Habitat en milieu rural : l’Exécutif change son fusil d’épaule

Plutôt que de proposer des produits standardisés aux ménages ruraux, le ministère de l’habitat leur fournira désormais une aide financière pour mettre à niveau le logement qu’ils occupent déjà. L’appui sera financé par le Fonds Solidarité Habitat.

Le ministère de l’aménagement du territoire, de l’habitat, de l’urbanisme et de la politique de la ville change d’approche pour traiter la problématique du logement dans le milieu rural. Les politiques en la matière se succèdent depuis la fin des années 60 sans produire de résultats probants. Celles-ci ont consisté dans les grandes lignes en la programmation de la construction de logements à prix très abordables ou encore la réalisation de lotissements d’habitats spécialement étudiés (programme habitat rural, stratégie d’urbanisation en milieu rural…). «Autant d’approches standardisées qui s’adaptent mal aux spécificités du milieu rural», estime aujourd’hui le ministre de l’habitat, Nabil Benabdellah. L’on ne peut en effet généraliser des actions dans ce milieu très diversifié (en termes de situation géographique, de système de production agricole…), détaille le ministre. Qui plus est, les ménages ruraux sont peu réceptifs aux produits standardisés.

Le logement collectif n’attire pas du tout et les lotissements sont coûteux par rapport aux niveaux de revenus des ménages ruraux, selon les constats du ministère. Partant de tout cela, le département est aujourd’hui convaincu que la démarche la plus indiquée est d’améliorer le cadre qu’occupent déjà ces habitants. Cela va dans le sens d’une démarche déclinée par les pouvoirs publics depuis 2004 qui consiste à apporter aux ménages ruraux les plus démunis une assistance à titre gracieux pour l’élaboration de leurs plans architecturaux et béton armé. A cet appui qui sera d’ailleurs renforcé dans les années à venir (voir encadré) s’ajoutera donc sous peu l’effort global envisagé pour l’amélioration du cadre bâti des ménages ruraux. La démarche consistera en priorité à améliorer les conditions d’habiter des ménages en traitant entre autres l’étanchéité, l’isolation, ou encore en dotant ces logements de cuisines équipées, de sanitaires, chauffe-eau solaire… Bien sûr, le milieu rural ne manque pas que de logement, celui-ci vient même en dernier parmi tous les besoins établis par les diagnostics des pouvoirs publics. Le manque se ressent plutôt au niveau des activités génératrices de revenus et de l’infrastructure de base. Ainsi, les interventions envisagées visent aussi à qualifier les centres ruraux pour mieux promouvoir leurs activités principales. «Dans le cadre d’une expérience pilote lancée à Aït Bouguemaz dans la province d’Azilal pour roder la nouvelle démarche, des pièces ont été rajoutées aux logements traités afin de permettre aux propriétaires de les louer aux touristes», apprend-on ainsi auprès du ministère de l’habitat. Un dernier axe d’intervention porte sur le désenclavement des communes rurales, et ce, en améliorant l’état des routes liant les douars ainsi que les voies d’accès aux services publics (dispensaires, écoles…).

Le ministère veut privilégier le savoir-faire et les matériaux locaux

Dans toutes ces interventions, le ministère dit vouloir privilégier le savoir-faire local en veillant d’abord à solliciter la main-d’œuvre disponible sur place pour mener les interventions prévues sur le cadre bâti. Il s’agit aussi de privilégier l’utilisation des matériaux locaux dans une logique de respect de l’identité architecturale locale. Reste la question cruciale du financement de ce programme. Le ministère a déjà réglé ce point puisqu’il s’agira de piocher dans le Fonds solidarité habitat et intégration urbaine (FSHIU). «Ce fonds appuie déjà les occupants des bidonvilles, entre autres, qui parviennent grâce à un appui financier à accéder à des conditions de logement plus décentes. Pourquoi ne pas fournir le même appui aux ménages ruraux», raisonne simplement le ministre de l’habitat. Il va de soi que le ministère demandera aussi à d’autres intervenants concernés de lui prêter main forte dans ses interventions, qu’il envisage comme une démarche partenariale avec des engagements déterminés pour chacun.

Le ministère de l’habitat veut passer à la vitesse supérieure sur le programme d’assistance architecturale en milieu rural, mis en place depuis 2004. Celui-ci fournit actuellement une aide gratuite aux ménages ruraux démunis pour élaborer leurs plans béton armé et architecturaux. L’idée à présent est d’élargir, sur les 5 prochaines années, son offre à des zones d’aménagement progressif (lotissements ruraux munis au départ d’équipements sommaires qui sont développés au fur et à mesure de la valorisation), des études de restructuration des douars, des chartes architecturales et paysagères, ainsi que des études prospectives concernant les zones urbanisables en prévention contre les catastrophes naturelles (tremblements de terre, inondations…). Le programme dans sa nouvelle version devrait s’appuyer sur un co-financement des douze conseils, des régions. Quatre conventions ont été signées dans ce sens au niveau des régions de Fès-Meknès, Khénifra-Béni Mellal, Souss-Massa ainsi que Draâ-Tafilalet. Deux autres conventions sont en phase de signature, à savoir Oued Eddaheb-Lagouira ainsi que Marrakech-Safi.