Etat marocain : 380 milliards de DH de dette, 83% du PIB

La norme internationale est de
60% du PIB.
L’endettement extérieur n’est plus que de 30% du total, soit 25% du
PIB. La dette est constituée à  61% d’euros. Les trois plus
gros créanciers : BIRD, France, BEI.
La dette du Trésor en baisse, celle des établissements publics
en hausse.

En dépit d’une légère baisse par rapport au trimestre précédent, la dette publique du Maroc reste élevée. A fin juin 2006, dernières statistiques disponibles, elle s’élevait à  380,15 milliards de dirhams, soit 83 % du PIB de l’année 2005. En ne tenant pas compte de la dette extérieure garantie, contractée par les établissements publics, le secteur bancaire public et les collectivités locales, l’encours de la dette publique directe, c’est-à -dire celle contractée par le Trésor pour les besoins de financement de l’administration, redescend à  peine à  331,35 milliards de dirhams, soit 72,4 % du PIB de 2005. C’est encore beaucoup quand on sait que les normes internationales en la matière fixent le taux de l’endettement – soutenable – à  60% du PIB.

L’Etat marocain reste donc relativement surendetté. Pourtant, depuis 1993, l’encours de la dette directe du Trésor, la plus importante, avait amorcé une décrue, ramenant son taux par rapport au PIB de 89% à  66,3 % en 2004. Mais depuis cette date, la remontée, on le voit, est spectaculaire : 6 points de plus. Tout l’effort fait pour réduire le stock de la dette extérieure, à  travers une gestion active qui a donné ses fruits, se trouve d’une certaine manière annulé par la forte croissance de la composante intérieure de la dette. Aujourd’hui, sur une dette globale de 380,15 milliards de DH, la dette intérieure est de 266,15 milliards de DH, soit 70% du total.

Pour le ministre des finances, Fathallah Oualalou, le recours massif à  l’endettement interne se justifie (voir encadré) et, en tout état de cause, n’a produit aucune conséquence néfaste : pas d’effets d’éviction sur les entreprises et guère de retombées négatives sur les ménages en terme de taux d’intérêt. Le ministre explique toujours ce résultat par le fait que, d’une part, le marché est en surliquidité et, d’autre part, que l’Etat n’emprunte pas que chez les banques. En effet, sur le stock de dette intérieure actuelle, les emprunts auprès des banques ne représentent que 30%, le reste étant détenu par les compagnies d’assurance (30 %), les OPCVM (19 %), la CDG (11 %) et d’autres institutionnels (10 %).

Dette intérieure : 30% auprès des banques
Le débat sur cette question reste toutefois ouvert ; certains économistes estimant que la sécurité des titres offerts par le Trésor (essentiellement les bons du Trésor) n’encourage pas les banques à  rechercher des alternatives de placement, donc à  prendre des risques. «La preuve, elles détiennent près de 30 % de la dette intérieure, ce qui n’est pas rien», analyse l’un d’entre eux.

Quoi qu’il en soit, si l’encours de la dette interne au 30 juin 2006 a baissé de quelque 3 milliards de DH par rapport au trimestre précédent, il s’inscrit en hausse à  plus long terme. En 2005, l’encours de la dette intérieure était de 258 milliards de DH, soit une progression de 3%.

Ce recours accru à  l’endettement interne, pour critiquable qu’il soit, a permis une gestion plus dynamique, «active» comme disent les experts du ministère des finances, de la dette extérieure publique (la même politique, soit dit en passant, sera suivie s’agissant de la dette intérieure à  partir de 2007, selon le ministère des finances).

