Filière rizicole : la superficie cultivée s’est contractée de moitié en dix ans !

La surface exploitée est tombée à  moins de 4 500 hectares. Avec une différence de prix de plus de 2 DH le kilo, le riz en provenance d’Egypte perturbe les industriels. Les usines tournent à  des capacités qui ne dépassent pas les 30%.

La filière rizicole se meurt à petit feu ! Depuis 2008, année d’entrée en vigueur de l’accord d’Agadir, les producteurs et les industriels continuent de succomber sous le poids des importations en provenance de l’Egypte et des Etats-Unis. La rétraction des superficies cultivées témoigne clairement de l’ampleur des dégâts subis par la filière. De 9 600 hectares il y a dix ans, la surface exploitée est passée à moins de 4 500 hectares aujourd’hui, soit plus de 50% de contraction, alors que la superficie potentiellement exploitable est d’environ 14 000 hectares. «Il n’y a pas de pays au monde qui ait sacrifié sa filière rizicole autant que le Maroc», s’exclame un ancien industriel du Gharb qui a fini par mettre la clé sous le paillasson. Selon lui, les unités de production ont dû faire de grands investissements pour se mettre à niveau et être compétitives avant l’entrée en vigueur de l’accord préférentiel avec les pays arabes, mais elles ont été fragilisées à tous les niveaux par l’arrivée de grandes quantités de riz, notamment égyptien dont la différence de prix avec le riz national dépasse 2 DH par kilo. «Ce qui est grave, c’est que toute la filière continue d’être aujourd’hui à la merci du comportement des exportations égyptiennes à destination du Royaume. Les industriels ainsi que les riziculteurs n’ont pas la moindre visibilité du moment qu’ils ne savent pas si l’Egypte exportera ou non», explique l’industriel.

Les industriels ne signent plus de contrats de culture avec les agriculteurs

A titre d’exemple, l’année dernière, l’Egypte a choisi de ne pas exporter sa production, mais cette année, rien que pour les trois premiers mois, ses exportations ont dépassé 4 600 tonnes sur les 5 300 tonnes qu’a importées le Maroc au premier trimestre. Face à cela, les industriels ne peuvent pas s’aventurer et préfèrent ne plus signer de contrats de culture avec les riziculteurs, sachant que la signature intervient en avril généralement alors que les premières expéditions du riz égyptien de l’année n’arrivent que vers le mois de septembre (soit la même saisonnalité que la production marocaine). Résultat, les usines tournent à des capacités qui ne dépassent pas les 30%, voire bien moins et les agriculteurs ne trouvent plus de quoi faire tourner leur activité vu que ce sont les industries qui leur financent toutes les étapes de la campagne (engrais, semis, désherbage, transport…).

«Les rares acteurs organisés du Gharb, qui représentent à peine une poignée, ne peuvent pas résister plus que 2 à 3 ans au grand maximum devant cette configuration des choses», alerte un membre d’une coopérative de riz à Kénitra. Déjà, de grandes structures ont été sommées de cesser leur activité, notamment les établissements Mellah Mechich Alami ainsi que la Somarroz, tandis que la Coopérative du riz de Sidi Allal Tazi a été reprise récemment après un long processus judiciaire. Par ailleurs, les difficultés auxquelles font face les industriels finissent par avoir des retombées sur le plan social. Les agriculteurs de la région du Gharb qui disposent dans leur majorité de petites superficies ne peuvent pas faire d’autres cultures et ce, compte tenu du caractère hydromorphe de leurs terres et aussi de leur spécialisation dans le riz pendant des années.

Cela dit, les industriels insistent sur le fait que la demande d’environ 30 000 tonnes par an que pèse la consommation des Marocains peut être satisfaite grâce à une production exclusivement locale vu que le pays possède le potentiel de terres nécessaire, un savoir-faire indiscutable des agriculteurs, des réserves en eau excédentaires du barrage El Ouahda qui permettent l’irrigation sans restriction de plus de 25 000 hectares, et les infrastructures de base nécessaires pour ce genre de culture. «Nous sommes beaucoup plus compétitifs que la plupart des pays de l’Europe avec des rendements à l’hectare de l’ordre de 8 tonnes contre 6 à 7 pour ces pays, et également grâce à une superficie exploitable qui peut aller jusqu’à 20 000 hectares», relève un autre industriel.