Hausse inévitable des prix des produits en acier

En quatre mois, les prix à l’international sont passés du
simple au double.

L’augmentation des cours de l’acier sur le marché international met en ébullition les industries métalliques et métallurgiques locales. Entre novembre 2003 et mars 2004, les prix d’approvisionnement sont passés du simple au double. Pour illustration, Ramon Fernandez, directeur général d’Industube, rapporte que le prix du type d’acier acheté par son entreprise est passé de 330 à 620 dollars la tonne dans cet intervalle. Plus inquiétant : la hausse s’est accéléré les deux derniers mois. Les cours ont grimpé en moyenne de 100 dollars par mois. De son côté, Eric Cecconello, DG de Delattre Levivier, qui s’approvisionne sur le marché européen, avance que la tonne s’est renchérie de près de 200 euros entre fin décembre 2003 et aujourd’hui, passant d’un prix de 380 à 400 euros, à un prix de 650 à 680 euros. Comme l’entreprise consomme 10 000 tonnes d’acier chaque année, le poste matières premières pourrait augmenter de 22 MDH en 2004, estime-t-il. Ceci aura un impact négatif sur le résultat d’exploitation de l’entreprise.
Les professionnels avancent plusieurs raisons à cette flambée des cours. Tout d’abord, la croissance de l’économie asiatique notamment chinoise implique une croissance de la consommation d’acier. Comme les capacités sidérurgiques installées de par le monde ne sont pas très élastiques, ceci crée une pression sur les cours, d’autant plus que les usines européennes ont réduit leur offre avec des fermetures de sites de production lors des deux dernières décennies.
La deuxième raison réside dans la baisse du cours du dollar qui induit un réajustement des prix, notamment pour les producteurs de l’Europe de l’Est, dont la Russie.
Enfin, la troisième explication est relative aux préférences actuelles d’investissement des fonds de pension américains friands de placements sur les marchés de matières premières. Ceci entraîne des tendances à la hausse des cours dont le fer qui est un intrant de l’acier, mais également pour d’autres produits comme le cuivre, le chrome ou le zinc.
Sur le marché local, les répercussions de cette flambée des prix deviennent perceptibles. Selon son directeur général, Industube, entreprise produisant des tubes en acier pour des utilisations diverses comme les conduites d’eau dans le bâtiment, les constructions métalliques ou encore les pompes à eau dans l’agriculture, a augmenté ses prix de vente sur le marché local de 10 % le 1er février 2004, de 8 % le 1er mars. Une troisième hausse est programmée pour le 1er avril, mais le taux n’est pas encore fixé. Toutefois, l’entreprise rencontre des difficultés à appliquer ces nouveaux prix en raison, d’une part, de la concurrence de l’informel et, d’autre part, de la faible croissance relative de l’économie marocaine qui a du mal à absorber des hausses aussi brutales. Abdelhak Mounir, président de la Fimme (Fédération des industries métalliques métallurgiques et electriques), confirme : «Les renégociations de prix sont difficiles dans un marché morose.»

Les industriels locaux se rattrapent sur les exportations de produits finis

Ceci n’empêchera pas Delattre Levivier, qui produit des ensembles industriels, de vouloir revoir les contrats avec ses clients. Cette tâche s’avère difficile pour les responsables de l’entreprise, surtout lorsqu’on a l’Etat pour client. En effet, dans le cadre des marchés publics, les prix des intrants sont généralement calculés suivant des index internationaux, mais ces derniers ont du mal à suivre les hausses brutales des cours. Pour ne rien arranger, les commandes ont baissé parce que les investisseurs marocains préfèrent repousser leurs décisions d’achat, dans un climat de hausse des prix.
Toutefois, sur le marché export, les entreprises sont réconfortées par un regain d’activités. Industube remarque que ses commandes, au 15 mars 2004, dépassent de 30 % celles enregistrées à la même période de l’année dernière. Il en est de même pour Maghreb Steel qui consacre depuis cette année les deux tiers de sa production à l’export. Cependant, Marc Winkel, directeur export de cette entreprise, précise que l’entreprise ne profite pas réellement de la hausse des prix à l’export du produit fini du fait, justement, de la hausse des prix de la matière première, même si un léger gain est enregistré aujourd’hui grâce aux stocks qui avaient été constitués lorsque le niveau des prix était moins élevé.
Par ailleurs, la hausse des prix des matières premières est accentuée par une hausse du coût du fret, estimé par les professionnels à 20 % au cours de ces premiers mois 2004. Ce renchérissement du fret est expliqué par deux phénomènes : la pression exercée par la demande de transport chinoise et l’entrée en vigueur des nouvelles normes de transport maritime qui ont écarté de la circulation plusieurs navires, ce qui réduit d’autant les capacités.
Ce renchérissement des prix, à la fois des matières premières et du fret, aura des répercussions sur d’autres secteurs locaux dont l’immobilier ou encore les produits agroalimentaires à travers l’emballage métallique. Devant une telle situation, une hausse généralisée des prix n’est pas à écarter, redoutent les professionnels