Francis Hounnongandji : «Il faut se donner les moyens de connaître ses vulnérabilités à  la fraude»

Francis Hounnongandji Président de l’ACFE France. La certification Certified Fraud Examiner est aujourd’hui reconnue comme l’étalon-or dans le domaine de la gestion des risques de fraudes.

Quels enjeux pour la gestion des risques de fraude dans les organisations ?

De la récente crise économique et financière qui continue de faire des ravages, à la mauvaise performance endémique d’entreprises et offices d’Etat dans de nombreux pays, d’innombrables exemples illustrent à quel point la fraude et les comportements non éthiques peuvent être dévastateurs pour les entreprises, l’économie ainsi que pour leurs dirigeants. Or, depuis quelques années, ces carences et dysfonctionnements coïncident de plus en plus avec une exigence citoyenne élevée attestant d’une forte demande en termes de gouvernance et en réponse, un durcissement des lois et régulations relatives à la gouvernance. Les risques financiers, économiques, judiciaires et en termes de réputation augmentent de façon exponentielle. Cette situation accroît considérablement les responsabilités de gestion des risques de fraude et des risques éthiques pour les dirigeants et mandataires sociaux. 

Généralement, quelles sont les fraudes constatées au niveau des entreprises ?

Les entreprises peuvent être victimes d’une très grande variété de fraudes internes et externes. En termes de fraudes internes, de loin les plus nombreuses, nous distinguons trois grandes catégories : les détournements d’actifs, la corruption et les déclarations frauduleuses (y compris les fraudes comptables et financières). Les fonctions approvisionnement, achats et gestion des stocks, la comptabilité et la finance, et les ressources humaines et la paie sont les plus à risque. En termes de fraudes externes, les entreprises sont de plus en plus victimes des cyber-attaques, des actes de pillage ou de détournement de propriétés intellectuelles, et d’escroqueries, notamment sur des virements frauduleux. Ces derniers ont fait des ravages en France ces trois dernières années avec des impacts unitaires dépassant parfois la dizaine de millions d’euros ! Il faut aussi ajouter le noyautage des processus de production des lois, des réglementations et des normes dans la catégorie de fraudes organisationnelles.  

Existe-t-il une typologie d’entreprises fraudeuses ?

Les structures ou les outils (notamment les ordinateurs) ne commettent pas par eux-mêmes des fraudes : ce sont les personnes qui pourraient s’adonner à des actes frauduleux. En conséquence, les typologies récapitulées concernent les schémas de fraudes. Nous avons récapitulé des signaux d’alerte de risque élevé de fraudes couvrant aussi bien les profils de fraudeurs potentiels que les caractéristiques organisationnelles de vulnérabilité. 

Quels sont les moyens que les entreprises peuvent mettre en place pour gérer les risques de fraudes ?

On ne peut gérer que des risques qu’on a identifiés. Il faut donc d’abord se donner les moyens de connaître ses vulnérabilités à la fraude. Sans quoi, on prête le flanc à des crises profondément déstabilisantes pour les entreprises et leurs dirigeants. Il faut aussi une équipe bien formée sur ces thématiques pour éviter des improvisations coûteuses économiquement, financièrement, judiciairement et en réputation. Ensuite, les politiques, dispositifs et mécanismes de contrôles anti-fraude peuvent être déployées de manière efficace et efficiente. Le développement d’une culture d’entreprise saine, soutenue par l’exemplarité des dirigeants reste un ingrédient clé de succès. 

L’ACFE a mis en place un programme de formation et de certification en matière de lutte contre la fraude. En quoi consiste-t-elle ? 

La certification Certified Fraud Examiner est aujourd’hui reconnue par les spécialistes et de nombreuses institutions gouvernementales et des entreprises de par le monde comme l’étalon-or dans le domaine de la gestion des risques de fraude. L’examen est un processus rigoureux testant la connaissance des candidats dans tous les domaines de l’analyse de fraudes, à savoir la typologie des transactions frauduleuses, les techniques d’investigation, les éléments légaux liés à la fraude, les techniques de prévention et de dissuasion de la fraude. Les CFE doivent suivre une formation continue dans leurs domaines de compétence et adhérer au code d’éthique professionnelle du CFE.  

A qui s’adresse-t-elle ?

La certification s’adresse aux professionnels qui ambitionnent une connaissance avancée et une réelle crédibilité nationale et internationale dans le domaine de la gouvernance et la gestion des risques de fraudes : les contrôleurs, les auditeurs, les inspecteurs, les commissaires aux comptes, les agents de contrôle et d’investigation dans les administrations publiques et les organisations internationales. n En général, dans quelles activités retrouve-t-on les Certified Fraud Examiners ?Les CFE exercent une large gamme d’activités, notamment la comptabilité, le contrôle, l’audit, le conseil, l’investigation de fraudes et la sécurité. Ils mènent des investigations sur les allégations de fraudes, recommandent des systèmes de contrôle anti-fraude, accompagnent la résolution de litiges financiers, interviennent en tant qu’experts judiciaires en matière d’investigation financière ou d’évaluation de dommages économiques et financiers, etc. Les études de l’ACFE montrent que les CFE gagnent en moyenne 17 à 25% de plus que des non-certifiés dans des postes similaires.

Les entreprises marocaines sont-elles sensibilisées à cette démarche ?

 La prise de conscience de la nécessité et des avantages d’une spécialisation sur cette problématique s’améliore au Maroc. Un nombre croissant de dirigeants commencent à réaliser que la fraude doit être gérée comme n’importe quel autre risque. Il ne s’agit pas d’une croisade morale mais d’une approche stratégique et pragmatique de faire face à une réalité des affaires, la première étant le devoir des dirigeants de protéger les actifs de l’organisation dont ils ont la charge.  

Avez-vous formé des managers sur cette problématique au Maroc?

Un grand nombre de contrôleurs de l’Office chérifien des phosphates (OCP) ont déjà suivi une formation et certains sont engagés dans le processus de certification. Une session internationale de certification a déjà eu lieu à Casablanca cette année. La deuxième session de formation et de certification est prévue du 1er au 5 juin et du 14 au 18 septembre à l’hôtel Kenzi Tower à Casablanca.