Grâce à  cette politique de gestion active (reconversion en investissements, rachat de la dette onéreuse, entre autres), l’encours de la dette extérieure a été ramené de 163,1 milliards de DH en 2001 (ou 14 milliards de dollars) à  114 milliards de DH (ou 13,1 milliards de dollars et 10,3 milliards d’euros) au deuxième trimestre de cette année, soit moins de 25 % du PIB.
Prédominance de la dette multilatérale

D’o๠vient la dette extérieure du Maroc ? En terme de monnaie, elle est constituée pour l’essentiel d’euros (61,8%) contre 18,4 % pour le dollar, 6,7 % pour le yen japonais et 13,1 % pour les autres devises. La dette extérieure publique du Maroc est de maturité moyenne et longue et sa structure par taux d’intérêt est dominée par des taux fixes (70,9 %), les taux semi-fixes et flottants représentant respectivement 6,4 % et 22,7 %.

Par créanciers, les institutions internationales viennent en tête des prêteurs du Maroc (47,3 %), suivies par les créanciers bilatéraux pour 37,6 % (32,9 % pour le Club de Paris et 4,7 % pour les autres pays) et enfin par les banques commerciales pour 15,1 %. C’est un choix judicieux que de privilégier la dette multilatérale, alors que, jusqu’en 2003, la dette bilatérale prédominait. Les principaux créanciers tous types confondus sont la Bird (17 %), la France (14 %) la BEI (11 %), la Bad (10 %) le Fades (7 %) et le Japon (5%).

La politique de gestion active depuis quelques années a permis une diminution du service de la dette (intérêts payables annuellement) qui est passé de 28,3 milliards de DH en 2001 (2,5 milliards de dollars) à  3,8 milliards de DH (435 millions de dollars) au 30 juin 2006. Les charges en principal, sur la même période, ont été ramenées de 19,7 milliards de DH à  2,9 milliards de DH, et les charges en intérêts de 8,5 milliards de DH à  883 MDH.

Mais cette baisse de la dette extérieure résulte surtout de la baisse de la dette du Trésor: 65,2 milliards de DH au 30 juin 2006, contre 68,7 milliards de DH en 2005 et 110,6 milliards de DH en 2001. En revanche, la dette garantie, contractée par les établissements publics, le secteur bancaire et, dans une moindre mesure, les collectivités locales, n’a baissé que modestement : de 52,2 milliards de DH en 2001 à  48,8 milliards de DH au deuxième trimestre de cette année (contre 47,6 au premier trimestre). Sa part dans la dette extérieure globale ne fait, elle, qu’augmenter : de 32,2 % en 2001, elle grimpe à  42,8 % au 30 juin de 2006 (voir encadré).

Ets et entreprises publics
L’ONE et Autoroutes du Maroc sont les plus endettés

Durant le premier semestre 2006, les emprunts extérieurs mobilisés ont porté sur un montant de 6 milliards de dirhams, contre 4,3 milliards durant la même période de 2005. Sur cette enveloppe, 4,7 milliards sont des tirages effectués par les établissements et entreprises publics : 1,8 milliard de DH par la Ram, 1 milliard par ADM, 500 millions de DH par l’ONCF, 5 millions de DH par l’ONE, 400 millions de DH par l’Onep et 300 millions de DH par Tanger Med.
La dette des établissements et entreprises publics (48,8 milliards de DH) est ainsi principalement détenue par l’ONE (13,2 milliards DH), la société des autoroutes ADM (7,9 milliards DH), Ram (5,4 milliards DH), l’Onep (4 milliards), l’ONCF (4 milliards), les ORMVA (Organismes de mise en valeur agricole) pour 3,2 milliards de DH, et le groupe OCP (2,4 milliards de DH).
Eclairage
Pourquoi la dette intérieure s’est aggravée

En deux ans, la dette intérieure est passée de 66 à  72% du PIB. Cette hausse s’explique principalement par le coût des départs volontaires des fonctionnaires à  la retraite (plus de 11 milliards de DH), l’intervention de l’Etat pour soutenir les produits pétroliers, le remboursement des arriérés (pour 11 milliards de DH) dus à  la Caisse marocaine des retraites (CMR) et les hausses de salaires dues au dialogue social.