Forum Crans Montana de Dakhla, un pan convaincant du soft power marocain

Pas moins de 1000 personnalités influentes issues de 113 pays ont assisté à la 4e édition du Forum Crans Montana. Le forum est aussi un laboratoire de recherche pour l’Afrique de demain et les grands problèmes de l’heure.

Anciens chefs d’Etat et de gouvernement, diplomates, ministres, représentants d’organisations internationales, parlementaires, maires, lobbyistes…, un parterre de décideurs venus des quatre coins du globe se sont donné rendez-vous au Forum Crans Montana (FCM) organisé du 15 au 20 mars à Dakhla sous le thème: «L’Afrique et la coopération Sud-Sud, le rôle structurant du Maroc aux niveaux régional et international». Cette quatrième édition de ce rendez-vous mondial a réuni pas moins d’un millier d’invités de 113 pays. Avec au menu : conférences plénières, panels de haut niveau, expositions et visites guidées de plusieurs sites de la ville.

Gestion urbaine globale comme nouveau défi de l’Afrique ; Focus sur l’initiative marocaine Triple A en agriculture ou la ceinture bleue dans le secteur halieutique ; la route de la soie en Afrique ; la sécurité en matière de santé publique ; migrations ; sécurité énergétique ; l’émancipation de la femme et de la jeunesse… Les thématiques traitées sont très diversifiées.

Elles soulèvent le débat sur des questions d’actualité en Afrique et dans le monde et mettent en lumière les réalisations du Maroc en matière de coopération Sud-Sud. Comme prévu, celle-ci s’est taillée une place centrale dans la lettre adressée par le Souverain aux participants du forum.

Mille accords de coopération signés avec 28 pays du continent

«Le Maroc compte parmi les pays africains qui ont l’ambition et la volonté de faire en sorte que l’Afrique prenne en main son destin. Il n’est donc pas fortuit que le Maroc ait fait de la coopération Sud-Sud un vecteur de l’émergence d’une Afrique nouvelle, confiante en ses potentialités et ouverte sur l’avenir. Il s’agit avant tout d’un engagement constitutionnel inscrit en lettres d’or dans la norme suprême du Royaume», a indiqué le Souverain dans sa lettre.

Parmi les chiffres clés et les faits saillants à retenir dans cette lettre, il y a lieu de citer: 1000 accords signés avec 28 pays africains depuis 15 ans, 25 000 étudiants originaires des autres pays du continent inscrits dans les universités marocaines, des projets de grande ampleur comme le Gazoduc Africain Atlantique ou bien les unités de production de fertilisants en Éthiopie et au Nigéria. Le Souverain s’est également attardé sur la politique migratoire «humaniste» du Maroc ainsi que les nombreuses initiatives du Royaume en faveur de la lutte contre les changements climatiques en Afrique (Sommet africain de l’action durant la COP22, l’initiative Triple A et la ceinture bleue).Convié à s’exprimer en ouverture du forum, Jessie Jackson – figure emblématique de la lutte pour les droits civiques aux Etats- Unis et icône afro-américaine du Parti démocrate – n’a pas tari d’éloges à l’adresse du Maroc en appelant les pays africains à «s’inspirer de son modèle de coopération Sud-Sud».

L’ancien locataire de l’Élysée, Nicolas Sarkozy, était également de la partie. Allant droit au but, il a précisé dans un entretien diffusé en direct, vendredi dernier, que «[sa] présence à Dakhla parle d’elle-même», réitérant au passage son soutien au plan d’autonomie «crédible» proposé par le Maroc.

«Le retour au sein de l’Union africaine est très important pour le Maroc qui a la vocation de pont entre l’Europe et l’Afrique, mais très important aussi pour l’Afrique car c’est une économie moderne, un pays stable et démocratique qui revient sur la scène africaine», a-t-il affirmé.

Le Maroc s’érige en ce sens en «élément majeur», a poursuivi l’ex-président français, pour qui l’échec de l’Afrique sera le «drame de l’Europe», alors que le succès du continent sera la «survie» du Vieux Continent. C’est dans ce sillage que M. Sarkozy a appelé les décideurs européens à mettre en place un Plan Marshall pour contribuer au financement des projets de développement en Afrique.

Le potentiel économique de Dakhla mis en lumière

«Très bonne publicité pour la ville de Dakhla» pour le président-fondateur du FCM Jean-paul Carteron, «Un laboratoire de l’Afrique de demain» pour les organisateurs de la version marocaine, le FCM est aussi une opportunité pour la région de Dakhla de promouvoir ses atouts et ses potentialités. Pêche, agriculture, énergie renouvelable, tourisme… Ce sont les principaux secteurs à fort potentiel présentés en marge du forum. A elle seule, la région de Dakhla représente 65% du potentiel halieutique national avec un littoral long de 667 km. Pourtant, elle n’accueille que 84 unités de valorisation.

Contrairement à une idée reçue, la région dispose d’une agriculture moderne tournée vers l’export avec au total 777 ha exploités. S’ajoute à cela un projet d’aménagement d’un nouveau périmètre irrigué sur 5 000 ha
(
www.lavieeco.com).

Du côté des énergies renouvelables et bien qu’elle n’ait accueilli qu’un seul projet de deux centrales de 10 et 2 MW initié par une entreprise française, la région Dakhla-Oued-Eddahab présente un potentiel dans l’éolien du fait qu’elle est parmi les plus ventées du pays. Le tourisme, quant à lui, monte en puissance. Entre 2015 et 2017, le nombre de nuitées a triplé et il y a de fortes chances que cette tendance se poursuive avec le renforcement de la capacité litière (84 projets en cours selon le CRI) et la réouverture de la ligne Dakhla-Paris.

La construction du nouveau port (6 milliards de DH) et de la route atlantique rapide Tiznit-Laâyoune-Dakhla devront transformer davantage la plus grande région du Maroc.

Placée sous le thème ‘‘la sécurité en matière de santé publique’’, la session plénière du samedi 17 mars était l’occasion pour le ministre de la santé Anas Doukkali de mettre en avant un programme lancé par son département au profit des migrants. «Le nombre de migrants à travers le monde a atteint plus de 240 millions personnes, ce qui a incité l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à tirer la sonnette d’alarme, exhortant les pays à mettre en place des politiques de santé qui prennent en considération les migrants», a-t-il affirmé. Et de poursuivre : «Le Maroc est l’un des premiers pays du continent africain ayant élaboré une stratégie de santé au profit des migrants, en particulier ceux dont la situation a été régularisée». Le programme national relatif à la promotion de la santé des migrants comprend des soins de santé, de diagnostic, de prise en charge des maladies épidémiologiques à titre gratuit en faveur de la diaspora africaine sur le territoire marocain. Pour consolider le dispositif, un programme spécial visant la couverture médicale des migrants a été mis en place pour leur assurer l’accès aux établissements de santé au Maroc.