Maghrib) ont vu leurs dépôts augmenter de 8% à fin novembre, à environ 625 milliards de DH. Les entrepreneurs individuels contribuent à cette manne, mais dans une moindre mesure. Leurs dépôts sont en légère hausse de 3,2%, à 31,3 milliards de DH. Les entreprises non financières privées, affichent, elles, une quasi-stagnation (+0,3%) avec un encours de 154 milliards de DH. Le secteur public, pour sa part, voit ses dépôts décrocher de 22,4% (16,6 milliards) et les sociétés financières de 0,5% (71,5 milliards).

Le rythme d’ouverture des agences du secteur bancaire ne faiblit pas

Un responsable de BMCE Bank of Africa ajoute que devant des alternatives de placement très limitées, déposer son argent auprès des banques reste le choix de la majorité. Il explique, en substance, que les contre-performances du marché boursier et les turbulences sur le secteur immobilier sur les dernières années ont fini par décourager plusieurs gros déposants qui migrent vers les dépôts à terme et les SICAV.

De plus, l’effort de bancarisation contribue clairement à la tendance à la hausse des dépôts, «bien qu’ils soient encore nombreux à choisir de garder leur argent chez eux», nuance un directeur de banque. Selon les derniers chiffres de Bank Al-Maghrib, 71% de la population détient aujourd’hui un compte bancaire contre 68% en 2015 et 64% en 2014. «Nous avons ouvert quelque 450 000 comptes en 2016, soit le stock des comptes d’une banque moyenne. Devant la saturation des villes, nous sommes allés chercher des dépôts dans des patelins éloignés», affirme Rédouane Najmeddine, président du directoire d’Al Barid bank qui ajoute que les dépôts de son établissement ont augmenté de 4,5 milliards de DH cette année, soit +7%.

Autre adjuvant : le rythme d’ouverture des agences du secteur bancaire ne faiblit pas. Leur nombre atteint aujourd’hui 6 240 contre 6 140 en 2015 et 5 915 en 2014. Toutes les banques de la place sont en train d’étendre leur présence à l’ensemble du territoire dans leur course aux parts de marché. Pas que cela! «Les produits novateurs incorporant de nouvelles technologies et le mobile banking boostent significativement les chiffres des dépôts», remarque M. Najmeddine. La majorité des banques de la place ont aujourd’hui une offre de mobile banking rendant les opérations bancaires très simples et en temps réel, sans besoin de se déplacer. «Hormis le fait de collecter des dépôts, tout l’enjeu est de faciliter l’accès à cet argent et de donner la possibilité au client d’en disposer aussi facilement qu’il l’a déposé», commente un cadre à Attijariwafa bank.

Les DAT moins prisés à cause de la réduction des besoins de liquidités

D’autres sources du secteur bancaire estiment que l’entrée de nouveaux opérateurs sur le marché, notamment CFG Bank, participe également à cet effort de collecte. «La banque, en activité depuis plus d’un an, est très agressive dans la collecte de dépôts et dans la distribution des crédits immobiliers», informe un opérateur.

Cela dit, les dépôts à vue, en hausse de 7% à plus de 475 milliards de DH, sont à l’origine de la bonification des sommes déposées auprès des banques. A l’opposé, les comptes à terme et les bons de caisse (165 milliards) sont en baisse de 2%. Selon les observateurs, plusieurs banques ne veulent plus des dépôts à terme pour des raisons d’optimisation des coûts des ressources, confortées par un contexte de réduction des besoins de liquidités. D’autant plus qu’elles peuvent se financer sur le marché interbancaire à des taux bien meilleurs que ceux accordés aux déposants (le coût moyen des ressources est en baisse de 10,5% en un an). A ce titre, les statistiques du GPBM à fin août 2016 démontrent que les banques à capitaux français, en l’occurrence la Société Générale (-18%), Crédit du Maroc (-22%) et BMCI (-10,4%), ont laissé filer des parts de marché sur les DAT, alors qu’elles faisaient facilement miroiter des taux très alléchants à la clientèle auparavant. «Nous avons reçu à maintes reprises des instructions de la direction générale pour rester fermes sur nos positions de départ dans les négociations des taux», résume le directeur.

La structure des dépôts est restée globalement stable sur les trois dernières années. Les dépôts libellés en dirhams représentent 97,8% du total et ceux en devises 2,2% (ces derniers se sont appréciés de 63% en 2014 sous l’effet de l’opération de contribution libératoire au titre des avoirs et liquidités détenus à l’étranger). Près de 58% sont des dépôts à vue, 22% à terme et 17% des comptes d’épargne. A fin août 2016, Banque Populaire, Attijariwafa bank et BMCE Bank continuaient de dominer le secteur. Ces banques récoltent les fruits de leur réseau commercial étoffé. Elles détiennent en effet les deux tiers des agences au niveau national. Banque Populaire porte sa part de marché à 27,2% contre 25% pour Attijariwafa bank. BMCE Bank est à 14,3%, Crédit Agricole 7% et Société Générale 6,9%. Vient ensuite Al Barid Bank avec une part de près de 5,7%. Ces deux dernières années, la Banque postale est passée devant BMCI, Crédit du Maroc et CIH Bank qui ont respectivement 5%, 4,7% et près de 2,9% de parts de marché.