Fatima Zahra El Khalifa : «Le secteur des énergies renouvelables doit jouer un rôle clé dans le plan d’intervention de reprise économique»

• Pour la majorité des opérateurs, une période minimale de deux ans est nécessaire pour relancer la demande.
• Les mesures essentielles pour la relance doivent être d’ordre économique et financier.
• La mise à jour du cadre législatif sera déterminante dans la reprise.

 

Fatima Zahra El Khalifa
Fatima Zahra El Khalifa

Fatima Zahra El Khalifa revient dans cette interview sur les grandes lignes de l’enquête réalisée par le cluster solaire sur l’impact de la crise sanitaire sur le secteur des énergies renouvelables. Cette enquête, basée sur un échantillon de 500 entreprises, révèle en détails l’impact de la crise sur le chiffre d’affaires des entreprises, sur l’emploi et sur les commandes. Un retour à la normale est prévu d’ici deux ans.

• Quelle estimation faites-vous sur l’impact de la crise sanitaire sur le secteur des énergies renouvelables ?
La crise du Covid-19 a eu un impact conséquent sur l’ensemble des secteurs économiques, et le secteur des énergies renouvelables n’y a pas échappé. Ce constat est confirmé par une enquête lancée par le Cluster solaire auprès de plus de 500 entreprises du secteur. Celles-ci sont représentatives des différents segments à la fois en termes de taille (GE, PME, TPE) et en terme d’activités (ingénierie et services, installation et maintenance, industrie EnR…). En termes de chiffres d’affaires, l’effet de la crise a été immédiat et généralisé, plus de 90% des entreprises du secteur ont connu une baisse significative de leur CA, dont environ un quart a connu une baisse supérieure à 75%.

• Comment avez-vous réagi à la crise pandémique ?
Le secteur EnR a été solidaire tout le long de la période de crise, que ce soit à travers les contributions du cluster solaire ou à travers les initiatives individuelles de ses membres. Le cluster solaire a ainsi apporté sa humble contribution à travers un mois de salaires des équipes et le versement d’une partie des cotisations annuelles perçues par ses membres en faveur du «Fonds spécial de gestion de la pandémie du Coronavirus» et ce, à hauteur de 200 000 DH.

• Pensez-vous que celle-ci sera imminente ?
Malgré une once d’optimisme pour certains, le chemin vers la reprise risque d’être long, selon la majeure partie des décideurs interviewés. Uniquement 22% s’attendent à une reprise à l’automne, alors que la majorité semble être convaincue que la crise s’étendra au-delà de 2021 avec un retour à la normale au bout de 2 ans. Selon 80% des entreprises, il faut une période minimale de deux ans pour relancer suffisamment la demande et éponger les pertes liées à cette crise. Aussi, la majorité des entreprises interrogées affirment que si les projets prévus ne sont pas annulés ou reportés et si les facturations engagées avant confinement sont honorées, la reprise peut se faire de façon progressive, même si cette dernière sera lente.

• Quelles sont les mesures à prendre pour accélérer la reprise au sein du secteur ?
Face à cette situation, il devient urgent d’agir afin de favoriser le maintien et le développement des activités EnR au Maroc. A la levée du confinement, le secteur doit relever le défi de mettre en place un plan de relance répondant aux besoins des acteurs du secteur EnR et ce, en synergie avec l’ensemble des parties prenantes et donneurs d’ordre de l’écosystème. A noter que les mesures prioritaires pour la relance doivent être d’ordre économique pour plus de 46% des entreprises de l’échantillon et d’ordre financier pour 39% d’entre elles. Parmi les mesures sur lesquelles insistent les opérateurs du secteur, on retrouve en premier lieu l’accélération de la commande publique, tout en adaptant la taille des programmes aux capacités et à la taille des entreprises locales, accélérer la mise en œuvre des projets EnR de grande envergure tels que Noor Midelt, Noor PV II et promouvoir l’expertise nationale en matière d’EnR auprès des donneurs d’ordre nationaux, régionaux et internationaux.

• Il y a également des chantiers législatifs en suspens…
Effectivement, toutes les entreprises interrogées ont souligné l’importance de mettre en place un cadre favorisant les investissements dans les EnR comme la loi 13-09, la loi sur l’autoconsommation, la loi sur l’efficacité énergétique et les audits obligatoires ou la loi sur les ESCO, etc.
La fiscalité verte est également un sujet très important, ajoutée à l’allégement des procédures d’import et d’export et de certaines normes obligatoires. D’autres mesures tels que la mise en place de lignes de financement et de produits financiers pour le secteur des EnR adaptés aux spécificités des acteurs et aux caractéristiques du marché marocain ont été citées, en plus de la mise en place de mécanismes de garantie adaptés pour le secteur. Nous n’oublions pas l’encouragement de l’adoption des applications valorisant les EnR dans les secteurs caractérisés par des acteurs de petites tailles faiblement bancarisés (pompage solaire par exemple).

• Comment cette crise influencera-t-elle le cluster solaire ?
Plus que jamais, le cluster solaire est engagé en cette période difficile à renforcer son appui et son accompagnement aux acteurs EnR pour relancer la dynamique du secteur et renforcer nos missions comme le renforcement des compétences et des capacités, l’identification de nouvelles opportunités business, l’accès à l’information, la veille sur les marchés régionaux, la mise en relation avec les donneurs d’ordre clés du secteur et la promotion des EnR et de ses applicatifs. Cette crise a engendré des conséquences regrettables, mais a également permis de remettre au cœur des priorités la transition énergétique. Les plans de relance accorderont inévitablement une place privilégiée aux énergies renouvelables, ce qui représente une réelle opportunité de construire un avenir énergétique indépendant, durable et vert. Le secteur des énergies renouvelables doit ainsi jouer un rôle clé dans le plan d’intervention de reprise économique qui sera mis en place afin de stimuler l’économie marocaine.