Exportations du cuir : le chiffre d’affaires a reculé de 21% en 2020, mais l’avenir s’annonce prometteur

• La plus forte baisse, 52%, a été enregistrée par la filière de la tannerie.
• Les composantes de la chaussure et la chaussure arrivent en deuxième position, avec un recul de 29% et 12%.
• L’essoufflement de la demande locale et internationale est à l’origine de cette contre-performance.
• Il est prévu, en collaboration avec le ministère de l’industrie et l’OFPPT, de revoir le système de gestion des établissements de formation des profils demandés par le marché.

A l’instar des autres industries, le secteur du cuir n’a pas échappé à l’impact de la crise sanitaire. En effet, selon les dernières statistiques de la Fédération des industries du cuir (FEDIC), les exportations du secteur, toutes filières confondues, se sont inscrites à la baisse durant l’année 2020. Ainsi, le chiffre d’affaires global est passé de 3,9 en 2019 à 3,07 milliards de dirhams entre janvier et décembre 2020. Soit un recul de 21% par rapport à l’exercice 2019. Parallèlement, une baisse de 22% a été également ressentie au niveau du volume des exportations. Celui-ci s’est situé à 15 317 tonnes, contre 19 600 au cours de l’année 2019.
Cette contre-performance a été enregistrée par les cinq filières du secteur. Il ressort du bilan d’activité de la FEDIC que la filière tannerie a été la plus touchée, puisque son chiffre d’affaires export a baissé de 52%, passant de 404,4 en 2019 à 192,1 millions de dirhams l’année dernière. Le volume des exportations a aussi régressé de 50% par rapport à 2019, passant de 2 377 à 1 199 tonnes.
La deuxième importante baisse a concerné les exportations des parties de chaussures. Elle est de l’ordre de 29% avec un chiffre d’affaires de 492 MDH contre 692 MDH en 2019. Pour la maroquinerie (sacs, malles et ouvrages divers en cuir), la régression est de 27% avec un chiffre d’affaires de 402 MDH contre 549 MDH en 2019. La baisse la moins importante a été enregistrée par la filière chaussure qui a toujours tiré, faut-il le souligner, les exportations du secteur du cuir. Ses exportations ont globalement reculé de 12% avec un chiffre d’affaires de 1,9 milliard, contre 2,1 milliard entre janvier et décembre 2019. La filière a exporté 2038 tonnes en moins par rapport à l’année précédente. Le volume global est ainsi passé de 10 438 à 8 400 tonnes en 2020. Enfin, les produits tannants et les matières colorantes ont baissé de 17% par rapport à 2019 avec un chiffre d’affaires de 52, 2 MDH contre 63,1 MDH en 2019.

L’aide de 20% accordée pour la création de PME devrait être revue à la hausse selon la FEDIC
Expliquant la baisse d’activité du secteur, les responsables de la Fédération des industries du cuir avancent «qu’elle concerne aussi bien les produits destinés au marché local que ceux destinés aux marchés étrangers. Le recul est dû à la baisse de la demande sur les deux marchés intérieur et extérieur».
En effet, l’arrêt des unités de production nationales et internationales et la fermeture des magasins justifient la contre-performance enregistrée par les filières de la tannerie et de la chaussure. Concernant, les peaux, les fabricants locaux s’approvisionnent, depuis plusieurs années maintenant, auprès des tanneurs locaux qui, grâce aux efforts de mise à niveau et d’amélioration de la production, offrent désormais un produit conforme aux exigences des industriels travaillant pour le marché local et aussi pour les industriels exportateurs.
L’industrie du cuir est aujourd’hui certes intégrée mais a besoin d’un accompagnement pour améliorer ses performances et sa compétitivité. Pour cela, la fédération entend travailler sur trois axes prioritaires en 2021.
Premièrement, le renforcement du Made in Morocco pour une meilleure compétitivité. Selon, les professionnels, «les dispositions prises par le ministère de l’industrie en faveur de la production locale constitue un levier important qui permettra de booster la fabrication locale. La FEDIC veille de près à ce que les acteurs marocains captent cette opportunité en vue d’une offre compétitive et de qualité».
Pour cela, la fédération estime que l’aide de 20% accordée pour la création de PME devrait être revue à la hausse, notamment alignée sur l’aide accordée au secteur automobile et qui est de 30%. En deuxième lieu, le démarrage de la zone de Ahl Loughlam à Casablanca dont la commercialisation débutera en avril prochain. Cela permettra, dit la corporation, «de lancer une spirale d’investissements dans les segments de la chaussure, des sacs, des vêtements en cuir et des accessoires. Toutefois, là encore, il faudra, en plus des locaux, aider les entreprises à s’équiper en matériels hautement technologiques en vue d’avoir une production de qualité». Enfin, la FEDIC continuera et capitalisera le travail de promotion à l’international mené en étroite collaboration avec l’AMDIE.
Ainsi, au cours de cette année, plusieurs actions sont prévues, notamment sur les marchés des États-Unis, de certains pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Cette stratégie 2021 viendra conforter les chantiers programmés sur les prochaines années. Il s’agit tout d’abord de la formation. Il est prévu, en collaboration avec le ministère de l’industrie et l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail, de revoir le système de gestion des établissements de formation des profils demandés par le marché. Par ailleurs, il est programmé d’assurer le suivi de la zone industrielle de Ain Cheggag à Fès.
Le projet lancé en fin d’année 2020, et dont le début d’exploitation est prévu en 2023, revêt «une importance stratégique pour le secteur, compte tenu de son respect des standards internationaux en matière d’environnement et du climat des affaires notamment, puisqu’il est prévu de mettre en place une bourse du cuir», précisent les responsables de la fédération. Celle-ci entend également plancher sur la conversion Informel-Formel. Un plan d’action en étroite collaboration avec les institutionnels et en impliquant l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de valeur (entreprises de production, distributeurs, grandes entreprises exportatrices…) devrait être mis en place.