Gharb : le contrat programme dope le renouvellement du verger agrumicole

Un investissement de 15 000 DH/ha, rien que pour l’arrachage, les plans et l’aménagement du sol.
Les exploitants souhaitent que l’Etat prenne en charge une partie du coût de l’énergie.
30 000 hectares renouvelés et 20 000 nouveaux d’ici 2018 pour un investissement de 9 milliards de DH.

L’agrumiculture a le vent en poupe au Maroc. Portée par un contrat programme signé entre l’Etat et les professionnels en avril 2008, les projets de renouvellement (30 000 ha) ou d’extension (20 000 ha) du verger, soit 50 000 ha d’ici 2018, sont en cours de réalisation. Le montant de l’investissement prévisionnel est de 9 milliards de DH, dont les 2/3 sont à la charge des exploitants et le reste financé par l’Etat.
C’est dans la région du Gharb que le programme semble se déployer le mieux et le plus rapidement. Une virée dans la zone permet de le constater de visu.
Mohamed Lahraoui, représentant de l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (Aspam) dans le Gharb, observe l’engouement des professionnels pour ce programme et affirme même qu’au rythme actuel des réalisations, les prévisions seront certainement dépassées et de loin.
Jawad Loudini qui supervise un domaine de 287 ha, à quelques encablures de Mechraâ Belksiri, parle volontiers du programme d’extension qu’il mène sur le terrain. Déjà en 2006, ce sont quelque 46 ha qui avaient été plantés, soit un investissement de 690 000 DH. La subvention était alors de 7 800 DH par ha. Une pause a ensuite été observée en 2007 et 2008. Il a fallu attendre 2009 pour procéder à la plantation de 18 ha supplémentaires prélevés sur les 110 ha dédiés aux céréales, surtout après les inondations qui avaient provoqué la destruction de toutes les cultures et une perte estimée à 2,3 MDH. Même si les prix de vente ont été intéressants (autour de 3 DH/ kg pour la clémentine et 1,50 DH pour l’orange), les deux dernières années ont été éprouvantes pour l’exploitation qui, durant une bonne campagne, réalise un chiffre d’affaires compris entre 700 et 800 MDH avec un effectif composé de 70 ouvriers et six cadres.

Un système de protection sociale pour les plus de 60 ans est souhaité

Les contraintes climatiques ont été si durement ressenties que même l’achat d’un tracteur (le domaine en possède déjà 8) d’un coût de 260 000 DH a été reporté sine die. Surtout que l’équipement de la propriété en goutte-à-goutte, effectué seulement en 2008, a plombé les finances de l’exploitation.
Jawad Loudini explique que sans l’aide publique, la mise en œuvre du programme d’investissement aurait tout simplement été impossible. Il déplore néanmoins la lenteur avec laquelle la subvention est versée. Cela n’empêche pas, explique-t-il, la programmation pour 2012  d’un projet d’extension portant sur 25 à 30 ha.
Même son de cloche chez Aziz El Hassan, exploitant de taille plus modeste puisque l’ensemble de sa ferme recouvre 30 ha. Lui, il a hérité du terrain de son père. Quand il a repris les choses en main en 1999, il n’y avait pas encore de subvention. Il a dû commencer timidement, mais il a tout de même choisi le système d’irrigation au goutte-à-goutte généralisé aujourd’hui à l’ensemble de l’exploitation hormis 4 ha restants encore à équiper. Aujourd’hui, il s’est lancé dans le renouvellement de 20 ha de vergers et il estime que l’investissement est de l’ordre de 15 000 DH/ha rien qu’entre arrachage, le travail de la terre et les plants (un plant certifié coûte entre 20 et 22 DH). Il cultive aussi l’olivier (quelque 70 arbres) mais uniquement pour la consommation personnelle et familiale. Aziz El Hassan déplore au passage qu’en tant que propriétaire terrien et agriculteur, il ne trouve aucun recours pour avoir une protection sanitaire alors que ses ouvriers, eux, bénéficient d’une mutuelle et de la retraite. Il a pourtant cherché à le faire, «mais, dit-il, aucun assureur ne dispose d’une protection pour les particuliers, au-delà de 60 ans».
Il déplore aussi que l’on accepte l’idée de subventionner le renouvellement et l’extension du verger mais que l’Etat n’a jamais songé à financer une partie du coût de l’énergie qui, elle, décourage l’investissement et dissuade les agriculteurs à aller dans le sens de l’économie de
l’eau. «Comment voulez-vous convaincre l’agriculteur de quitter les systèmes traditionnels, avec tout le gaspillage d’eau qu’ils occasionnent, alors que le coût du raccordement au réseau est tout simplement hors de portée de l’agriculteur moyen !» , s’interroge-t-il.

La contribution de l’Etat jugée insuffisante

Dans le Gharb, il n’y a pas que les fermes et les domaines déjà existants qui investissent dans le renouvellement et l’extension du verger agrumicole. Une partie des terres, notamment celles de Sodea/Sogeta, est également intégrée dans cette dynamique. Le groupe Kabbage a renouvelé un verger sur 260 ha, équipé avec les technologies les plus modernes. Bourachdi Younès qui gère la toute nouvelle concession du groupe dans le Gharb explique la démarche : «Le domaine a été divisé en deux parties, l’une pour la production d’agrumes et l’autre pour la production de plants certifiés, avec une pépinière qui produit 400 000 plants par an».
Si le gérant du domaine Kabbage rechigne à donner le coût total de l’investissement de cette exploitation qui entre dans sa première année de production, il confirme largement la forte demande sur les plants. Par contre, quand on lui parle de la subvention dont le domaine bénéficie comme tout le monde, il explique qu’«avec la qualité des équipements que nous avons choisis, elle ne couvre que 40 à 50% des frais réellement occasionnés. En effet, les plafonnements introduits dans les différentes catégories de dépenses nous pénalisent, en excluant une partie de nos dépenses réelles et effectives». Mais c’est toujours mieux que rien !