Grippe aviaire : 4 ans après l’alerte, l’Etat ne baisse pas la garde

Mort suspecte de dindonneaux à Sidi Rahal : plus de peur que de mal.
125 MDH dépensés en achat d’équipements et de vaccins.
30 MDH réservés pour indemniser les éleveurs en cas d’abattages forcés.
Le Maroc vient de bénéficier d’un don de 800 000 dollars pour mettre en place un système d’information.

La peur due à la grippe aviaire n’est plus aussi intense qu’il y a quatre ans. Néanmoins, les autorités chargées du plan de vigilance n’ont pas baissé la garde, parce que la menace reste présente. Aucune piste n’est à négliger, semble-t-il. Ainsi, il y a trois semaines, des morts suspectes de dindonneaux à Sidi Rahal ont mobilisé les services de la direction de l’élevage.

Mais après des investigations épidémiologiques et cliniques, ils ont conclu que le phénomène n’avait rien à voir avec la grippe aviaire, mais provoqué par une bactérie appelée «pasteurellose aviaire».

Elaboré il y a plus de trois ans, le plan de vigilance est, rappelons-le, géré par un comité interministériel qui avait tenu sa première réunion le 5 septembre 2004. Cette instance élabore des plans, mobilise les fonds et informe le public. Mais sur le terrain, c’est un poste de commandement central où sont représentés les ministères de l’agriculture et de la santé, le Haut commissariat aux eaux et forêts, la Protection civile et l’inspection du service de santé militaire qui est en première ligne.

Chaque région dispose d’un poste où les représentants des différentes administrations concernées se réunissent quotidiennement pour la récolte et l’examen des informations collectées sur chaque territoire.

Dès le départ, un premier budget de 120 MDH avait été dégagé pour financer essentiellement l’achat de nouveaux équipements pour les laboratoires de Tanger, Casablanca, Rabat et Agadir. Auparavant, le résultat des analyses et prélèvements ne pouvait être connu que 14 jours plus tard, alors qu’avec les nouveaux équipements de «réaction en chaîne de polymérases» on est fixé au bout de quelques heures.

L’Etat avait également débloqué 5 MDH pour l’achat de 10 millions de doses de vaccin animal destiné à réduire la propagation de la grippe en cas de déclaration d’infection d’une zone, sans compter les équipements de protection pour le personnel médical chargé de la prévention et appelé à prendre en charge les éventuels malades.

1 200 doses de vaccin pour les animaux des zoos
Pour les ressources humaines et les moyens matériels, chaque ministère impliqué avait réaménagé une partie de son budget pour faire face à l’état de crise qui avait caractérisé le moment. Par exemple, explique Hamid Benazzou, directeur de l’élevage au ministère de l’agriculture, «le département a mobilisé 10 MDH supplémentaires et constitué une réserve de 20 millions pour le fonds d’indemnisation au cas où on serait amené à mener des actions d’abattage.

Mais il est difficile d’avoir une estimation exacte de ce que le pays a mis dans toute l’action de lutte essentiellement de prévention et de surveillance». Par exemple, ce ministère a dû recruter 20 vétérinaires pour renforcer le dispositif de veille et de surveillance épidémiologique.

Il a fallu également renforcer le dispositif de surveillance des frontières et assurer la formation du personnel… Petit fait anecdotique, tous les oiseaux des zoos ont été vaccinés. Rien qu’à Rabat, cela a nécessité 1 200 doses de vaccin fournies par la direction de l’élevage sans compter le personnel déployé.

Des analyses moins nombreuses mais plus pointues
Le Haut commissariat aux eaux et forêts a, lui aussi, dû revoir toute sa stratégie pour contribuer efficacement à la surveillance des zones humides au moment de la migration des oiseaux (octobre/décembre et février/mars).

Alors qu’il se contentait du comptage et de la protection des réserves contre la chasse illicite, il a fallu qu’il réoriente son action sur la quarantaine de zones humides recensées où 80 personnes ont été déployées.

Et comme l’explique Mohamed Ribbi, responsable au niveau du Commissariat, «au départ, toutes les morts d’oiseaux étaient systématiquement signalées donnant lieu à des actions de prélèvements et d’analyses coûteuses et inutiles. M. Ribbi se rappelle d’ailleurs qu«’on avait soumis à l’examen des oiseaux morts de froid. Aujourd’hui, les techniciens ont été formés et ils sont mieux équipés en matériel d’observation notamment ». C’est ainsi qu’on est passé de 3 000 analyses en 2005/ 2006 à 200 à peine en 2008, sachant que chaque opération du genre coûte 700 DH.

Il est, donc, clair que les différents départements associés au dispositif ont amélioré leurs compétences et leur approche et même opéré une mise à niveau forcée. Et ce n’est pas pour rien, commente Hamid Benazzou, que le Maroc fait partie du réseau de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour le suivi et la surveillance de la région en matière d’influenza aviaire.

Il vient de recevoir un don de 800 000 dollars (6,2 MDH) de l’Organisation mondiale de la santé animale pour se doter d’un système d’information.