Gares nouvelle génération : les commerçants parient sur l’avenir

Les gares nouvelle génération abritent des enseignes de restauration, de prêt-à-porter et des commerces de proximité. Certains gérants se plaignent de la cherté du loyer et du taux de fréquentation. L’association des commerçants de Casa Port et l’ONCF sont en pourparlers pour améliorer les conditions d’exploitation.

L’Office national des chemins de fer (ONCF) a lancé en fin février un avis d’appel à la concurrence pour la commercialisation des locaux commerciaux de la gare «nouvelle génération» d’Oujda dont l’ouverture est prévue pour juin 2016. Celle-ci fait partie d’un programme qui inclut les gares de Rabat Agdal (juin 2018), Rabat Ville (septembre 2018), Casa Voyageurs, Kénitra et Tanger (prévues pour juin 2018) et Meknès.

Cet ambitieux programme de rénovation a été mis sur pied en 2003. Aujourd’hui, les gares nouvelle génération opérationnelles sont Casa Port, Rabat Ville -en cours de restauration-, Marrakech, Fès, Mohammédia, Salé-Ville et Nador. Leur particularité est qu’elles comptent plus de 1 000 m² de surface commerciale sous forme de galerie marchande orientée voyageurs et chaland. Cet espace offre une nouvelle expérience aux enseignes (prêt-à-porter et café-restauration) habituellement implantées dans les grandes artères et récemment dans les centres commerciaux.

Selon le cabinet immobilier CBRE ayant accompagné l’ONCF dans la commercialisation des locaux commerciaux de Casa-Port, ces galeries commerciales sont destinées à des projets qui se développent en réseau. «Un commerce, pour qu’il soit viable, a besoin d’une marque forte. C’est la raison pour laquelle plusieurs enseignes locomotives qui drainent du flux sont présentes dans cette gare dotée d’une situation centrale», explique-t-on auprès de CBRE. Reste à savoir si les commerces sont rentables.

Précisons d’abord que l’attribution des locaux se fait par appel d’offres. Les adjudicataires signent «une convention d’occupation temporaire du domaine public qui peut aller jusqu’à 20 ans», apprend-on auprès de l’ONCF. Le loyer mensuel est fixé en fonction de la superficie, des gares, des activités et de l’emplacement de chaque commerce. Au demeurant, les conditions sont claires. Néanmoins, plusieurs patrons d’enseignes installées dans ces espaces, des restaurateurs en particulier, estiment que les charges locatives constituent un handicap à leur développement, voire à la rentabilité du business. Ils étayent leurs propos en mettant sur la balance «une timide fréquentation», alors que rien que pour Casa Port, l’office avance un flux annuel de 7,4 millions de voyageurs par an, ce qui correspond à environ 20 000 par jour. «Il faut savoir que cette gare est fréquentée également par des visiteurs autres que les voyageurs, vu son offre», selon l’ONCF. «Ceux qui fréquentent les gares sont des voyageurs pressés et se dirigent rapidement vers les quais pour éviter de manquer leur train ou quittent la gare dès leur arrivée», rétorque un gérant de magasin qui ne perd pas espoir de les voir plus animées «avec le TGV relié au tramway ou au RER comme en France».

Les clients non voyageurs sont aussi cliblés

Il est vrai que des commerces ont bien fermé dans certaines gares, ou essaient de résister en attendant mieux. Mais d’autres, à l’instar des enseignes d’habillement, s’en sortent plus ou moins bien. Selon un vendeur de City Sport, enseigne d’habillement sportif qui s’est offert un grand magasin de 1 000 m2 au sous-sol de Casa-Port, l’activité est certes saisonnière (ndlr: les ventes augmentent fortement pendant les période de soldes), mais sur l’ensemble de l’année, les réalisations sont correctes. Marwa, une marque de mode dédiée aux femmes, a, elle, choisi un business model particulier. «La plupart de nos clients sont des voyageurs originaires de Rabat et Kénitra. Ils cherchent des articles qu’ils ne trouvent pas forcément dans les magasins Marwa de leur ville. Notre force de frappe réside également dans le large choix offert dans ce magasin de Casa-Port, d’autant plus que la politique du groupe est axée sur un arrivage chaque jour. Notre chiffre d’affaires est très satisfaisant, surtout pendant les week-ends et les fêtes», explique un responsable de magasin.

Karim Tazi, PDG de Folly Fashion, société propriétaire de l’enseigne Marwa également présente à Mohammédia et Salé, n’est pas moins satisfait. «La qualité des gares de l’ONCF s’améliore et permet d’embellir le paysage commercial du Maroc. Si les conditions économiques sont intéressantes, nous continuerons à s’y implanter. D’ailleurs, nous avons vocation à nous installer dans ce type de galeries», confie-t-il. A propos de la rentabilité, M. Tazi s’abstient de se prononcer, mais souligne la nécessité de «trouver des équilibres économiques». Malgré tout, «les projets de l’ONCF ont de l’avenir», dit-il. Encore faut-il être patient.

En tout cas, à Casa-Port, les commerçants ne veulent pas céder à la fatalité. Ils se sont constitués en association pour formuler leurs doléances à l’ONCF. Parmi leurs revendications figure la révision à la baisse des loyers. Mais pas seulement ! «Il y a un manque de signalétique dans la gare sans parler d’autres carences en termes de marketing et communication telles les actions d’animation qui se font rares dans la gare, et ce, malgré le paiement d’une taxe d’animation par toutes les enseignes», souligne un membre qui relève tout de même que l’office est ouvert au dialogue. «Nous sommes en pleine négociation pour corriger les anomalies», fait-il savoir.