Faouzi Zemrani : «Nous allons faire des efforts pour accueillir les touristes locaux, mais il ne faut pas rêver»

• La CNT attend une réponse aux revendications adressées au Comité de veille économique.
• Le deuxième semestre s’annonce difficile pour les professionnels, sans visibilité aucune sur l’ouverture des frontières.
• Le marché local ne pourra pas remplacer les pertes subies durant le confinement.

Faouzi Zemrani présente les revendications et les propositions de la CNT pour sortir de la crise causée par la pandémie du Covid-19. La CNT aspire à un accompagnement qui soit à la hauteur des mesures prises par le gouvernement pour endiguer la crise sanitaire actuelle. Il livre aussi son avis concernant le tourisme interne et la capacité de ce dernier à combler le vide laissé par le tourisme international.

• Quelles sont vos revendications précisément ?
Nous voulons tout simplement vaquer à nos occupations. Nous voulons tous reprendre notre travail : hôteliers, agents de voyages, restaurateurs, transporteurs et guides. Cette période de confinement nous a coûté très cher. Il est temps d’avoir de la visibilité sur l’avenir de notre destination, à l’instar des autres destinations touristiques concurrentes. Plus nous allons tarder à revenir sur le marché, et plus nous aurons du mal à nous redresser. L’ouverture des frontières est indispensable.

• Concrètement, quelles sont les mesures à prendre actuellement ?
Pour réussir la relance du tourisme, il faut un accompagnement à la hauteur de ce qui a été mis en œuvre pour combattre la Covid-19: une mobilisation totale et une volonté politique. Nos revendications ont été exprimées, écrites et actées dès la première réunion du Comité de veille économique (CVE), sans que l’on ait un retour à ce jour. Cela nous fait douter sur la priorité censée être donnée à notre secteur.

• Pensez-vous que le tourisme interne peut être une solution capable d’atténuer les effets de la crise sanitaire?
Nous avons beaucoup de respect pour la clientèle nationale qui mérite toute notre attention, mais il ne faut pas oublier que cette clientèle va sortir de 10 semaines de confinement, avec des moyens qui ont été mis à mal. Nous allons faire des efforts pour les accueillir, mais il ne faut pas rêver. Cela ne comblera nullement les trois mois d’inactivité que nous avons subie, ni les mois à venir qui s’annoncent très difficiles, car nous n’avons aucune visibilité.

• Quelles sont vos recommandations concernant les clients nationaux ?
Nous avons proposé une batterie de mesures à mettre en place pour encourager les nationaux à profiter des infrastructures touristiques nationales, à l’instar de ce qui se fait dans d’autres destinations. Il faudra booster le pouvoir d’achat des nationaux en stimulant la demande par des incitations et des facilités tels que les chèques vacances défiscalisés ou les crédits vacances à taux réduit, remboursables sur 12 mois à partir de janvier 2021 par exemple. Un retour aux vacances par région est plus que souhaitable pour atténuer l’effet haute saison. Enfin, il faut définir une offre large et variée pour que les recettes des opérateurs ne se limitent pas à un simple changement de résidence. L’offre ne doit pas se limiter à l’hébergement, mais elle doit inclure également des activités, des visites, des découvertes, du shopping, de la dégustation, etc. C’est ce qui fait la richesse de notre patrimoine culturel et touristique.

• Le tourisme interne sera-t-il à partir d’aujourd’hui une alternative sérieuse aux incertitudes du tourisme international ?
Le tourisme interne ne sera jamais une alternative au tourisme international, de même que le marché national ne pourra pas absorber toutes nos exportations. Nous avons besoin du marché international pour l’équilibre de notre balance commerciale. C’est ce qui permet de drainer des devises, payer la facture énergétique et importer ce dont on ne peut pas se passer.

• Mais le tourisme interne a bien une valeur ajoutée…
Le tourisme interne est surtout un argument de taille qui fera l’attractivité de notre destination, car les touristes étrangers viendront avant tout pour rencontrer les touristes nationaux et vivre les mêmes expériences que les locaux. Ce qui fait l’attractivité des autres destinations, c’est le mode de vie de leurs populations. C’est le cas de l’Espagne, de l’Italie, de la France, de la Grèce et depuis quelques années de la Turquie. Sans parler des pays de l’extrême-Orient, comme la Chine, le Japon et la Thaïlande. Les Marocains sont la richesse du Maroc.

• Plusieurs régions manquent d’infrastructures touristiques, surtout celles qui dépendent du tourisme interne, comme Béni Mellal-Khénifra. N’est-ce pas un obstacle majeur au développement touristique de ces régions ?
Toutes les régions n’ont pas vocation à être touristiques dans le sens de devenir pôle d’attraction pour touristes. Béni Mellal-Khénifra est une très belle région de par la richesse de ses paysages, ses forêts et ses points d’eau. Elle n’a pas vraiment besoin d’infrastructures lourdes, mais plutôt de l’hébergement qui se fond dans la nature, voire de l’hôtellerie de plein air, comme les gites et les formules d’hébergement chez l’habitant.
D’ailleurs, avec la pandémie du Coronavirus, beaucoup de touristes vont privilégier les grands espaces naturels aux métropoles encombrées. Le plus important sera de désenclaver ces régions pour permettre l’accessibilité et surtout assurer la sécurité des touristes. Elles ont leur place dans l’échiquier touristique national. A titre d’exemple, le désert d’Agafay, situé aux alentours de Marrakech, reçoit plus de clients que la ville de Safi.